PREMIÈRE PARTIE
leur présence, et consignez fidèlement dans vos archives toutes les traditions que le passé vous transmettra par leur bouche toujours si disposée à raconter les choses d'autrefois ; et quand la mort viendra vous enlever ceux qui vous sont chers, vous ne serez pas pris au dépourvu.
Les images vénérées du père et de la mère rempliront cette première partie du livre de raison ; mais à côté, ou non loin d'elles, on devra ménager une place pour les frères et sœurs, pour les proches auxquels on est étroitement uni par les liens du sang, et Ton n'oubliera pas les amis de la famille qui sont des parents par le cœur; et j'ajouterai, nous n'oublierons pas non plus nos maîtres dévoués, nos condisciples et ceux de nos élèves qui mériteront par leur conduite, leur application ou leurs succès ce témoignage de notre affection.
Qui mérite mieux, en effet, de figurer dans l'album de la famille que ces hommes de patience et de dévouement qui remplacent les parents pour continuer,— quand ils ne sont pas obligés de la refaire, —l'éducation intellectuelle et morale des enfants confiés à leurs soins ?
Il en faut dire autant de ces élèves studieux et bien élevés dont le respect, l'obéissance, le caractère sympathique et les talents distingués nous allègent le fardeau de l'enseignement, et nous font éprouver pour l'avenir les douces joies de l'espérance. Et c'est avec raison, car ces jeunes gens sont notre bonheur dans le présent, et, si leurs succès ne les enivrent pas, ils seront un jour la couronne de nos cheveux blancs et celle de notre tombe.
J'ai nommé le condisciple ; ce nom, qui nous rappelle les plus heureuses années de notre vie en nous rappelant notre beau temps de collège, est pour moi la fontaine de Jouvence : il me rajeunit toujours quand je le prononce.
" Le condisciple, dit Mgr Dupanloup, c'est la société qui commence : la vie sociale, ses devoirs et ses droits ; la noble émulation, la puissance de l'exemple ; le partage des joies et des douleurs, des travaux et des succès ; la naïve amitié, l'appui, le secours mutuel, la fraternité même ; car le condisciple, c'est un frère quand l'éducation est ce qu'elle doit être, la famille." (1)
C'est par ces mœurs que la solidarité existe réellement dans les familles, et c'est par là aussi que l'esprit d'union s'établit aux divers degrés de l'échelle sociale.
Je m'arrête ici, Messieurs ; c'est à peu près le milieu de mon travail. Je fais comme ces voyageurs qui font halte à mi-chemin pour se reposer des fatigues de la route, et pour reprendre ensuite avec plus de vigueur le sentier qui doit les conduire au terme de leur voyage. Je vous remercie bien cordialement de la bienveillance avec laquelle vous m'avez suivi jusqu'ici. Il me reste encore à traiter deux parties bien importantes et très pratiques : Le présent, ou le ménage et son administration ; e\,Y avenir, ou le testament et les enseignements paternels»
J'espère, messieurs, m'en acquitter à la prochaine conférence, si Dieu me prête le temps et la santé. Bonsoir ! Au revoir.
(1) " L'Enfant."