‹ La famille et ses traditionsChapitre 48 sur 235 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

principaux événements domestiques, enregistrer les dates de leurs morts et leur donner un souvenir.

" Une inaltérable affection, disait un marchand du 17e siècle, m'a attaché à mon frère depuis notre naissance jusqu'à sa mort. Cette mort a été l'un ■des plus grands malheurs qui pussent m'arriver. Il était aimé de tous ceux.qui le connaissaient, bon, libéral envers tout le monde et très-charitable envers les pauvres. Tel était cet excellent frère ; il me sera cher jusqu'à mon dernier soupir, et il doit l'être également à mes enfants. "

u Je ne manquerai jamais de prier Dieu pour le repos de cette chère cousine, disait un autre. J'espère que mes héritiers en feront de même, et c'est ce que je leur recommande ; car c'est le moins que nous devions à cette chère parente. "

Un licencié à l'Université de Valence disait de son oncle : u Je suis obligé à une grande reconnaissance pour cet oncle bienfaisant, et à prier pour le repos de son âme. Je puis dire avec vérité que je me suis constamment et journellement acquitté de ce devoir. "

Quelquefois des morts subites donnent lieu à d'autres réflexions qui sont écrites à l'adresse des enfants, comme de grandes leçons pour leur rappeler leurs fins dernières. Un père dit au sujet d'un de ses proches :

" Il a été atteint d'apoplexie, le 30 novembre, à l'heure du midi. Il vécut encore 36 heures, sans donner la moindre marque de connaissance ; il reçut toutefois l'absolution générale. Cet exemple doit apprendre à nos enfants et descendants à ne

pas attendre l'heure de la mort pour revenir à Dieu."

Ces dernières paroles, messieurs, font passer involontairement devant mon souvenir un événement que les années sont impuissantes à me faire oublier ; la reconnaissance me fait un devoir de ne pas le passer sous silence.

Dans " L'Ordre" du 11 avril 1864, je lis à la colonne des décès :

u Samedi dernier (9 avril) à 5f heures du matin? M. Paschal Brunet, curé de Ste. Rose, en l'Ile Jésus, est mort subitement d'une congestion au cerveau. M. Brunet était né à Ste. Geneviève, le 10 janvier 1808, et fut ordonné prêtre par Mgr. J. J. Lartigue, le 26 août 1832.

" Le 12 mai 1836, dit son biographe, il fut promu à la cure de Ste. Rose, où il vient de décéder subitement à l'âge de 56 ans et 3 mois. Il avait toujours demandé deux grâces au ciel : celle de mourir un samedi, et celle de passer de cette vie à l'autre sans s'en apercevoir, pourvu qu'il y fut préparé. Or, il est mort samedi, le 9 avril courant. Il n'a pas été pris au dépourvu, car il pressentait sa mort depuis trop longtemps pour ne pas toujours se tenir prêt à faire le passage du temps à l'éternité. Depuis longtemps il faisait la sainte communion comme si c'eut été la dernière de sa vie."

Ce bon prêtre était mon oncle paternel ; il remplaça auprès de moi mon père et ma mère dès mes plus tendres années ; je lui dois mon éducation. " Oncle bien-aimé ! vous m'avez donné dans votre vie bien des leçons dont je n'ai pas su profiter ;

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