‹ La famille et ses traditionsChapitre 203 sur 235 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

choisir un autre, se quereller encore à propos de ces riens qui font sourire les hommes, jusqu'au moment où la voix grave de la mère les convie à la prière du matin. Gomme ils sont splendidês à voir tous ces petits anges, s'agenouillant en groupe, avec leur foi robuste, en même temps que naïve!

Les vérités primordiales du christianisme tombent alors, goutte à goutte, comme l'onde d'un second baptême, des lèvres de la mère sur le cœur de l'enfant. Catholique avant tout, la mère canadienne croit à Jésus crucifié ; et si, au grand jour d'où l'on ne revient pas, elle lègue à son pays de bons et honorables citoyens, grandis à l'ombre de ses douces croyances, plus sereine et plus calme, elle attendra l'aurore sans couchant du dernier réveil.

La Canadienne est, sur ce sol, l'honneur de notre nom, la gardienne inviolable du foyer domestique, l'espoir de la race et une des plus vives lumières de sa physionomie. Plus que cela, elle est la sauvegarde de nos bourgs et de nos capitales. En effet, les couvents, où nos jeunes filles vont protéger leur foi, ne sont-ils pas, en quelque sorte, autant de paratonnerres où vont s'abattre les foudres de Dieu prêt à punir son peuple !

Comme une reine jalouse de son blason, elle est fière du nom Canadien et de celui qui le porte : elle partage avec nous les tendresses de la vie commune, calme nos soucis et abrège nos peines. Elle comprend que si, parmi ses devancières, apparaissent, aux confins de l'histoire, Jeanne d'Arc devant Orléans, Clothilde à St Denis, la duchesse

d'Aiguillon, Madame de la Peltrie, la Sœur Marie de l'Incarnation, le Canadien nomme, de son côté, Bédard, Plessis, Laval et Lafontaine. Elle se souvient, derechef, que le Canadien maniait aussi bien jadis le hoyau et la charrue que l'épée des combats, et que si, parfois, on le vit tracer dans la terre un obscur sillon, heureux il fut, le lendemain, comme ses aïeux naguère, sous les drapeaux de Turenne et de Condé, de vaincre ou de mourrir aux côtés de Montcalm et de Salaberry.

En ce beau jour de la St- Jean-Baptiste, rappelons-nous donc avec fierté ces types divers de la Canadienne, notre mère, notre épouse, ou notre sœur. Prions le ciel de la conserver longtemps encore à notre foyer, à nos amours, près du berceau de nos enfants. Comme au sein d'un impérissable Panthéon, gravons son souvenir, non sur des tables de pierre ou d'airain, que le temps peut détruire, mais au fond de nos âmes, qui ne périront point puisqu'elles sont immortelles.

Et si, ce matin, en passant dans nos rues bordées d'érables, nous l'apercevons à sa fenêtre, acclamant la race dont elle est le plus bel ornement, oh ! alors, groupés près du drapeau de Carillon, pour paraître plus grands, redisons de toute la force de nos poitrines : Vive la Canadienne !

24 juin 1880.

Ph. Huot.

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