‹ La famille et ses traditionsChapitre 215 sur 235 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

Nous achetterons au bout du village Un petit jardin... tu souris, je gage.

Auprès des oiseaux, sous un lilas blanc, Pour toi je veux faire un banc de verdure, Et tu guériras, mère, sois en sûre, Quand je serai grand.

Et l'humble malade, un instant heureuse, N'ose le serrer de sa main fiévreuse, Et tout bas murmure en le contemplant : " Enfant, sois béni, mais ta pauvre mère N'aura plus besoin que de ta prière Quand tu seras grand.

Marie Jenna.

A MON TRAINEAU.

Souvenir d'enfance.

Voici venu l'hiver : la neige éblouissante Couvre partout les champs comme un vaste manteau; Le ciel est sombre et froid, mais la pente est glissante Tout le long du coteau.

Pars, ô mon traineau rapide !

Sous mon pied qui te guide Vole, et ne bronche pas ; Vole au loin dans la plaine Jusqu'au pied du vieux chêne Qui s'élève là-bas.

Je parle, et mon traineau, de longtemps inimobile, A ma voix ranimé, s'élance avec orgueil ; Et du sommet au bas de la pente facile Il glisse en un clin d'œil.

Je vois fuir la colline, et dans la plaine molle Mon coursier bondissant creuse à peine un sillon, Car il passe léger comme l'oiseau qui vole A travers le vallon.

La neige que le vent roule autour de ma tête

En tourbillons poudreux s'élève dans les airs

Gomme un sable mouvant qu'agite la tempête

Au milieu des déserts.

Mon cœur pajpite alors plein d'une douce ivresse, Sur mon coursier fougueux je bondis de plaisir, Et du pied, de la main, je hâte sa vitesse Trop lente à mon désir.

Quand il s'arrête enfin, épuisé, sans haleine, Au sommet du coteau je le ramène encor ; Et là, se ranimant, il bondit vers la plaine Par un nouvel essor.

Ainsi dans les transports de ma joie enfantine, Sans trêve ni repos je me plais tour à tour A descendre et monter mille fois la colline Jusqu'au déclin du jour.

Mais quand parait au ciel une étoile qui brille, On m'appelle au logis, et je reviens m'asseoir Joyeux, près du foyer où la flamme pétille Pour le repos du soir.

Pars, ô mon traîneau rapide !

Sous mon pied qui te guide Prends un dernier essor ; Yole au loin dans la plaine Jusqu'au pied du grand chêne Une fois encor !

Page 1