‹ La famille et ses traditionsChapitre 186 sur 235 · DISCOURS SUR LE BONHEUR DE LA VIE CHAMPETRE · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR LE BONHEUR DE LA VIE CHAMPETRE

Ce discours est un souvenir de mon Aima Mater. Composé par mon professeur de Philosophie, le Rev. M. Louis Dagenais, et prononcé par un de mes condiciples, M. Alphonse Piché, il a pour moi des charmes particuliers que mon lecteur partagera, j'espère, surtout s'il est, comme moi, fils de cultivateur. Je suis heureux de tirer aujourd'hui cette charmante idylle de la poussière où elle dormait depuis les jours du collège, pour lui donner dans ces pages un peu d'air et de soleil, en retour du délicieux quart d'heure qu'elle m'a fait passer, le 24 juin 1853, jour de notre grande fête nationale, sous la voûte des grands ormes qui semblaient fiers, ce jour-là, de verser leurs ombres et leurs mélodies sur la petite rivière de Ste-Thérèse.

Au milieu de cette magnifique campagne, sous l'épais feuillage des beaux arbres qui nous donnent leur ombre, au bruit doux et léger du ruisseau qui coule devant nous, rafraîchis par la brise qui nous caresse, je crois être l'interprète de vous tous, messieurs, en disant que nous jouissons véritable ment. Jamais je n'ai senti aussi vivement qu'aujourd'hui les charmes de la campagne, et goûté plus réellement les délices de la vie champêtre. C'est sans doute la satisfaction, ce sont les joies de chaque cœur en particulier qui se répandent au dehors, se communiquent à tous, et nous font

sentir plus fortement le bonheur de notre condition; c'est que surtout Ton éprouve à la campagne, par un beau jour, dans une belle fête, je ne sais quoi qui fait oublier rapidement les fatigues, les peines, les soucis dont la vie est semée. A cette occasion si solennelle pour un peuple, la fête de son pays, je crois très-convenable et à propos de vous parler des avantages et du bonheur de la vie champêtre, et plus particulièrement des avantages et du bonheur du cultivateur. Ce que j'ai à dire, devra, je pense, vous intéresser, d'autant plus que je m'adresse à des hommes qui vivent à la campagne, et plus particulièrement encore à des agriculteurs. Mon désir et mon but dans les réflexions que j'ai à vous présenter sont de mieux faire apprécier à tous les charmes de la vie champêtre, et d'attacher plus fortement que jamais le cultivateur aux belles et nobles fonctions de l'agriculture.

Je dis donc, Messieurs, que l'on trouve à la campagne beaucoup d'avantages et de jouissances que l'on ne rencontre nulle part ailleurs. Ce qui contribue le plus au bonheur de l'homme, humainement parlant, c'est d'abord la santé du corps, et en second lieu, la jouissance paisible d'une honnête aisance.

Je dis la santé : en vain l'homme possèderait-il de grandes richesses, en vain serait-il comblé d'honneur et de gloire ; en vain aurait-il en mains la puissance, s'il languit sous le poids des infirmités, s'il traîne un corps souffrant, il est malheureux et très-malheureux. Pour lui les plaisirs les plus variés n'ont aucun attrait : il ne partage

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