‹ La famille et ses traditionsChapitre 148 sur 235 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

25 de mars 1873. J'avais alors onze ans. Vingt-deux petites sourdes-muettes communièrent avec moi ce jour-là des mains du Révérend M. Trépanier. Après la messe, le Révérend M. Verreau nous fit une instruction ; nous attendîmes ensuite sa visite à la salle de réception où il nous donna de jolies images. Nous descendîmes au réfectoire. Quand on servit le dessert, le Rev. M. Trépanier me montra un joû gâteau en forme de pyramide, sur lequel mon nom était écrit avec de la gelée rouge. Je fus agréablement surprise, et je désirais savoir qui m'avait fait ce beau présent. M. Trépanier me dit que c'était Madame G. Je la remerciai pour sa bonté, et pour m'avoir envoyé un voile blanc avec une couronne de la même couleur.

Dans l'après-dînée, à 2 heures, nous montâmes à la chapelle pour la bénédiction du très-saint Sacrement ; on nous reçut ensuite du scapulaire. Un mois plus tard, nous reçûmes le sacrement de confirmation.

Clara Agnès A âgée de 17 ans.

Elève de l'asile des sourdes-muettes.

Maladie et mort de mon père.

( Traduit de V anglais.)

Je n'ai jamais connu les sourires d'une mère, et

celui sur lequel était concentré tout l'amour de

mon cœur allait m'être enlevé. Il était tout pour

moi, et j'eusse été heureuse de mourir avec lui. Je

courus à sa chambre et je me jetai dans ses bras.

J'essayai de lui faire entendre quelques mots : — " Papa ! papa ! mourir — non ! " Des larmes amères coulèrent le long de ses joues, et, me mettant une main sur la tête, pendant qu'il levait l'autre vers le ciel, il fit entendre la bénédiction d'un mourant sur sa pauvre enfant muette. Alors, me serrant étroitement contre son cœur, il me baisa au front, et essuya mes larmes. Il me fit signe de retourner chez les Sœurs, et de toujours demeurer avec elles.

Le médecin fit tout en son pouvoir pour soulager ses souffrances cette nuit-là. Sur le matin, un changement pour le mieux se fit remarquer, et le médecin déclara qu'il était présentement hors de danger.

Gomme c'était le temps de l'ouverture des classes, et comme papa reprenait des forces, je fus ramenée à mon couvent.

Le matin de mon départ, j'allai lui dire adieu. Il prit ma petite main, et m'embrassant avec toute la tendresse d'un père aimant, il me dit de toujours être bonne. Je l'embrassai, et lui dis : " Bonjour, papa, j'espère que je vous verrai encore. " Oh î comme son cœur battit et comme ses larmes coulèrent quand il me pressa sur son cœur î Quand je pense à ce dernier adieu, à ce regard, à ce sourire, toute mon âme est plongée dans les larmes.

En reprenant mes devoirs de classe, je pensai que l'angoisse que je sentis si vivement au départ se passerait peu à peu ; mais l'inquiétude que j'avais pour mon cher papa m'ôtait l'idée de l'étude, et mon cœur était si gonflé de chagrin qu'il me fallut pleurer pour le soulager.

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