‹ La famille et ses traditionsChapitre 112 sur 235 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

relier avec soin, occupe une des premières places sur les rayons de ma bibliothèque. Je ne puis résister au plaisir d'en détacher une page, celle qui parle des récréations et des congés, dont j'étais si friand jadis, et que je ne hais pas encore aujourd'hui :

" Les récréations étaient agréables ; comme des frères qui sympathisent bien ensemble, nous nous amusions sans gêne ni contrainte. En été, c'étaient les promenades au jardin, à la source, au petit bols. Ces deux dernières avaient un caractère et des charmes particuliers. L'on se partageait en petites bandes ; M. Ducharme se joignait à l'une d'elles : c'était celle dont les sujets lui allaient davantage. Arrivés à l'endroit désigné, l'on se désaltérait à l'onde pure, chacun prenait son siège sur le gazon, à l'ombre des vieux ormes, des érables, etc., et la conversation commençait. Les plaisanteries, les bons mots, les railleries même avaient leur cours. Les joies, les chagrins, les projets d'avenir, tout était exposé et discuté. L'on parlait bien aussi un peu du monde et des grandes choses qui s'y accomplissent ; chacun se mêlait d'apprécier les hommes et les choses du temps : l'on jugeait, et ces appréciations, ces jugements, portés par des imberbes, en folâtrant, eurent plus d'une fois une influence sérieuse sur l'esprit de nos confrères.

Les jours de congé, nous obtenions la permission de sortir, d'aller même dans nos familles, et il n'était pas rare de voir partir, dès la veille, deux ou trois élèves s'acheminant à pied vers le toit paternel, tantôt à St. Laurent, à Ste. Rose, tantôt ailleurs. "

Il m'a été donné de passer la première année de mes études sous ce bon vieux régime dont les anciens élèves de Ste. Thérèse aiment tant à se rappeler les lointains souvenirs.

Plus d'une fois, j'eus la faveur singulière d'accompagner M. Ducharme au presbytère de Ste-Rose, ma seconde maison paternelle. J'étais alors tellement transporté de joie et d'orgueil que je ne sentais aucunement la fatigue de la route ; je courais devant le bon vieillard qui, pour me suivre, était obligé de modérer mon ardeur. Mais bientôt, fatigué de marcher à ses côtés, je reprenais l'essor vers le clocher de ma paroisse, qui brillait dans le lointain au-dessus du bois de M. duquel, et qui semblait me dire : hâte- toi !

J'entrais tout joyeux. Mon oncle le curé, étonné de me voir arriver seul, me demandait si j'avais déserté le collège, oit mérité d'être chassé.— Non, mon oncle, m'empressais-je de répondre, je suis venu vous voir avec M. Ducharme !

Pendant ce temps-là, le bon père gravissait les degrés du presbytère, et tout s'expliquait. Je passais un agréable congé à la maison, avec mon oncle, ma tante, et ma bonne sœur Eléonore-l'ange de notre famille qui se hâta de retourner au ciel ;— et, le soir, par un beau clair de lune, nous revenions tranquillement au collège, en causant de la journée qui venait de passer pour moi si joyeuse.

Il y a plus de trente ans que cet âge d'or a disparu ; mais le souvenir de ces beaux jours ne vieillit pas dans mon cœur : il est un de ceux que le temps et l'oubli ne me raviront pas.

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