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CHAPITRE II

La société patriarcale.

Un des plus graves méfaits sociaux de la Révolution française a été d'exalter l'individu, au détriment de la famille, comme elle a isolé l'ouvrier au détriment des anciennes corporations, Par une conséquence fatale ‘et funeste, à la famille de l'ancien régime, monarchique ou patriarcale, une et héréditaire, s'est substituée la famille démocratique, sans consistance, Les parents ont perdu le prestige de leur autorité, pour devenir simplement des générateurs et des

tendent que des ailes pour prendre leur vol vers les sphères de l'indépendance sans frein.

serviteurs de citoyens libres qui n

Par une autre conséquence non moins funeste et non moins fatale, l'autorité de l'Etat s'est subtitute à l'autorité paternelle, et les droits de l'Etat ont absorbé les droits les plus sacrés, et les plus inviolables du père de famille.

Et ce grave désordre retentit lamentablement sur la vie morale et religieuse de la société comme de l'individu. En effet, alors que dans Ja famille patriarcale, l'aïeul, le patriarche, dans la majesté de ses cheveux blancs, incarnait en lui, cette chose grandiose et mystérieuse dont l'origine se perd dans la nuit des temps, et par là revêt comme un

caractère d'éternité, et qui se nomme le passé, la tradition : et cette autre chose qui dérive directement de Dieu, qui garde son caractère divin : l'autorité familiale; alors que les parents représentaient le présent, comme un anneau de cette chaîne immense, ininterrompue, qui est la lignée, la famille : alors que les enfants, sous cette double dépendance, représentaient l'avenir, indissolublement lié au présent et au passé; dans la famille démocratique, au contraire, les couples et les individus, isolés ne pensent plus qu'à euxmêmes, dans l’étroit horizon du présent, et d'un égoïsme qui finit bientôt par ne plus dépasser les limites des intérêts temporels.

Ainsi, tandis que la famille partiareale, li vraie famille voulue par Dieu, reposant sur ces fondements sacrés : l’autorité et la tradition, était comme le rempart et le vestibule normal de la religion, de l'église, la famille démocratique, favorisant le culte de l'indépendance devait finir fatalement par amener la ruine de tout ce qui gêne, de tout ce qui s’oppose à l'orgueil humain, à l’individualisme, et par conséquent, en tout premier lieu, de la religion, principalement de la religion chrétienne, fondée sur le principe de l'autorité, du sacrifice et de la tradition. L'Etat se substituant à Dieu devait fatalement, du moins en pratique, se proclamer la source première de tout droit et de toute justice.

Respirant une telle atmosphère, que devait devenir l’enfant, par la force même des choses? A moins d'un miracle d'héroïsme que seul peut réaliser le dévouement chrétien, l'enfant ne pouvait devenir qu'un ‘‘émancipé”’. Et .que peut devenir une société reposant sur de tels principes ? Evidemment une agglomération, où la force et le nombre, en d'autres termes, où la majorité au pouvoir, prime le droit.

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