QUATRIÈME PARTIE
belles pour dire le bonheur que je ressentis à cette nouvelle. Je me mis alors à étudier mon catéchi sme avec plus d'ardeur, et cinq semaines après, je passais mon examen, où j'appris que dans quinze jours je communierais. Ces deux semaines me parurent un siècle; mais enfin, le 10 mai 1876, je c ommençai les trois jours de retraite qui précèdent ordinairement la première communion. Nous étions environ une vingtaine d'élèves ; nous la passâmes dans le recueillement et la méditation ; puis nous reçûmes le sacrement de pénitence, et enfin l'heureux jour attendu depuis si longtemps avec impatience parut pour nous ! De bonne heure le matin, nous nous rendîmes à l'Académie, et de là, à l'église paroissiale. Quel beau jour que celui où l'on s'approche pour la première fois du banquet céleste ! L'autel était tout orné de fleurs qui ouvraient leur calice au Dieu de l'univers et dont le parfum odoriférant remplissait le sanctuaire. Quel touchant spectacle présentaient ces centaines d'enfants, à l'âme aussi blanche que leurs vêtements, faisant retentir la chapelle de leurs pieux cantiques ! Au signal donné, nous nous dirigeâmes dans le plus profond recueillement vers le banquet divin. Après avoir reçu le roi des rois, nous nous retirâmes comme des enfants qui ont trouvé un trésor et qui possèdent ce qu'ils aiment. Quel beau et heureux jour que celui de la première communion î Quelle joie, quel bonheur que de recevoir son Dieu pour la première fois ! Le matin, nous reçûmes la grâce du combat ; dans l'après-midi, nous devînmes soldats de Jésus-Christ: dès lors nous pouvions
parer les coups de l'ennemi, le désarmer et remporter mille victoires. Puis vint le renouvellement des promesses de notre baptême ; voilà encore quelque chose de bien imposant : là on répète ce que nos parrain et marraine ont dit le jour où nous devînmes enfants de Dieu et de l'Eglise ; là, la main sur l'Evangile, on renonce aux œuvres de Satan, on jure devant Dieu de rester fidèle aux engagements de son baptême et l'on se consacre pour toujours à Marie.
Après les fêtes religieuses, viennent les fêtes de famille ; ce sont de magnifiques souvenirs, de splendides goûtés. Enfin, je puis dire que le jour le plus beau, le plus heureux de ma vie de 15 ans fut celui de ma première communion.
J. G., élève de 7ème année, à l'Académie C. G. de Montréal."
" Mort de mon père.
Vers la fin d'Octobre 1879, un télégramme nous annonça que les médecins avaient conseillé à mon père, alors en Europe, de retourner le plus vite possible au Canada. On ne saurait décrire la joie que je ressentis lorsqu'un soir je quittai le collège pour aller à la rencontre de mes parents bien aimés. Ils arrivèrent à la gare Bonaventure vers minuit. Sept mois d'une longue absence, les soucis et les fatigues du voyage avaient tellement changé mon père que c'est à peine si je pus le reconnaître. Je n'étais plus jeune alors, je sentais hélas ! la triste réalité. Au bout d'une semaine, la maladie, mala-