EN
Cette voie indirecte est d'ailleurs très souple et très varie ; dans l'éducation de l'enfant, son action peut même commencer avant sa naissance, Qui ne sait l'influence considérable que peut avoir l'état de santé et l'état d'âme de ln mère sur l'enfant auquel elle n'a pas encore donné le jour ?
Après la naissance, et durant cette longue période de vie obscure où rien ne dénote encore ln présence de l'âme raisonnable, où l'enfant semble n'éprouver que les sensations du bien-être ou du malaise physiques, la formation ou l'éducation, si élémentaire qu'elle soit, commence néanmoins à jouer un grand rôle dans la préparation du terrain où l'âme doit un jour exercer son action, Dans l'organisme de l'enfant dont les repas, les heures de sommeil, les soins hygiéniques sont bien réglés, s'imprime comme une habitude d'ordre et d'exactitude qui constitue comme une prépi tion lointaine, mais directe de la notion du devoir,
Et ce sera exactement le contraire pour un enfant dont les soins physiques n'ont d'autre règle que le caprice.
De même: qu'un enfant soit accoutumé au luxe, à la mollesse, à toutes les satisfactions de ses sens : il sera plus tard, un sensuel et un paresseux incapable d'effort sérieux et de sacrifice. Au contraire qu'on l'habitue à supporter quelques malaises, quelques privations, qu'on endurcisse son tempérament et par le fait même on pose en lui les bases d'un caractère bien trempé.
Lorsque l'émotivité de l'enfant commence à se faire jour, un nouveau champ d'action s'ouvre pour sa future formation. Si l'on tient l'enfant loin de ce qui peut stimuler sa sensibilité, on prépare pour plus tard un apathique, sans ressort : si, d'autre part on surexcite son émotivité, on en fait un agité, prédisposé à la névrose. La vérité tient le milieu entre ces deux extrêmes,
Lu sensibilité émotive se manifeste d'abord par des tendances, des inclinations. Ces tendances et inclinations sont multiples, diverses, parfois opposées. Dès leur apparition une éducation saine saura montrer à l'enfant qu'il doit suivre certaines tendances, en réprimer d'autres, et lui inculquer ainsi, comme de très loin, le sentiment de lu vraie responsabilité, de la vraie liberté qui consiste d'abord à se gouverner soi-même, à faire triompher les aspirations supérieures en les dégageant des lois fatales de la sensibilité, à leur soumettre les inclinations ou tendances inférieures, pour les conduire toutes, comme une armée bien disciplinée, à la conquête de l'idéal,
L'enfant qui, dès le premier âge aura appris, ou plutôt éprouvé qu'il doit aimer certaines choses, fuir certaines autres, sera prêt à saisir, et à accepter la loi morale, à l'éveil de sa raison, et à faire face aux sacrifices qu'elle impose.
Si maintenant, nous portons nos regards sur ce complément nécessaire de la loi morale, qui se nomme la sanction, nous nous trauvons en présence d'un nouvel aspect, extrèmement important de la formation première. L'enfant qui, dès son plus bas âge, n’a reçu d'autres sanctions : pour ses actions bonnes, que des récompenses qui flattent sa sensualité ou son égoïsme, ct, pour ses actions mauvaises que des punitions qui l’humilient, des réprimandes, exagérées, administrées avec humeur, sans discernement, d'après les impulsions capricieuses des parents; cet enfant deviendra ou bien un enfant gâté, égoïste, ou bien menteur, sournois, réfractaire aux sentiments élevés qui font les grandes âmes et les nobles cœurs.
floutes les sanctions, dans une certaine mesure, s'adressent, chez l'homme, à ce sentiment très naturel qui s'appelle l'amour de soi et qui se traduit par la recherche du bienêtre et par la fuite de la peine ou de la souffrance.
Néanmoins cet amour de soi renferme de profondes diffé. rences, selon qu'il s'agit du bien-être sensible, des jouissances sensuelles, ou des jouissunces intellectuelles, morales, artistiques, ete. 11 y a des sanctions qu'il faudrait absolument exclure de l'éduention, à savoir celles qui ne s'adressent qu'aux sens en les flattant, par exemple, celles qu'on pourrait appeler gastronomiques : il y en a d'autres auxquelles il faut toujours faire appel : par exemple, le témoignage intime de la conscience morale, en ayant soin d'ailleurs d'entretenir cette conscience dans une atmosphère pure, faite de délicatesse, de droiture, d'élévation et de franchise. En tous cas, il faut que chaque sanction tende à un but moral. De son côté, l'éducateur, les parents doivent apparaître aux enfants, comme les interprètes d'une loi qui les domine, comme les ministres d'un Législateur Souverain à qui ils obéissent eux-mêmes en commandant.
De la sorte, les sanctions sont dépassées pour faire place aux vrais motifs du devoir, auxquels elles doivent conduire. Rien n'est plus efficace pour porter l'enfant à s'élever jusqu'à Dieu. Et c'est là que doit tendre toute éducation morale vraie, dès ses débuts, même les plus lointains.
CONCLUSION
Les considérations précédentes, tout en montrant l'importance de l'éducation première en elle-même, font assez voir que cette éducation contient en germe toute la vie morale, et que toute éducation subséquente, ne pet être que le développement de ses virtualités profondes.
Or cette première éducation relève presque totalement et exclusivement de la famille.
Longtemps avant que sa vie ait revêtu un cachet d'activité personnelle où même de spontantité proprement dite,
alors qu'elle semble réduite à n'être qu'un ensemble de réactions répondant, comme lin écho vague ct indécis, au monde extérieur qui l'enveloppe et la sollicite, à l'instar d'une mystérieuse phantasmagorie, la sensibilité de l'enfant enregistre des impressions qui sont comme la semence lointaine de lu vie de l'âme. Puis lorsque s'éveille l'imagination, avec les facultés qui lui font cortège, l'enfant commence à communier, pour ainsi dire, au monde extérieur, qu'il a l'impression de découvrir graduellement. Plus tard viendra la découverte de la loi morale.
Des années durant, l'univers sensible, le monde visible, se limite, pour l'enfant, aux lieux où s'écoule sa vie, à la maison qui l'abrite, aux horizons qui lui sont familiers : la vie de l'univers est limitée pour lui, aux événements dont il cst le témoin; l'ordre moral est 'personnifié duns ses parents ou ceux qui forment sa conscience naissante.
Chez tout enfant, ayant eu pour berceau de son âme, une vie familiaie vraie, la première formation restera toujours, non seulement comme une base de son éducation future, mais encore, comme un terme de comparaison, ou mieux, comme un critère fondamental, une sorte de conscience acquise, le mettant à même d'apprécier la valeur de la vie : des personnes, et des événements. Les parents, vraiment dignes de ce nom, exercent auprès de leurs enfants une sorte de magistère auguste qui dure autant que leur vie, et se prolonge après leur mort dans un * apérissable souvenir.
Ainsi, pour l'enfant d'aujourd'hui, l'homme de demain, l'éducation du foyer pose une base qui ne se remplace pas. Là où manque cette éducation de famille, l'enfant restera toujours comme un oiseau qui peut avoir de fortes ailes, mais à qui il manque un point d'appui pour s'élancer d’un vol continu, et qui n'avance que par soubresauts.
mer
art
—n— On rencontre, sans doute des éducations qui se recom-
mencent, mais combien peu, et que de lacunes elles ren. ferment !