DEUXIÈME PARTIE
de Nazareth ; et des races également nouvelles, pénétrées de l'esprit de l'Evangile, constituent des foyers qui méritent d'être justement appelés saints et immortels.
Toute l'économie et toutes les traditions domestiques ont eu, en effet, dans le respect du foyer, leur solide fondement. Les coutumes observées à l'occasion des mariages, des naissances, des morts, des baptêmes, des fêtes de l'Eglise, se perpétuaient sous son abri. Les parents y élevaient les enfants dans l'amour et la crainte de Dieu, et leur enseignaient à suivre la trace de leurs devanciers. Us y récitaient avec eux, et entourés de leurs serviteurs, la prière du soir, et, avant de mourir, ils y bénissaient leur famille.
Le foyer était la pierre angulaire de la société, non seulement dans la famille, mais dans l'atelier, dans la paroisse ; il était un centre d'action pour les œuvres de foi, il soutenait par son principe de fixité et ses trésors de dévouement les confréries, les corporations et les innombrables associations vouées au service de Dieu et des pauvres.
Enfin, dans lui se trouvait le point d'appui de l'idée
de patrie. N'en offrait-il pas en petit l'image ? et
n'en représentait-il pas, non seulement les éléments
matériels d'existence,- mais les forces morales, le
cœur et l'âme elle-même ? D^ son sein, aux jours de
danger, sortaient des hommes sachant affronter la
mort, parcequ'ils avaient appris de bonne heure à
bien vivre, c'est-à-dire à mettre au-dessus de tout
Dieu et le devoir.
La maison paternelle, où se formaient des géné-
rations d'honnêtes gens, avec sa stabilité, son esprit d'union, a été toute une grande institution chrétienne et sociale. Les Livres de raison et les testaments nous montrent des familles de gentilshommes, de bourgeois, d'artisans, d'ouvriers même, gardant religieusement leur demeure patrimoniale pendant plusieurs siècles.
Et cette maison paternelle, — sanctuaire béni qui renferme tant de choses saintes et tant de chers et pieux souvenirs, — la main sacrilège du divorce voudrait la renverser, en la minant par sa base qui est la famille. Ce fléau n'ose pas encore s'abattre sur nos foyers canadiens ; mais il est à nos portes. Il attend avec impatience l'heure d'entrer.
Le meilleur moyen pour l'empêcher de faire irruption dans notre heureux pays, c'est de le connaître.
Voici comment le représente Ozanam :
" Nous repoussons le divorce comme profanant le mariage. Nous le repoussons comme exerçant sur la famille un pouvoir qui n'appartient qu'à la mort, comme violant les droits des enfants dont il fait des orphelins, et des orphelins qui n'ont pas même la pitié, qui n'ont que la défaveur des hommes. Nous le repoussons comme l'abolition du sacrifice dans la société, comme un exemple fait pour apprendre aux passions qu'il n'y a pas d'engagements si sacrés qu'elles n'aient le droit de dissoudre." Paul Féval voit en lui l'ennemi du droit naturel : " Mais le droit naturel ne mourra jamais, dit le célèbre écrivain ; cela seul fait la famille immortelle