CHAPITRE I
La famille humaine.
Ces brèves considérations sur la famille, s'accentuent d’un puissant relief, si on les applique à cette famille immense qui s'appelle le genre humain.
Le genre humain, en effet dérive tout entier d'une seule et même source originelle : le premier couple humain.
Adam et Eve, fécondés par la parole de Dieu ‘‘Croissez, multipliez-vous et remplissez la terre," précontenaient en enx tous les hommes sans exception. De sorte que toutes
les familles particulières, sont comme les rameaux de cet arbre immense issu d'un seul germe qui remonte aux jours de la Création. Le genre humain ne forme qu'un seul arbre généalogique Sans doute il serait impossible de reconstituer cet arbre généalogique. Il n’en reste pas moins vrai que les liens du sang rattachent en un seul tout, l’ensemble des descendants d'Adam pour en constituer une seule famille de frères. Et le grand jour de la résurrection générale, manifestera à tous, dans un coup d'œil unique l'ensemble de toute la grande famille humaine.
Cette famille humaine, le genre humain, dans son ensemble se compose des générations passées, des générations présentes et des générations futures. Et néanmoins, à chaque époque, nous pouvons dire qu'il existe tout entier, représenté par la génération contemporaine qui sert de traitd'union entre ceux qui ne sont plus et ceux qui ne sont pas encore. Et cela serait vrai, même si la génération présente ne comprenait qu’un seul couple humain.
Or ce qui constitue l'unité foncière du genre humain c'est cette réalité mystérieuse et profonde qu'on appelle la nature humaine. Habitués que nous sommes à n'accorder aux personnes et aux événements, qu’un regard superficiel et souvent distrait, nous ne prenons pas le temps de réfléchir sur les réalités cachées aux yeux de la simple expérience sensible, et qui néanmoins sont les véritables assises sur lesquelles, en définitive, tout repose.
A ne considérer l’homme qu'en passant, les individus semblent être tout; mais un regard plus attentif découvre bien vite l'existence de réalités infiniment plus profondes que les simples apparences, et qui donnent aux êtres toute leur stabilité et leur vérité. Parmi ces réalités fondamenta. les, celle qui pour l'homme, tient le premier rang : c'est, sans contredit, la nature humaine. Toujours et partout la
même, en sa vérité et réalité substantielle, dominant les vies individuelles, toujours une, de la même unité, quel que soit lé nombre des individus en qui elle existe concrètement,
la nature humaine apparaît véritablement, comme la réalité
foncière qui donne au genre humain son invisible, mais réelle et profonde unité.
Au point de vue qui nous occupe, cette unité du genre humain, est d'une extrême importance. En effet, c'est à la nature que se rattachent les problèmes souverains de notre première origine et de notre suprême destinée.
Le genre humain n'a qu'une orig que chacun reçoit, à s nature même formée limon primitif, et «
ine. La nature humaine a naissance, n'est pas autre que la par Dieu, dès le commencement, du :
onfiée à Adam avec la mission de la propager jusqu'à en peupler la terre toute entière, “Multiplicamini et replete terram."’ Ainsi, la génération humaine n'est que l'extension, dans le temps et dans l'espace, de l'acte créateur qui a produit la nature humaine : l'acte générateur prolonge l'acte créateur auquel il sert d'intermédiaire, et chaque homme nait créature de Dieu, plus profondément qu'il n’est fils de ses parents, de telle sorte que Dieu est,
en toute vérité Celui dont procède toute paternité sur la terre comme au ciel.
A l’unité d'origine, s'ajoute pour le genre humain, l’unité de destinée suprême. Comme nous le disions plus haut, il n'y a pas d'être sans destinée. ÆEt pour chaque être la loi de sa destinée est écrite au Plus intime de sa nature. La destinée suprême, se mesure donc non d’après les individus, mais d'après leur nature, et l’unité de nature entraîne l’unité
de destinée, de telle sorte que l'individu est soumis à la destinée de sa nature.
Chaque homme a reçu, pour ainsi dire, en dépôt, avec sa nature, la loi fondamentale de sa destinée suprême.
Mais ivi intervient une action toute merv bonté et de l'amour divins.
tinée humaine, Dieu à greffé une destinée divine ainsi l'homme à Partager sa p nement, son propre bonheur.
Or cette destinte surnaturelle de l'homme, plusieurs phases s haut intérêt.
cilleuse de la Sur la loi primordiale de la des-
» appelant
ropre vie, avec, comme couron-
a passé par uccessives, qui sont Pour nous, du plus
Dans l'état de justice originelle, c'est avant son premier péché, la nature humaine, à lui confiée, était ornée des dons surnaturels de la grâce divine avec son cortège de vertus et de dons du merveilleux privilèges de l'immortalité et de l'intégrité. La perte de ce dernier privilège, a 1 l’aiguillon de In souffrance, de de la concupiscence.
