‹ La famille et ses traditionsChapitre 214 sur 235 · cinquième partie · texte numérisé non relu

cinquième partie

La petite Provence des Tuileries.

Un rayon de chaleur qui ne saurait encore

Ranimer les prés ni les bois Vous appelle au jardin que le luxe décore

Et presque sous les yeux des rois.

Mais que vous font, enfants, les grandeurs revêtues

De l'éclat d'un vain appareil?

Que vous font ces palais, ces marbres,,ces statues ?

Vous ne voulez que du soleil ;

Vous ne connaissez pas les funestes chimères

Qui sous le dais viennent peser, Vous n'avez ni soucis, ni regrets, que vos mères

Ne puissent guérir d'un baiser,

Vous n'avez à souffrir, à venger nul outrage

Nuls droits perdus à ressaisir, Vous êtes bien heureux ; car, enfants, à votre âge

La liberté, c'est le plaisir.

Livrez-vous à vos jeux ! qu'ils servent de contrastes

A ces fêtes qu'on aime ici :

Riez, chantez, dansez ! ces lieux sont assez vastes

Pour le bonheur et le souci.

Vous allez croître, enfants, et devenir esclaves

Si vous évitez le cercueil ; Et vos pieds fatigués traîneront les entraves

De l'avarice et de l'orgueil.

Toutes les passions en vos cœurs déchaînées

Ne vous quitteront que bien tard ; Et pour ces lieux charmants, durant longues années,

Vous n'aurez pas un seul regard.

Mais quand le temps, vainqueur de votre résistance.

De vos ans marquera le soir, Affaiblis, impuissants, ramenés à l'enfance,

Vous y reviendrez vous asseoir...

Vous y retrouverez l'innocente mémoire D'un bonheur perdu pour toujours ;

Vous leur demanderez, non point l'or ni la gloire, Mais le soleil de vos beaux jours...

Anonyme.

Quand je serai grand.

Le front incliné sur ton livre d'heures, Oh ! je le vois bien... ma mère, tu pleures ! Et tu semblés triste en me regardant.

Mais va ! j'ai huit ans ! mère, prends courage. J'aurai pour nous deux du cœur à l'ouvrage Quand je serai grand.

Je voudrais grandir... oh ! le temps me dure ! Hier, un méchant t'a jeté l'injure...

Il te voyait seule avec un enfant.

Des cœurs sans pitié raillent ta misère, Mais aucun d'eux ne l'osera, mère, Quand je serai grand.

Ton châle est usé, ta robe de laine, Si vieille à présent, se soutient à peine. Je t'habillerai d'un chaud vêtement, Et pendant l'hiver, toute la journée, Tu verras du feu dans la cheminée Quand je serai grand.

Je t'obéirai, mère, sois tranquille.

Oh ! tu le verras... ton enfant docile Ne fera jamais ce que Dieu défend.

Tu dis quelquefois : " La vie est amère." Tu seras heureuse et tu seras fière Quand je serai grand.

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