CINQUIÈME PARTIE
la terre qu'ils nous ont donnée les images de ceux auxquels nous devons et la gloire du passé et l'espérance de l'avenir ; mais comme le pauvre orphelin qui demande au tombeau de lui rendre son père et sa mère, je ne vois rien ; et de nos places publiques — ces glorieux tombeaux — pas une voix ne s'élève pour me redire du moins leurs noms immortels ! Ah ! dressez donc sur vos places publiques des monuments qui parlent et qui racontent à nos neveux les grandeurs de notre histoire.
Laissez-moi vous exprimer un dernier souhait pour attacher à jamais les deux couronnes de la Foi et du Patriotisme au front de la patrie. Puisque la fête d'aujourd'hui doit s'appeler vraiment une fête de famille, et que le Canada peut saluer ses enfants venus de toutes parts, oh ! qu'un lien de charité fraternelle et de la plus étroite union embrasse cette chère etbien aimée famille canadienne ; qu'elle confonde dans un même sentiment tous les cœurs et fasse sortir de toutes les bouches ce chant d'union : Soyons tous frères, et que dans l'unité nous puisions à l'avenir une force invincible. Peutêtre, si quelque nuage a terni notre gloire, il serait permis d'accuser le souffle de la discorde que nous avons laissé se glisser parmi nous... Mais, ditesvous, c'est de la politique. —Pardon,— prédicateur de l'Evangile par la grâce de Dieu, je n'ai pas de politique—ma politique est de n'en avoir pas — ou plutôt, oui, j'ai une politique, et je ne crains pas de vous l'offrir comme base de toute vraie et sage politique :
car si la vertu n'est pas fondée sur elle, quelle qu'elle soit, elle ne produira que des ruines en attendant sa propre destruction.
Vous voulez savoir mon dogme politique? le voici :
" Notre Père qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive, que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel ! ! " Et comme toute politique se résume dans un drapeau, : vous me demandez mon drapeau ? u Un jour, le St. Laurent débordait et menaçait d'engloutir au sein de ses flots les premières habitations de notre naissante colonie ; près de ses ondes furieuses un homme est à genoux. " 0 Dieu, s'écrie-t-il, sauvez Ville-Marie, et nos mains élèveront à votre gloire, sur le sommet de la montagne, la croix de votre Fils, témoignage de notre reconnaissance. " Le flot s'arrêta, et trois jours après, gravissant la montagne, monsieur de Maisonneuve portait lui-même sur ses épaules et plantait au sommet du " Mont Real" cette croix qu'il avait promise à Dieu. Longtemps ce drapeau flotta sur la petite colonie. Il disparut depuis et il n'a pas reparu. Vous me demandez mon drapeau ? Le voici : et c'est ce drapeau planté par une main si chère que je viens vous offrir de relever aujourd'hui. Vous voulez un monument qui rappelle cette journée ? En éleverez-vous un plus noble et plus digne de vous ? La croix est le symbole de la charité et de l'union. Elevez-la donc de nouveau sur le sommet de votre montagne et que de ses deux bras étendus elle protège toujours Montréal, elle