DEUXIÈME PARTIE
et, selon l'énergique expression de l'Ecclésiastique, il s'introduit dans le sang de la famille.
" Telle a été Nanette vis-à-vis de mon père et de ma mère ; telle a été Nanette au berceau des dixneuf enfants, ou petits-enfants qu'elle a tous élevés, qu'elle a tous aimés. Elle a endormi toutes nos douleurs, essuyé toutes nos larmes, soulagé toutes nos souffrances.
" Nanette ne savait ni lire ni écrire. Mais Dieu avait doué cette âme d'élite d'un jugement et d'un bon sens qui la faisaient respecter, chérir de ses égaux, et pénétrer dans les conseils de ses maîters. Elle disait toujours qu'elle était une pauvre fille ignorante ; et cependant, quel sens droit ! quel tact exquis ! quelle grande intelligence ! quelle discrétion !
" Avec quelle prudence, et en même temps quelle fermeté, Nanette s'appliquait à diriger ses chers petits enfants ! Elle savait saisir les nuances si variables de leurs jeunes caractères et les plier avec une douceur et une dextérité pleine des tendresse.
" Ceux d'entre nous qui ont survécu sentirent toujours dans leur âme l'empreinte de cette main délicate. — Ceux, hélas ! qui se sont endormis dans ses bras pour toujours sont allés tresser dans le ciel la couronne qu'elle vient de cueillir...
" Tant de soins épuisèrent les forces de Nanette. Elle dut renoncer à un service actif ; mais elle demeura dans la famille comme un de ses membres les plus chers et les plus vénérés. Hélas ! mon père et ma mère nous furent ravis, et Nanette resta
vraiment mère au milieu de nous, ses enfants par le cœur et la reconnaissance.
u Un jour, ses ciiers enfants voulurent célébrer la cinquantaine de ses services, et de tous les points ils accoururent se grouper autour d'elle, au pied des autels... Chacun voulut lui offrir son présent. Les plus petits enfants élevèrent dans les airs dixneuf petits ballons, qui simulaient les âmes des enfants qu'elle avait élevés. Le soir, elle s'assit à la table de famille, au milieu de la joie de tous, et la fête se termina par un feu d'artifice qui rappelait, par ses figures, le dévouement du fidèle serviteur."
Je ne saurais clore ce paragraphe consacré aux bons et fidèles serviteurs sans dire un mot du père Jean Michaud, qui passa plus de cinquante ans au service du Collège de Montréal.
J'emprunte les lignes suivantes à F " Echo du Cabinet de Lecture Paroissial1', du 4 avril 1868.
" Les dernières années du père Jean furent dignes de sa vie entière.
" Il conserva jusqu'aux derniers jours l'attachement qu'il avait voué au collège de Montréal, le même respect à l'égard des directeurs, la même sagesse de conduite vis-à-vis des élèves et des serviteurs, la même gaieté et égalité de caractère. Ses facultés ne subirent aucun affaiblissement et sa mémoire ne parut subir aucune altération ; il se rappelait les personnes qu'il avait autrefois connue^, comme si elles n'étaient disparues que de la veille.
" A la suite d'une grave maladie qui le conduisit aux portes du tombeau, on le déchargea de sesem-