‹ La famille et ses traditionsChapitre 57 sur 235 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

3° La terre de famille.

Un certain nombre de pages seront également réservées à la terre patrimoniale. On y retracera brièvement son " histoire, on dira depuis combien de temps elle est dans la famille, les accroissements ou améliorations dont elle a été l'objet, la moyenne de son rendement dans ^une période déterminée; on marquera à son sujet, et en substance, tout ce qu'il y a d'important et tout ce qui doit la rendre chère aux enfants. "

Les observations que nous venons de présenter au sujet de l'habitation où est fixé le ménage s'ap pliquent avec un degré de plus d'intérêt au sol qui le nourrit. La famille n'est pas chose abstraite : pour être en état de vivre et de prospérer, elle a besoin de stabilité. C'est dans la terre, disait-on autrefois, que sont pour elle les trésors durables, ceux qui sont à l'abri des vicissitudes ou des risques qui frappent trop souvent les capitaux mobiliers.

Le bon LaFontaine, qui a dit, et si bien dit, tant de vérités dans ses Fables inimitables, a exprimé la même idée dans les vers suivants, que tout le monde sait par cœur :

" Travaillez, prenez de la peine, C'est le fonds qui manque le moins...

Gardez-vous de vendre l'héritage Que nous ont laissé nos parents :

Un trésor est caché dedans. "

Après la mort de leur père, "les enfants du laboureur" se mettent à l'œuvre: ils retournent le champ

" De ça, de là, partout: si bien qu'au bout de l'an

Il en rapporta davantage.

D'argent, point de caché. Mais le père fut sage

De leur montrer avant sa mort

Que le travail est un trésor. ;'

Un père s'accuse dans son Livre domestique d'avoir trop oublié cette vérité ; mais il fonde les plus grandes espérances sur son fils dont l'éducation vient de se terminer, et qui se distingue déjà par une raison précoce.

" Dieu me comble de joie et de consolations, dit-il. Je vois clairement que la Providence protège ma famille d'une manière particulière ; mais je regrette d'avoir peu profité des secours qu'elle m'a envoyés dans le temps par feu mon oncle, et de n'avoir pas suivi son conseil de fonder ma fortune en biensfonds. Mon fils fera un meilleur usage de ses faveurs, et je conviens qu'il les mérite mieux que moi. J'admire ses talents et sa belle conduite, et je bénis Dieu de m'avoir donné un tel fils. "

La terre seule assure à la famille l'indépendance et donne à ceux qui la cultivent une santé robuste et une longue vie. Qui est plus libre, en effet, et plus indépendant que le cultivateur dont le travail et l'économie agissent de concert pour augmenter les revenus et diminuer les dépenses ? Cet homme n'est-il pas le plus heureux des mortels ? " Roi de ses passions, il a ce qu'il désire Son fertile domaine est son petit empire : Sa cabane est son Louvre et son Fontainebleau; Ses champs et ses jardins sont autant de provinces, Et sans porter envie à la pompe des princes, Il est content chez lui de les voir en tableau, " (Racax.)

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