‹ La famille et le mariage chrétien [microforme]Chapitre 7 sur 41 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

La famille proprement dite.

Ta famille appartient à cette catégorie d'êtres qu'on dési- 8ne sous le nom de successifs. Semblable à une chaîne qui se déroule sans cesse, et dont on tient un seul anneau à la fois, l'être successif est caractérisé par cette continuité d'un mouvement qui s'écoule à mesure qu'il existe. Son image la plus parfaite, c'est le temps, qui d’ailleurs est sa vraie mesure. I’heure fugitive qui tantôt, ne sera plus, comprend bien soixante minutes, et pourtant, de cette heure, nous ne vivons qu'un instant à la fois. Et ainsi des jours, des semaines, des mois, et des années. La vie la plus longue, tout en restant une, dans sa continuité, n'existe pour ainsi dire, que goutte à goutte, dans ce présent mystérieux qui tombe dans le passé, dès qu'il a vu le jour.

Comme le temps qui le mesure, l’être successif ne possède

son existence que dans le présent ; mais dans sa réalité vraie, concrète, totale, il s'appuie sur le passé, et il contient déjà l'avenir dans lequel il se prolonge. Les tableaux généalogiques en reliant la génération présente aux générations passées, jusqu'à celle qui est le point de départ de toutes les autres, le premier anneau de la chaîne, font revivre sous nos yeux la famille dans tout son être successif.

Or, c'est par les liens du sang que toutes ces générations successives, constituent une seule famille.

C'est par ces mêmes liens du sang que la génération présente, dérivant du passé et s'appuyant sur lui, le fait revivre en elle, et l'incarne à son tour, comme la génération suivante l'incarnera, en prenant sa place.

De la sorte, et dans un sens très profond, la familie tout entière, avec toutes les générations passées, vit et se résume dans la génération contemporaine, Toute cette chaîne, pariois très longue et très riche, de générations successi ves, est déjà précontenue dans celui qui a fait souche, dans son premier chef, son premier anneau, comme cet ensemble touffu et puissant qui se nomme le chêne des grandes forêts est déjà contenu dans les virtualités du gland dont il est sorti.

Mais, par-dessus les liens du sang, d’autres liens d’un ordre différent, unissent entre elles, les générations successives d'un: même lignée et censtituent ce que l’on peut appeler la famille morale; nous voulons parler de cet en-

: semble de droits, devoirs, traditions qui constituent comme le patrimoine familial et que, de génération en génération, on se transmet dans la même famille. C'est par ce patrimoine surtout que la famille est véritablement humaine, au sens le plus élevé du mot. Ces nouveaux liens donnent à la famille dans tout son ensemble une vie d'un ordre spécial, mais analogue à celle qu’elle tient des liens du sang. Et ainsi, chaque génération est le dépositaire officiel de ce

précieux trésor qui est le patrimoine moral. De même, toute la lignée morale revit en chaque génération : tous les morts, les ancêtres d’une même lignée se survivent mystérieusement, et néanmoins réellement dans la génération actuelle ou présente qu'ils ont portée amoureusement dans leurs flancs, et pour ainsi dire, pétrie de la vie la plus pure de leur pensée et de leur amour, en conservant, affermissant et agrandissant ces fortes vertus qu'ils ont léguées, comme le plus précicux des héritages, à leurs descendants.

Parfois, dans une lignée, il arrive qu'un individu, préparé par les voies secrètes de la Providence, brille d'un éclat extraordinaire et, semblable à un astre lumineux dont les rayons puissants éclairent les deux versants d'une mé. me montagne, résume en lui toute sa famille morale, celle du passé, et celle de l'avenir, et l’engendre pour ainsi dire tout entière, derechef à une nouvelle vie plus ardente et plus haute, C’est là un phénomène qui se rencontre assez fréquemment dans ces grandes familles spirituelles que sont les Ordres religieux, et dans ces vastes unités morales qu'on appelle des nations. Ainsi saint Thomas d'Aquin a illustré l'Ordre de saint Dominique, saint Bonaventure a illustré l'Ordre Séraphique, sainte Thérèse, le Carmel, etc., ete. Chaque nation peut inscrire en lettres de gloire, au firmament de son histoire, des noms illustres qui, dans toutes les branches de l’activité humaine, ont donné la pleine mesure, la pleine valeur de son génie et dont elle est justement fière.

Chaque dynastie de rois, peut, à son tour revendiquer ses gloires de famille. :

Mais la famille n'a pas une vie isolée, étrangère à tout milieu. Elle fait partie d’un tout plus grand qui s'appelle la patrie. La patrie est une grande famille, ou mieux encore, c’est la famille agrandie. Son nom, d’ailleurs l’indique, car patrie signifie : la terre des aïeux.

Entre la famille et la patrie, il existe une profonde solidnrité. Ce n'est pas le lieu de l'exposer en détail, Qu'il suffise de dire ici, que l'un des plus graves devoirs de la société, est de sauvegarder, de protéger la famille, La famille, à son tour, n pour devoir d'inculquer à l'enfant cette noble vertu qui a nom, le patriotisme, ou l'amour sacré de la patrie. Ces deux amours, celui de la famille et celui de la patrie, s'entrelscent indissolublement dans un cœur bien né. Mais de cet amour de la patrie, comme de presque toutes les vertus, la famille est le premier foyer. Le passé, ceux qui ne sont plus, les traditions, la patrie, toutes ces grandes choses se concentrent dans la famille comme en un foyer convergent, pour v constituer un nouveau sein maternel où . doit se former, naître, grandir et se développer la vie morale de l'enfant. Ainsi pour la double vie de l'enfant : la vie physique et la vie morale, la Providence a préparé comme un double sein maternel.

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