‹ La famille et ses traditionsChapitre 187 sur 235 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

nullement les joies de la terre ; il voit avec indifférence, avec dédain même, les amusements auxquels se livrent tant d'autres : il n'est occupé que de ses souffrances. Aussi entendons-nous dire souvent : la santé est le premier et le plus grand des biens. Or messieurs, ce bien si précieux, le premier de tous, sans lequel tout est fade et insipide, c'est à l'homme des champs, c'est à l'habitant des campagnes qu'il est donné de le posséder dans toute son étendue. Comparez, en effet, le citadin avec le villageois, l'habitant des villes avec l'habitant des campagnes, et voyez quelle différence frappante, même dans la figure et les traits du visage. Le premier, au teint blême, aux joues hâves et creuses, au corps amaigri, ressemble au malheureux prisonnier qui a pratiqué de longs jeûnes ; le second, au teint animé et vermeil, à la démarche ferme, aux nerfs vigoureux, paraît être un généreux athlète toujours prêt pour les combats. Celui-là, cloué au bureau ou au comptoir, n'ayant à contempler qu'une bien petite étendue de la voûte azurée et le pavé de la rue ; ne respirant que l'air vicié d'appartements étroits, ruine promptement sa constitution, comme une tendre fleur qui n'ayant pas assez d'espace, languit, se fane et dépérit. Celui-ci, placé au centre d'un horizon sans limite, savourant l'air embaumé et vivifiant qui le pénètre, voit ses forces augmenter, et puise chaque jour une nouvelle vie au sein de la nature. L'enfant de la ville contracte la faiblesse et l'infirmité des parents : placé dans une atmosphère malsaine, prenant sans goût les mets les mieux apprêtés, il se

développe misérablement : il demeure faible, sans énergie, sans activité. C'est une plante grêle et chétive, privée en grande partie de la rosée céleste, et qui, tirant d'un mauvais sol un suc insuffisant, croît languissamment.

A la campagne, au contraire, l'enfant grandit à l'aise ; ses membres se développent bien, tout son corps se fortifie admirablement. C'est une autre jeune plante qui reçoit abondamment la chaleur du soleil et la pluie des cieux ; qui pousse dans un sol riche, avec une sève forte, et profite à vue d'œil.

Oui, c'est pour l'enfant, plante tendre et précieuse, c'est pour le jeune homme que l'air pur de la campagne est nécessaire. Il a besoin, plus encore que l'homme fait, de cet air pur, d'un espace libre, et d'exercices nombreux qui permettent à son corps de croître, à ses membres de se fortifier et à ses facultés intellectuelles de se développer. Heureuse donc la jeunesse qui peut à la campagne passer ses beaux jours ! elle y acquiert cette force de corps, cette santé durable qui doit être sa plus douce jouissance pendant sa vie entière.

Il est donc vrai que la campagne est éminemment propre à la santé de l'homme fait, mais plus encore à la jeunesse.

Je dis en second lieu : Ce qui contribue au bonheur de l'homme vivant à la campagne, c'est la jouissance paisible d'une honnête aisance. Il est un fait, Messieurs, que doit admettre quiconque n'a pas de préjugé contre son pays, c'est que pour

Page 1