CINQUIÈME PARTIE
A la Jeunesse.
Qu'ils sont beaux, mes amis, les jours de la jeunesse ! Combien douce et charmante est cette enchanteresse ! Quel breuvage enivrant nous présente sa main ! Ah ! ne les perdons pas, amis, ces jours splendides ; On dit autour de nous qu'ils s'écoulent rapides : S'ils passent, que pour nous ce ne soit pas en vain î
Pendant que notre ciel rayonne, Que nos yeux en sondent l'azur ; Cherchons-y celui qui nous donne Les soleils d'or et le ciel pur.
On nous dit souvent que les hommes Sont ingrats : à l'âge où nous sommes, Mes amis, est-il des ingrats ?
L'oubli pour nous serait un crime ; Dans nos cœurs le bienfait imprime Des traits qui ne s'effacent pas !
La vie à larges flots dans nos veines circule ;
Inextinguible et cher, un feu secret nous brûle ;
Rien ne peut résister à sa puissante ardeur.
Il échauffe à la fois notre sang et nos âmes ;
Si le temps doit l'éteindre au milieu de ses flammes,
Ayons du moins brûlé notre encens au Seigneur !
Est-ce une âme à moitié flétrie,
Un cœur qui va se refroidir,
Sont-ce les restes de la vie
Qu'au Dieu vivant il faut offrir ?
Non, non : ce serait une honte !
Nous ne savons pas comme on compte ;
Nous ne calculons pas encor !
Les mains de Dieu sont généreuses ;
Les nôtres répandront joyeuses
A ses pieds tout notre trésor !
Dans les saints jours, voyez ces fleurs, toujours présentes,
Pencher pieusement leurs gerbes odorantes
Sur l'autel qui reçoit et le pain et le vin.
Les fruits longtemps mûris servent au sacrifice ;
La fleur dans sa jeunesse ouvre son frais calice,
Et laisse les parfums s'exhaler de son sein.
Notre vie en sa fleur s'élève ; Au Dieu du jour et de la nuit Offrons-la, quand monte la sève, Afin qu'il mûrisse le fruit.
Chaque fleur est une promesse, Un espoir que le ciel caresse Et qu'il ne faudrait pas trahir !
L'arbre en vain de fleurs se couronne : Dieu l'arrache, quand vient l'automne, S'il n'y trouve rien à cueillir !
Oh ! qu'il est bon d'aimer ! Oh ! qu'il est bon de vivre Au milieu des transports dont l'amour nous enivre ! Qui, pour les contenir, élargira mon cœur ? Qu'est-ce en réalité que la belle jeunesse ? Est-ce elle qui vraiment est notre enchanteresse ? C'est la saison d'aimer, l'amour est l'enchanteur !
Livrons-nous, livrons-nous sans crainte A son empire : il est si doux !
Obéissons-lui sans contrainte :
Qu'en maître il dispose de nous. Que de son aile la plus forte Il nous s oulève, il nous transporte Aux lieux qu'on ne sait plus nommer.
Qu'il nous verse à longs traits l'extase ; Mais je voudrais plus grand le vase, Car c'est Dieu qu'il nous faut aimer !