cinquième partie
Les enfants sont partis.
Ils sont partis ! un lourd silence Envahit toute la maison ; Ces murs qu'éclairait leur présence Se font noirs comme une prison.
Moi je m'en vais, pauvre âme en peine, Par les chambres, les corridors, Ramassant un jouet qui traîne, Rangeant tous leurs menus trésors.
Les rois de ces petits royaumes, Où sont-ils, mes oiseaux joyeux ?
Je crois voir de sombres fantômes Dans les coins où brillaient leurs yeux.
Adieu le bruit, les jeux... les trêves Où mes maux étaient adoucis ; Me voilà seule avec mes rêves...
Je veux dire avec mes soucis.
Il faut, hélas ! que je vous voie Pour vivre un peu. mes chers petits !
Vous êtes ma force et ma joie, Enfants î et vous voilà partis.
Mais vous allez dans la montagne Remplir de fleurs votre panier, Et mon esprit vous accompagne, Si mon corps reste prisonnier.
Que je sois triste et que je reste Dans la ville avec les moqueurs, Pourvu qu'aux champs la fleur céleste Fleurisse dans vos petits cœurs !
Victor de Laprade.
Le sabot de Noël.
Enfants, Dieu va clore l'année, Et la rappeler dans le ciel ; Demain, sous votre cheminée, Cherchez le sabot de Noël.
Avec sa voix harmonieuse, Qui nous dit ce refrain joli ?
Vous savez bien, enfance heureuse, Que c'est la vierge Noëli.
C'est elle qui vient près de l'àtre, Le soir, pendant que vous dormez, Préparer de sa main d'albâtre, Pour vous des bonbons parfumés.
Endormez-vous dans votre couche Aux rideaux blancs garnis de bleu, Enfants, pourvu que votre bouche Se ferme en priant le bon Dieu.
Si vous faites votre prière, Prière pour les malheureux, Un ange sur votre paupière Glissera son duvet soyeux.
C'est l'ange ennemi du mensonge, C'est le messager Ariel Qui vous dira dans un doux songe :
Voici la vierge de Noël.
La voyez-vous blanche et parée De l'arc-en-ciel aux sept couleurs ?
Elle descend de l'Empirée, La main toute pleine de fleurs.