-à-dire en Adam,
Adam lui-même, de la nature.
C'est ainsi qu'il faut comprendre cette vé foi, que nous avons tous été élevés à l'ordre surnaturel, en Adam ; non pas que Dieu, par sa pensée et sa volonté, anti. cipant, Pour ainsi dire toutes les existences humaines qui
devaient venir d'Adam, les ait ainsi comme toutes élevées d'avance, à l'ordre
rité de notre
à la nature, et, par la nature, à l'individu. descendants d'Adam
nature humaine, Par elle, tout ce qt
Au surplus, cette /érité est constante et ferme, dans l'ordre actuel tout entier de la divine Providence, par rapport à notre vie surnaturelle,
Comme c’est la nature humaine qui a été élevée en Adam, ainsi, c'est encore la nature humaine qui est déchue en Adam par son premier péché. C'est pourquoi, il n'y a qu'un seul péché originel. comme il n'y a qu'une seule nature humaine ; et ce péché est communiqué à autant de sujets, qu'il y a d'individus participant à la nature humaine : de plus, il est transmis par l'acte même qui transmet la nature humaine.
Ceci fait comprendre pourquoi, à l'exception de Notre- Seigneur et de la sainte Vierge, nous naissons tous entachés du même péché originel. Et de plus, cela met en relief l'unité foncière de li rande famille humaine.
La première promesse de la Rédemption a été faite à Adam, sans doute, mais elle s’adressait à la nature humaine. Car ce qui devait être racheté, c'est cela même qui était tombé, c'est-à-dire la nature humaine. Ainsi Adam, après la promesse transmettait la nature humaine, souillée sans donte de la tache originelle, mais pouvant être purifiée et relevée par l'adhésion au Rédempteur.
La Rédemption est une et elle s'est opérée en une seule fois; elle ne se renouvelle pas dans chaque individu, bien que chaque individu puisse y participer. De même que nous avons tous péché en Adam, du mème péché originel, ainsi, nous avons tous été rachetés en Jésus-Christ, de la même et unique Rédemption. Et cela toujours pour la même raison: la Rédemption, comme la chute s'adresse tout d’abord à la nature humaine, ct par la nature, ou, en raison de la nature, aux individus.
Néanmoins, de même qu'à l’origine, la nature humaine ne pouvait être relevée et ne pouvait tomber, que dans un
rie. JE. Os. A
dl
individu représentant le genre humain, aini devait-il en être dans la Rédemption : et ln Personne individuelle en qui la nature humaine n été rachetée, qui a reçu la Rédemption au nom de l'humanité, c'est la sainte Vierge, personnifiant ainsi, sur le Calvaire, au pied de la Croix Rédemptrice, cet ensemble de tous les rachetés, qui constitue le Corps mystique de Jésus-Christ. D'où il suit que la vie surnaturelle, méritée par le Sacrifice du Réde par la Bienheureuse Vierge Marie, mander,
mpteur, c'est que tous doivent la de.
La Rédemption passe par la sainte Vierge pour se transmettre aux hommes.
Et c'est là le vrai Principe qui manifeste la maternité mystique de la sainte Vierge à l'égard des hommes, Le baptême, destiné
à effacer le péché originel, purilie d'abord la nature,
C'est pourquoi l'enfant peut et doit être baptisé longtemps avant l'âge de raison, dès sa naissance, parfois même Auparavant, en cas de danger de mort. ‘Au surplus, les autres sacrements ont été institués pour nourrir, augmenter, faire revivre la grâce du baptême, ou l'adapter aux besoins des différents états de vie.
Ainsi la sanctification de l'individu est comme subordonnée à la purification, à la sanctification de la nature.
Et une fois de plus, l'on peut voir comment s'harmonisent parfaitement, des choses qui, au premier abord, semblaient irréductiblement opposées,
D'après un individualisme outré, fruit de la Révolution, l'individu serait tout, et la famille, la société ne seraient rien : la nature humaine ne serait qu'un mot, utile tout au plus pour exprimer une vaste collectivité d'individus. A l'extrême opposé, l'on rencontre l'erreur qui fait de l'indid'un grand mécanisme social ; ce l'individu, mais le groupe social,
Et l'on a institué la feligion de
vidu, un simple rouage, qui compte, ce n'est pas la collectivité, l'humanité.
l'Humanité. Une des plus graves conséquences de cette erreur, c'est que l'on a réduit la famille, le mariage à n'être plus qu'une fonction entièrement subordonuée à l'intérêt social qui prime tout, et abolit tout le reste.
