CINQUIÈME PARTIE
l'homme laborieux, actif et intelligent, il est encore facile de se créer une honnête aisance, soit en embrassant une profession libérale, quand on a de l'éducation et des talents suffisants, soit en s'adonnant à la culture des terres. Or, nulle part ailleurs qu'à la campagne, on ne jouit réellement des avantages d'une fortune même médiocre. Ici, en effetr il existe des rapports d'intimité entre tous les citoyens : on se connaît, on se voit avec plaisir. Une paroisse est une grande famille où les intérêts sont communs, et les affaires connues de tous comme elles le sont entre des frères.
A la ville tous sont étrangers : le voisin est un inconnu ; souvent le même toit abrite des personnes qui ne s'adressent jamais la parole ; on est au milieu d'eux comme un voyageur en pays étranger, sans amis, sans connaissances. A la campagne, l'on jouit d'un calme parfait ; l'oreille n'est frappée que du doux murmure des ruisseaux, du gazouillement des oiseaux, ou de la voix forte et sonore du cultivateur qui revient gaiement de son champ après sa journée de travail. A la ville, l'on n'entend que le bruit assourdissant des voitures, les cris des charretiers, les clameurs de la foule qui se presse et se heurte; l'air en retentit, malgré t les flots de poussière qui semblent vouloir en étouffer tous les échos. Ici, sécurité parfaite ; l'on n'a à craindre ni le vol, ni l'incendie, ni le meurtre, on repose en paix. Là, sommeil agité et troublé ; on croit toujours entendre les cris des voleurs, des incendiaires, des assassins ; harassé du tumulte du jour, tremblant de crainte pour la nuit : tel est l'état habituel,
la vie du pauvre citadin. Ici, encore une fois, des moyens ordinaires, une fortune médiocre, suffisent aux exigences raisonnables de chaque état ; là, un luxe effréné dévore et ruine les meilleures maisons. Enfin, innocence, candeur, franchise, voilà ce que l'on trouve heureusement à la campagne ; mauvaise foi, dureté de caractère, corruption effrayante des mœurs, voilà ce qui, en général, fait des villes un séjour dangereux pour la jeunesse, et une source d'inquiétudes, de crainte et d'effroi pour les honnêtes chefs de famille.
Il est donc vrai, Messieurs, que de quelque côté qu'on envisage les choses, la campagne a des avantages qu'on ne trouve nulle part ailleurs. De tous les habitants de la campagne, les plus heureux sont les cultivateurs. Une chose que tout le monde recherche, pour laquelle on se passionne surtout de nos jours, c'est la liberté, l'indépendance. Pour l'acquérir, les particuliers exposent leur vie ; les peuples se jettent aveuglément dans les plus grands périls ; les nations se précipitent dans le gouffre des révolutions. Or Messieurs, cette liberté, cette indépendance réelle, qui rend véritablement heureux, n'est pas celle que l'on conquiert à la pointe de l'épée,mais celle dont on jouit à la campagne en cultivant le champ de son père, ou la terre acquise par le travail. En effet, le cultivateur aisé et qui comprend les avantages de son état est vraiment indépendant. C'est un homme qui n'a besoin de personne, et dont tous les autres états ont besoin.
Il trouve chez lui, sur sa ferme, toutes les choses