CINQUIÈME PARTIE
Elle arrive mystérieuse, Pendant la nuit, à petits pas ; Enfants, dormez, elle est heureuse ; Enfants, ne vous réveillez pas.
Laissez-la faire son ouvrage ; Ses pieds mignons marchent sans bruit.
Ses mains qu'anime le courage Travailleront toute la nuit.
Noëli, votre souveraine, Sculpte, à l'heure où l'enfant s'endort, Un sabot dans du bois de frêne, Avec son petit couteau d'or.
Elle taille, retaille et creuse Ce bois noirci par les charbons ; Pour rendre votre âme joyeuse Sa main l'emplira de bonbons.
Dormez, enfants, dans votre couche, Jusqu'à demain, jusqu'au réveil ; Votre mère, sur votre bouche, Mettra le sourire vermeil.
Enfants, Dieu va clore l'année Et la rappeler dans le ciel ; Demain, sous votre cheminée, Cherchez le sabot de Noël.
Barrillot.
La PLAINTE, LA PRIÈRE DE L'AVEUGLE.
Mon Dieu, je viens me plaindre à vous, Comme un enfant fait à son père :
Je voudrais de votre lumière Contempler les rayons si doux î
On dit que votre ciel immense S'étend comme un pavillon bleu, Et que mille étoiles de feu Y scintillent dans le silence.
On dit qu'au matin, le soleil Est si brillant après l'aurore, Que le soir on l'admire encore Cachant sa couche de vermeil !
On dit que la neige est si -belle Quand ses flocons tombent des cieux, Semblables au duvet soyeux Que le cygne porte à son aile !
On dit qu'au souffle du printemps Les bois se couvrent de feuillage, Et que partout dans le bocage Fleurissent des bouquets charmants !
On dit que sous un pont de glace Goule aujourd'hui le Saint-Laurent, Et puis, quand souffle un meilleur vent,* Les vaisseaux couvrent sa surface !
On dit que les petits enfants Vont poursuivre dans les vallées Ce qu'on nomme des fleurs ailées, Papillons joyeux et brillants !
On dit qu'aux fêtes solennelles Il fait si bon voir le saint lieu Tout embelli pour le bon Dieu D'ornements et de fleurs nouvelles