La vérité tient le milieu entre ces deux extrêmes, et consiste dans l'harmonieuse interdépendance de l'individuel et du social,
En réalité, l'individu, isolé de tont milieu social serait impuissant et dénué de valeur ; semblable à la plante qui laisserait ses racines courir à la surface du sol, il se trouverait à la merci des vents et des intempéries. Vêtements, nourriture, confort, civilisation, progrès intellectuel, influence morale ; alimentation et développement des puissances profondes qui permettent à l’homme de tendre vers l'idéal, d'y atteindre : pour tout cela et bien d'autres choses encore, l'individu est redevable à la société, bien plus qu'il ne saurait s'en rendre compte habituellement. La vie individuelle est éphémère ; chaque jour des milliers d'êtres meurent, des milliers d'autres arrivent à l'existence, et l'humanité, dans son ensemble, paraît indifférente à ce tourbillon incessant, qui agite ses éléments.
Sur l'individu, la société, l'humanité possède l'avantage ut le prestige de la durée ; elle semble reposer sur des bases qui défient la morsure du temps. C'est pourquoi, il est tout naturel, il est selon l'ordre, qu'elle soit, comme le dépositaire de ces trésors d'ordre intellectuel, moral et religieux qui constituent le glorieux apanage de la nature humaine. Notre-Seigneur lui-même, a bien voulu se conformer à cette loi, en confiant l'économie de la Rédemp- : tion à une société, instituée par Lüi, et par Lui dotée du glorieux privilège d'indéfectibilité ; société qui a fait ses preuves, depuis plus de dix-neuf siècles révolus, qui a affronté toutes les luttes, tontes les tempêtes, qui, dans
les persécutions les plus violentes, semble puiser un renouveau de jeunesse et de beauté morale ; en un mot, à l'Eglise Catholique.
D'autre part, lu société, l'humanité, n'existe pas en dehors des individus, bien qu'en un sens, elle les dépasse, A l'individu incombe la mission d'incarner, de personnifier, d'enrichir et 4° transmettre, de faire rayonner ces trésors d'idéal dont la société, la famille, l'Eglise, l'humanité sont les dépositaires. Et c'est précisément, par la réalisation de cet idéal, que chaque individu communie, pour ainsi dire, à l'âme mystérieuse et profonde de la famille, de l'Eglise, de la société, de l'humanité.
Ces considérations, qui semblent nous avoir entraîné bien loin le notre sujet, nous amènent, au contraire, au cœur même du problème qui nous préoccupe en ce moment.
Qu'est-ce en effet, que la famille, sinon le sanctuaire où se transmet et se propage la nature humaine.
Tout ce que nous venons de dire, jusqu'ici, tend à nous faire pénétrer le mystère plein de grandeur, que renferme l'origine de toute vie humaine.
Naître, comme le mot l'indique, c'est recevoir la nature humaine, y participer, et donc faire partie, par les liens du sang, de la grande famille humaine. C'est, en particulier, être relié, en vertu de la nature que l'on reçoit en naissant, à la première origine, ou à la création du genre humain par Dieu, en Adam; c’est encore appartenir au plan divin de la destinée surnaturelle, pour laquelle Dieu a créé l'humanité,
Sans doute, cette destinée, est de la part de Dieu, un don purement gratuit de la divine Bonté, et, par ailleurs, la nature humaine, telle que transmise par la génération, c'est-à-dire entachée de la souillure originelle, ne contient aucune proportion, aucune exigence sous ce rapport.
a mr TE mermeeenqmes = mere
Et néanmoins, cette destinée surnaturelle, étant la seule que Dieu ait faite pour l'homme, la nature humaine y est strictement soumise dans tout individu qui arrive au seuil de la vie: et la grande loi de la Rédemption oblige strictement les parents à faire purifier, par les eaux du baptème, dans leurs enfants, la nature qu'ils leur ont transmise.
De plus, naître, c'est recevoir la nature humaine dans un milieu social, et familial, et, par le fait, c'est faire partie d’une société, d'une nationalité, d'une famille, et, par conséquent, c'est recevoir une vie qui doit communier à l'âme d'une société, d'une nationalité, d'une famille.
Par les nationalités distinctes, par les familles différentes, la nature humaine possède comme une physionomie particulière.
Mais le milieu social, l'âme nationale, ete., n'atteignent l'enfant qu'en passant par la famille : de sorte que, en définitive, la famille est bien le foyer universel d'où dérive la vie.
