QUATRIÈME PARTIE
Hélas ! mes appréhensions ne furent pas longtemps sans se réaliser. Un mois après avoir laissé la maison paternelle, un télégramme m'apporta la triste nouvelle de la mort de mon père. Le langage n'a pas d'expression, ou plutôt je n'ai pas encore trouvé de termes pour exprimer la profondeur de l'angoisse que je sentis alors. Si je l'eusse vu mourir, j'eusse été moins inconsolable de sa mort. J'espérais qu'il serait épargné pour le bonheur de ses enfants, dont toutes les espérances d'avenir étaient concentrées sur lui. Je me mis alors à penser que je ne le verrais plus ; mais j'ai maintenant la douce espérance de rencontrer ce cher père au ciel. Je ne l'oublierai pas dans mes prières. Je le remercie de n'avoir pas laissé sa pauvre sourde-muette dans le monde, et de lui avoir procuré le bienfait de l'instruction."
Clara A. A***
Visite de Monsieur le Surintendant.
22 Mai, 1878.
Le 22 de ce mois nous eûmes une grande visite de la part de l'Honorable M. Gédéon Ouimet. Il nous examina sur nos leçons pendant une heure. Quand toutes les sourdes-muettes furent réunies dans l'oratoire, M. le Surintendant raconta une petite anecdote au sujet de l'exposition de Paris. Avant d'être envoyés à Paris, nos échantillons furent examinés à Québec par les principales dames et par toutes les religieuses de la localité ;
elles en furent agréablement surprises et les déclarèrent très-jolis. Elles firent l'éloge de notre institution ; elles dirent qu'elle s'était acquis une haute réputation pour l'éducation qu'elle donne à ses élèves. L'Honorable Monsieur nous dit que Dieu nous avait privées de l'ouïe et de la parole, mais qu'il nous avait donné les bonnes Sœurs pour combler cette lacune en nous enseignant à exprimer nos pensées dactylologiquement, (au moyen des doigts), ainsi qu'en nous apprenant à travailler. Il nous donna un grand congé. Nous n'oublierons jamais sa grande bonté pour nous.
Clara A. A***
Visite de M. l'Inspecteur F. S. MacMahon.
11 Mai, 1878.
Oh ! mon cher journal, il y a une semaine que je ne t'ai pas ouvert, je crains fort que ma maîtresse ne soit contente de moi ; mais ne me gronde pas, je serai plus fidèle à l'avenir.
Nous avons eu aujourd'hui la visite de Monsieur l'Inspecteur MacMahon. C'est un très-bon et trèsaimable monsieur ; j'aime beaucoup son air affable et paternel. Il nous examina, et parut très-satisfait de nos récitations. Il donna des récompenses aux élèves les plus méritantes ; j'eus la chance d'être au nombre de ces dernières.
Clara A. A*** "