‹ La famille et ses traditionsChapitre 43 sur 235 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

— aLe 1er juillet de la présente année 1700, je me suis marié avec demoiselle Anne Marie Brémond, fille de M. Pierre Brémond, et de dame Françoise Robert... Mon contrat de mariage avait été passé, le 27 juin, aux écritures de M. Bonnefoy, notaire..."

u Droits et biens de demoiselle Anne Marie Brémond, ma femme, la 'personne de laquelle vaut plus que tous les biens..." (suit rémunération de l'apport dotal.) Livre de raison de Charles Barcilon, notaire à Garpentras.

Ici, le nouvel époux peut, selon la coutume, placer une notice sur la famille de sa femme, dont il résume la généalogie en quelques lignes.

3° Naissances des enfants.

Les naissances et baptêmes des enfants seront marqués successivement à leur date, avec V indication de P heure, du jour, du mois, de Vannée... Êi dira en quelle église a eu lieu la cérémonie baptismale, le nom du prêtre baptisant, ceux des parrains et marraines.

De tout temps les familles chrétiennes ont tenu à donner à leurs fils ou filles les noms de saints patrons, pour lesquels elles avaient une dévotion spéciale et sous l'égide desquels elles plaçaient leur foyer. Qu'on ne néglige pas de suivre de si belles et bonnes coutumes dans le choix qu'on fera des prénoms des enfants. Ceux-ci seront écrits très exactement."

Dans un charmant petit volume ayant pour titre: u Souvenir du baptême,'" un prêtre du sémi-

naire de S* Sulpice, à Montréal, a écrit les lignes suivantes que je me plais à vous citer :

" L'église désire que les fidèles soient placés au jour de leur baptême sous le glorieux patronage, soit de Marie ou de Joseph, soit de quelque grand saint ou de quelque illustre sainte, qui par ses nobles exemples les anime à vivre pieusement, et par sa puissante intercession les protège et les fortifie. Aussi les plus beaux noms de baptême sont évidemment ceux que tous les fidèles connaissent, célèbrent et glorifient d'un commun concert ; et ce serait bien mal comprendre l'esprit du christianisme et les véritables intérêts de l'enfant que d'inventer des noms nouveaux, ou de feuilleter les livres païens et les romans modernes, pour y chercher des noms profanes. Si le parrain et la marraine voulaient s'éloigner sur ce point des règles du bon sens catholique, les parents ont le droit et le devoir de s'y opposer, et de veiller à ce que chacun des noms qui seront donnés à leur enfant, et surtout celui par lequel il sera désigné dans le commerce de la vie, soit digne d'un chrétien."

" Un père modèle du 17e siècle écrit, à propos de ses enfants, les remarquables paroles qui suivent : " C'est une bénédiction du ciel d'avoir des enfants ; mais nous n'en usons pas toujours selon le devoir de notre reconnaissance : d'où il arrive que ce qui devrait servir à notre consolation cause le plus souvent nos peines et nos déplaisirs. La trop grande sévérité, la trop grande indulgence sont également à craindre, mais bien plus cette dernière,

comme plus propre à l'homme et plus naturelle au père. C'est pourquoi on les doit éviter, et s'acquitter de ce devoir de père avec toute la circonspection que mérite l'obligation que nous en avons à Dieu."

Les mères ont des accents d'une grande éloquence quand elles tiennent la plume. Une des sœurs du chancelier d'Aguesseau, Mme de la Rochefoucauld, s'adresse à son fils en ces termes :

" Je commencerai par vous dire que le plus vif et peut être le seul désir de mon cœur, par rapport à vous, a été votre salut éternel. Dès le premier instant de votre existence, je vous offris à Dieu... Quand on vous rapporta auprès de moi, après le baptême, en revenant de l'église de Notre-Dame, notre paroisse, je dis le verset du Psalmiste : u Mon Dieu, je vous rends grâces de celle que vous venez de faire à cet enfant. Je vous l'offre de tout mon cœur ; il est à vous plus qu'à moi. S'il doit jamais souiller cette robe blanche dont vous venez de le revêtir, j'aime mieux le voir mourir pendant qu'il est sans tache." Ces sentiments, je vous l'avoue, me sont devenus si familiers que, depuis votre baptême, je n'ai pas discontinué un seul jour de renouveler cette prière."

