‹ La famille et ses traditionsChapitre 45 sur 235 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Plus la nuit est obscure, et plus mes faibles yeux S'attachent au flambeau qui pâlit dans les cieux. Et quand l'autel brisé, que la foule abandonne, S'écroulerait sur moi... temple que je chéris, Temple où j'ai tout reçu, temple où j'ai tout appris, J'embrasserais encor ta dernière colonne, Dussé-je être écrasé sous tes sacrés débris ! "

Mais il fera mieux encore que d'écrire de beaux vers. Quand il aura fait entendre sur sa lyre harmonieuse le dernier chant du cygne, il rendra son dernier soupir dans les bras de cette religion dont il a si bien chanté les " poétiques harmonies " !...

" Le livre de raison mentionne, comme un événement domestique, l'entrée des enfants à l'école, leurs succès au collège ou à l'université, les noms de ceux de leurs maîtres qui se sont montrés le plus dévoués.

" Pendant toutes ses classes, écrit un père en 1680, outre son devoir dont il s'est très-bien acquitté, mon fils aîné s'est montré bon géographe, mathématicien, ferme en l'explication des poètes. Fasse le ciel que toutes ces connaissances ne lui servent à l'avenir qu'à le rendre bon chrétien ! "

Les éducations ne sont pas dirigées seulement en vue de l'utilité personnelle que les enfants doivent en retirer pour le succès de leur carrière. Elles ont un autre objet également important : elles apprennent et inculquent à la jeunesse le dévouement au pays. Le patriotisme vrai, non moins qu'une religion solide, sont enseignés clans les familles comme créant des devoirs auxquels il n'est pas permis de se soustraire en conscience.

" Rien de plus commun que les vertus faciles, a dit M. de Bonald. On est bon fils, bon époux, bon père, bon ami, juge intègre, négociant exact, et l'on est mauvais citoyen. On a souvent les vertus de la famille, et pas une de celles dont l'Etat a besoin. "

" — Si tu te préoccupes avant tout de rendre gloire à Dieu, de me combler de satisfaction et d'être utile à la patrie, écrivait un père à son fils, voilà plus qu'il ne t'en faut pour t'encourager au travail. "

Ces mœurs, les femmes les avaient aussi, et elles parlaient de môme.

aJ'ai souvent entendu dire, raconte M. de Tocqueville, dans une lettre à Mme. Swetchine, que ma grand'mère, qui était une sainte femme, après avoir recommandé à son jeune fils l'exercice de tous les./levoirs de la vie privée, ne manquait point d'ajouter : " Et puis, mon enfant, n'oubliez jamais qu'un homme se doit avant tout à sa patrie, qu'il n'y a pas de sacrifices qu'il ne doive lui faire, et que Dieu exige de lui qu'il soit toujours prêt à consacrer au besoin son temps, sa fortune, et même sa vie, au service de l'Etat." Nobles sentiments qui rappellent les paroles sublimes que l'héroïque épouse de Pimodan adressait à son jeune fils, après l'épreuve de Gastelfidardo : — " Et toi aussi tu seras zouave ! "

Tel pourrait être le journal des éducations. Ces indications suffisent à montrer le véritable charme qui s'y rattache, et elles expriment assez quelle serait son utilité pratique.

Dans bien des familles, ce journal sera en quelque sorte le pendant des souvenirs contenus dans la

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