‹ La famille et ses traditionsChapitre 146 sur 235 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

die terrible, fit de tels progrès que tout espoir fut perdu.

Un jour, j'étais encore au collège, mon pauvre père, voulant passer en famille les dernières heures qui lui restaient à vivre, me fit venir à la maison. A partir de ce moment, je puis dire que mon père fut comme perdu pour nous. Le 2 octobre, se sentant plus mal, il demanda de lui-même à recevoir les derniers sacrements. On fil prévenir un prêtre 7 qui se hâta d'accourir. La cérémonie fut bien touchante et bien triste. La faiblesse de mon père l'empêcha de répondre aux prières du prêtre ; mais quand on voulut lui administrer les onctions saintes, il présenta lui-même ses pieds et ses mains.

Nous étions tous autour de lui. Lorsque le prêtre l'eut quitté, nous nous rapprochâmes de son lit. " Mes chers enfants, nous dit-il, mes affaires sont en règle avec le ciel et avec la terre, il ne me reste plus qu'à me mettre entre les mains de Dieu afin de mourir en paix." A ces paroles, nous éclatâmes en sanglots. — " Ne me plaignez pas, ajouta-t-il, car si je regrette la vie, c'est pour vous ; mais je suis sûr que Dieu vous enverra des jours de bonheur ; vous avez été de bons enfants, vous m'avez rendu heureux, Dieu récompense, même en ce monde, celui qui honore ses parents." Puis il nous donna quelques conseils où je reconnus sa tendresse et sa sollicitude. 11 nous parla avec émotion de tous les dangers que nous pouvions courir, et nous fit promettre de toujours obéir à notre bonne mère.

La soirée fut bien agitée ; vers 9 heures du soir, le bien aimé malade nous appela tous. Sa respiration

devenait de plus en plufe pénible. Nous voyant tous réunis autour de lui, il voulut nous parler. — u Adieu ! mes bons enfants, adieu ! " furent ses dernières paroles. Nous nous jetâmes à genoux. Mon père ouvrit les yeux une ou deux fois encore ; il nous regarda tour à tour, et les referma pour ne plus les rouvrir...

Quel moment pour nous pauvres orphelins ! jamais je ne l'oublierai. Deux jours plus tard, nous conduisions notre bon père à sa dernière demeure. Les pleurs qui coulent sur sa tombe, les gémissements qui montent pour lui vers le ciel disent assez les regrets qu'il emporte.

Je sortis à peine pendant le premier mois qui suivit la mort de mon père. Maintenant que les beaux jours d'été sont revenus, nous allons souvent, mon jeune frère et moi, déposer sur sa tombe à peine fermée un bouquet des fleurs qu'il aimait ! !

F. M., âgé de 15 ans, élève de 7e année, à l'Académie G. C. de Montréal."

Veuillez encore, Messieurs, prêter une oreille bienveillante aux pages suivantes que je dois à l'obligeance des bonnes sœurs de la Providence qui dirigent avec tant de zèle l'asile des sourdes-muettes de la rue St. Denis. Ces pages, empreintes d'une candeur charmante et d'une angélique piété, sont écrites par des jeunes filles de 15 à 17 ans qui, grâce aux soins aussi intelligents que maternels dont elles sont l'objet de la part de leurs dévouées maîtresses, participent au plus grand des bienfaits que la

QUATRIÈRE PARTIE 237

Providence répand sur notre heureuse ville de Montréal : l'instruction religieuse.

" Souvenir d'une retraite. 10 Octobre 1880.

Nous avons fait notre retraite. Elle a commencé mardi soir, le 5 octobre. Le Rev. P. Raynel l'a prêchée. Nous avions quatre instructions par jour. Nous en avons eu quatorze pendant notre retraite. "

Je passe à la 9ème, sur le Sacré-cœur.

" O divin Jésus ! votre cœur est tout brûlant d'amour pour moi, mais j'ai été une ingrate, je ne vous ai pas aimé. Je vous demande pardon de ma froideur, de mon ingratitude. Embrasez mon cœur de votre saint amour.

lOeme instruction : sur V Enfant prodigue.

Cet enfant prodigue, c'est moi. Dieu est mon tendre père. Je l'ai offensé ; je me suis éloignée de lui par mes péchés. Loin de Dieu je n'ai pas trouvé le bonheur : quand on est méchant on est malheureux.

Pendant la retraite, j'ai réfléchi sur ma malice, mon ingratitude. J'en ai beaucoup de chagrin, mais je ne me décourage pas : je sais que Dieu est toujours mon père, je sais qu'il m'aime toujours. Il me tend les bras : il veut me pardonner si je viens à lui. 0 mon Dieu ! que vous êtes bon et miséricordieux ! Je vous demande mille fois pardon de mes égarements, et je vous promets de ne plus jamais vous offenser.

Aujourd'hui nous avons fait, comme l'année

dernière, une procession en l'honneur de Notre Dame de Lourdes. Pendant cette procession nous avons prié pour tous nos bienfaiteurs. Ensuite nous nous sommes consacrées à la Ste Vierge notre bonne mère. 0 Marie ! aidez- nous à bien conserver les fruits de cette retraite. Nous voulons être vos enfants toujours. "

R. G. âgée de 14 ans, Elève de l'asile des sourdes-muettes de Montréal.

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