Ainsi les parents, en transmettant la vie, en propageant la nature humaine, propagent en même temps tout ce qui en dérive, tout ce qui se rattache à elle, et tout ce à quoi elle-même se rattache dans le plan de la Rédemption.
Propager la nature humaine, c'est prolonger dans le temps et l’espace, l'acte créateur d'où elle est sortie, c'est enrichir cette carrière immense d'où l'Esprit tire les éléments dont il compose ce vaste édifice qui se nomme le corps mystique de Jésus-Christ.
Cette grande chose qu'on appelle la paternité et la maternité considérée, non pas seulement, comme source de vie corporelle, mais prise dans sa vérità intégrale, c'est-àdire avec la mission qui ne s'arrête qu'au jour où l'enfant a atteint ce degré de maturité, qui lui permet d'affronter la
vie avec l'assurance qu'il sera toujours à la hauteur du devoir et des sacrifices qu’elle impose ; ainsi considérée, la paternité et la maternité sert d’intermédiaire à toutes les puissances auxquelles la vie humaine doit sa double origine, naturelle et surnaturelle ; à toutes les influences qui constituent comme le milieu moral, dont elle tire la sève qui l’alimente.
Sans doute, Dieu seul crée l’âme humaine, et c'est à l'âme qu'il confie ces aspirations’ profondes vers l'idéal, aspirations qui portent l’homme bien né à s'élever toujours plus haut. Et ainsi, à un double point de vue, l’homme dépend d'abord de Dieu, avant d'appartenir à ses parents : à savoir: par la grande loi des origines ; les forces mystérieuses qui sont à l’œuvre dans le monde pour la multiplication des êtres, ne créent pas de nouvelles natures spécifiques, mais elles Propagent dans les individus les natures créées par Dieu dès le commencement ; et leur fécondité leur vient de l'impulsion originelle, que Dieu à gravée dans les profondeurs de‘leur être, et qui est l'équivalent du ‘‘Croissez et multipliez-vous’’ adressé au premier couple humain.
En ce sens, l’homme Partage avec les autres êtres de l’univers, sa dépendance à l'égard de l’Auteur souverain de toutes choses. Mais de plus, cette dépendance chez l’homme se réclame d’un titre tout à fait spécial, précisément à cause de son âme spirituelle, immortelle, avec tout ce qu’elle contient d’éternel, comme principe de vie et comme principe de sa destinée ; toutes choses qui dépassent infiniment les énergies productrices de la génération humaine.
A ce point de vue, l’action de Dieu, à la naissance d’un nouvel être humain, non seulement joue le rôle de source première, comme dans la propagation de toutes les autres natures créées; mais elle est exclusive, elle se superpose à la paternité et à la maternité humaine pour les compléter
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et les couronner, Et cependant, il semble que Dieu s'efface devant les Parents: on dirait qu'il veut subordonner son action à la leur. Malgré tout ce qu'il a en lui, et venant exclusivement de Dieu, l'enfant appartient tout entier aux parents. D'autre part, pourtant, les droits de Dieu restent imprescriptibles : et ainsi les parents, auprès de leurs enfants, sont avant tout les représentants de Dieu: et c'est pour Dieu qu'ils doivent les élever.
Sans doute les parents Propagent une nature souillée de la tache originelle : Pour la purifier il faut une nouvelle naissance à une vie nouvelle, dont le Rédempteur seul est le propagateur. C'est Jésus-Christ lui-même qui baptise, par le ministère de ses prêtres. ,
Dieu seul peut engendrer selon la grâce, Parce que, par la grâce, au témoignage de saint Jean, non seulement nous sommes appelés, mais nous sommes en toute réalité, enfants de Dieu; et c'est en toute vérité que nous pouvons dire, en nous adressant à Dieu : Notre Père qui êtes aux. cieux.
De cette vie les parents ne sont pas les auteurs ; ils n'en sont que les gardiens, dans l'âme de leure enfants.
Le nouveau baptisé est avant tout, et même exclusivement enfant de Dieu, enfant de l'Eglise, et en même temps enfant et frère de Jésus-Christ. Et néanmoins, ici encore, il semble que Dieu, que Jésus-Christ, que l'Eglise s'effacent devant les parents. Mais cet effacement apparent laisse intacts les droits respectifs. A l'égard de cette nouvelle naissance, comme du développement de la vie qu'elle apporte, les parents ne sont que les mandataires de Dieu, de Jésus-Christ, de son Eglise, et les dénositaires de trésors qu'ils doivent faire fructifier dans l’4me de leurs enfants.
Et pourtant il reste vrai de dire que la famille a été insti-