Les morts sont l'objet d'inscriptions accompagnées d'invocations et de prières non moins belles et touchantes :

"Dieu l'a appelé en son paradis. — Il nous a délaissés pour s'envoler au ciel, où Dieu nous fasse la grâce d'entrer par sa sainte miséricorde ! — Il était juste que je payasse quelque chose au bon Dieu. Il semblait même que je lui devais la

dîme de mes enfants. Le bon Dieu est le maître, il donne les enfants, il les ôte, et il sait pourquoi" 4° Journal des Educations.

u Qu'y a-t-il dans l'humanité, dit le R. P. Félix, de plus grand que l'éducation de l'homme ? Qu'y a-til de plus précieux pour ceux qui la reçoivent ? de plus grave pour ceux qui la donnent ? Former un homme, élever pour sa fonction le roi de la création, lui faire, en le touchant de son âme, de son cœur et de sa parole, une grandeur, une beauté, une physionomie digne de lui : quelle œuvre que cette œuvre !" (1)

u Jusqu'à nos jours, tout père de famille digne de ce nom a mis au premier rang de ses devoirs de travailler à l'éducation de ses enfants, et cette éducation, il a commencé par l'établir sur la religion. La tradition du genre humain, aussi loin qu'on remonte, le proclame. Rien n'est plus saisissant que les monuments laissés sous ce rapport par les pères modèles de tous les temps.

Au 13e siècle, saint Louis, exprimant ses dernières volontés à son fils Philippe, lui adresse ces conseils: u Cher fils, je t'enseigne premièrement que tu aimes Dieu de tout ton cœur et de tout ton pouvoir ; car sans ce, nul ne peut valoir quelque chose. Tu dois te garder de tout ton pouvoir de toutes choses que tu croiras qui doivent lui déplaire."

Au 12e siècle, un peu plus d'un siècle après la conversion des races slaves au christianisme, Vladimir II, un des fondateurs de la civilisation de la

(l) u Discours sur le Travail."

DEUXIÈNE PARTIE 57

Russie, et grand prince de Kieff, donne à son peuple un code de lois qui témoigne d'un état social avancé, et à ses enfants toute une législation domestique qui n'est pas moins remarquable. Pour donner une idée du degré de culture morale que la Russie avait atteint, nous ne saurions mieux faire que de citer quelques passages du testament que Vladimir adressait à ses enfants, en 1125, à l'âge de 72 ans :

a En approchant de la tombe, je remercie Dieu pour la longue vie qu'il m'a accordée.

u 0 mes enfants ! louez Dieu, mais aimez aussi les hommes... N'oubliez pas les pauvres... Soyez les pères des orphelins.

" Ne jurez point par Dieu inutilement. N'abandonnez pas les malades et ne craignez pas les morts, nous mourrons tous. Recevez avec amour la bénédiction des prêtres.

44 N'ayez de fierté ni dans l'esprit, ni dans le cœur, et pensez : nous ne sommes pas éternels ; aujourd'hui nous sommes vivants et demain nous serons morts.

a Respectez les gens âgés comme des pères, aimez vos cadets comme des frères. Dans votre ménage, veillez vous-même à tout.

uJ'ai fait quatre-vingt-trois campagnes; quant aux petites expéditions, je ne m'en rappelle plus le nombre... Dieu me gardait. Et vous, mes enfants, ne craignez pas la mort..., mais soyez braves ; vous êtes sous la main de Dieu... Dieu garde mieux que les hommes..."

N'y a-t-il pas là un beau commentaire pratique

des commandements de Dieu, et surtout des deux plus grands dans lesquels se résume la loi ?

Ce prince du 12e siècle, appartenant à une époque et à un pays qui nous paraissent livrés à la barbarie, a la notion la plus parfaite des devoirs du père et du souverain. Il répète à ses enfants ce que son père lui a enseigné, ce que les pères modèles de tous les temps ont travaillé à inculquer à leurs fils. Son testament exprime plus qu'une tradition domestique. Nous y trouvons les traits distinctifs des races slaves, les vertus qui caractérisent encore de nos jours le peuple russe, cette foi profonde, cet esprit de famille, ce respect de la vieillesse, cet attachement au foyer, cet amour du prochain, et enfin ce courage devant la mort qui ont toujours constitué les nationalités puissantes et les sociétés prospères. (1)

Quel intérêt n'aurait pas un journal des éducations tenu dans cet esprit chrétien ! Avons-nous besoin de dire l'influence qu'il pourrait avoir pour le relèvement de l'autorité paternelle, aujourd'hui si amoindrie et abaissée ? Là il serait fait mention des premiers actes de la vie religieuse des enfants.

" Aime Dieu de tout ton cœur, disait une mère à son enfant qui venait de faire sa première confession; évite avec soin tout péché, afin de ne point perdre cette pureté que tu as eu le bonheur de recouvrer, et qui te rend si agréable à ses yeux. Désire avec ardeur le jour, le grand jour où tu pourras recevoir ton Dieu dans le sacrement de son amour..."

Puis, quand ce grand jour était venu, la mère

(1) "La Vie Domestique," tome second.

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