II. NÉCESSITÉ ACTUELLE DES LIVRES DE RAISON
"Ces livres si précieux, qui empêche de les recréer? Quels bienfaits n'apporterait pas leur rétablissement ?
Tout, dit-on, y fait obstacle ; tout est instable, les idées, les lois, les mœurs ; tout, dans la famille et le foyer, comme dans les autres parties du corps social, concourt à développer l'individualisme.
Nous répondons : — C'est une raison de plus pour qu'elles travaillent à combattre cette instabilité, pour qu'elles s'appliquent à refaire en elles, au siège et au centre de leur vie, un élément puissant d'ordre et de fixité.
Des parents exemplaires continuent sous ce rapport à offrir des modèles dont nous avons à faire notre profit.
On aurait peine à le croire, si l'on n'en avait sous les yeux les preuves authentiques. Malgré les révolutions et l'existence fiévreuse qui est devenue notre partage à tous ou presque tous, des familles mettent encore leur honneur à avoir leur histoire, et à tenir des u Livres de raison," ou quelque chose qui y ressemble.
Après ce préambule, M. de Ribbe prend plaisir à nous dérouler les pages palpitantes d'intérêt d'un Livre de famille dont il a connu l'auteur; puis il ajoute ces remarquables paroles, dont le Canada peut faire son profit tout aussi bien que la France :
" Au 19e siècle, comme dans les siècles les plus reculés de l'histoire, au sein de notre civilisation compliquée, de même que dans les civilisations
primitives, la science des sciences, celle de la vie, n'a pas changé ; et les faits prouvent qu'elle dépend toujours des préceptes élémentaires que la religion a seule le pouvoir de faire mettre en pratique, que le père a le devoir d'inculquer à ses enfants par ses leçons et ses exemples.
Voilà une science qu'il est temps de dégager du chaos d'idées confuses où elle s'obscurcit et se perd. Il faut la réapprendre^ si on l'a oubliée, — et l'apprendre, si on l'a ignorée jusqu'ici; il faut s'en pénétrer, la remettre en honneur, la rendre accessible et lumineuse à tous. Le jour est venu de travailler énergiquement, résolument à cette œuvre ; sans quoi nous ne résisterons pas à des ferments^ de destruction tels que le monde n'en a jamais connu de pareils. "