‹ La famille et ses traditionsChapitre 53 sur 235 · IL LES BIENS · texte numérisé non relu

IL LES BIENS

1° Etat des biens.

Il ne saurait être question de faire du Mémorial domestique un livre d'affaires proprement dit. Ce n'est pas pour cela qu'il doit être tenu ; et, du reste, voudrait-on l'employer à cet usage, qu'on serait de suite arrêté par une impossibilité matérielle, le défaut d'espace.

La méthode qui a de tout temps existé à cet égard, s'impose encore aujourd'hui d'elle-même. Elle consiste à avoir des registres répondant aux divers genres d'intérêt : 1° un u Livre terrier " pour la conservation des titres de propriété : actes

d'achat, de vente ou d'échange, baux, etc ; —

2° a Livre de comptabilité agricole," pour les règlements avec les fermiers; — 3° et enfin, pour les affaires courantes, "Le journal des recettes et des dépenses." Mais, lors même que les familles auraient tous ces éléments d'une bonne administration, il ne leur sera pas moins utile de dresser un état de leurs biens immobiliers et mobiliers, avec quelques explications très-sommaires.

On ne manquera pas de noter l'Epargne dans le Livre de raison ; car l'épargne est le fondement de la vie économique des ménages comme l'éducation donnée par la famille est celui de leur vie morale. Elle commence dès le mariage. Le père et la mère se consacrent tout entiers, et de suite, à se ménager le trésor à l'aide duquel les enfants seront élevés, dotés, établis. A cet effet, s'ils ne sont pas favo-

risés des dons de la fortune, ils s'imposent souvent de véritables privations.

" Toute épargne en matière de ménage, dit Nicolas Pasquier à ses fils, est d'un revenu incroyable et bien au-dessus des autres revenus.

Un autre écrit :

" Que la modestie soit la règle de votre maison. Je vous recommande cela et vous répète de paraître au-dessous de ce que vous êtes.

u Ne vous abandonnez jamais à la mollesse ni au plaisir. Souvenez-vous que la fortune est inconstante, qu'elle nous caresse souvent pour nous perdre. "

Un avocat général au Parlement de Provence écrit ce qui suit :

" Etat des biens que je possède de la bonté de Dieu, et de ceux que je pourrai acquérir durant ma vie..."

Les biens que l'on désigne ainsi, comme les tenant plus particulièrement de la bonté de Dieu sont ceux dont on hérite gratuitement de ses parents. Pourquoi est-on né riche lorsque tant d'autres n'ont eu en partage que la pauvreté ? Gomment un tel privilège, conféré par l'hérédité, se justifierait-il, s'il n'était accompagné de grands devoirs ?

Le premier devoir est de ne pas en mésuser ; la Providence ne nous les donne pas pour que nous les fassions servir exclusivement à nos plaisirs et à la satisfaction de notre égoïsme. Les fruits du travail, des vertus et de l'épargne des aïeux ne peuvent et ne doivent pas être dissipés.

" Celui qui dissipe son patrimoine, disait en

1812 l'auteur d'un Livre de raison, commet un vol horrible ; il trahit la confiance de ses pères, il déshérite ses enfants ; il eût mieux valu pour lui et pour toute sa race qu'il ne fût jamais né. "

Tel est encore un des enseignements que nous donnent les Livres de raison : on est tenu d'améliorer ses biens.

Les peuples religieux ne sont pas, comme on a osé le dire, des peuples fainéants. Les familles vraiment chrétiennes, parce qu'elles mettent avant tout le salut éternel, ne négligent point pour cela les choses temporelles. Loin de là ; les textes, les chiffres et les faits à la fois les plus précis et les plus concordants, nous montrent chez elles la grande loi du travail pratiquée avec une extrême énergie, l'ordre et l'épargne constituant les fortunes, la sagesse et la prudence assurant leur conservation, en un mot, un progrès d'autant plus soutenu que les pères s'appliquent à justifier par leurs exemples, aux yeux de leurs enfants la vérité de cette parole de Jésus Christ : u Cherchez le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît. "

Ne soyons donc pas surpris de voir les Livres de raison les mieux tenus dans les familles les plus fidèles à Dieu et à sa loi.

Nous ne disons pas que toutes les familles, parce qu'elles sont vertueuses, doivent avoir et ont également en partage l'abondance des biens terrestres ; et il est manifeste que trop souvent les maladies, les morts, des accidents imprévus, les vicissitudes des temps, ont mis et mettent les meilleures à de

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