‹ La famille et ses traditionsChapitre 59 sur 235 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

mière, face à face avec les merveilles de la nature et les beautés de Dieu ! "

Je comprends maintenant toute la vérité de ces vers de Boileau sur le bonheur de la vie champêtre :

" 0 fortuné séjour î ô champs aimés des cieux, Que pour jamais foulant vos prés délicieux, Ne puis-je ici fixer ma course vagabonde, Et connu de vous seul ignorer tout le monde ! "

3° U Emigration.

Sujet chatouilleux et délicat ; sur lequel cependant, tout en m'efforçant de n'irriter aucune susceptibilité, je dirai franchement ma pensée.

Il y a deux sortes d'émigrations. L'une est pro. videntielle, c'est le missionnaire de Dieu ; l'autre est toute humaine ; l'indépendance est sa fin dernière, et le caprice, son guide. La première est une gloire et une bénédiction ; la seconde est une lâcheté et une honte.

Abraham est le type de la première.

J'ouvre l'histoire sainte, et je lis :

" Après la dispersion des peuples, lorsque Ter. reur eut commencé à corrompre les traditions primitives, Dieu jeta les yeux sur Abraham pour en faire le père d'un peuple qui lui resterait toujours fidèle. Il résolut donc de le tirer de la Chaldée où commençait à régner l'idolâtrie. Il le fit sortir de la terre d'Ur où habitait Tharé, son père, et quand il fut arrivé à Haran, il lui apparut et lui dit : " Sortez de votre pays, quittez votre famille et la maison de votre père, et venez dans la terre que je

vous montrerai. Je vous rendrai le père d'une grande nation, je vous bénirai et je bénirai en vou& tous les peuples de la terre."

Fidèle à la voix d'en haut, Abraham dit adieu au beau ciel de sa patrie, à son vieux père, qu'il ne devra plus revoir, à ses amis, aux champs où s'écoula son enfance, et part — emmenant avec lui Sara sa femme, Loth son neveu, ainsi que tous ses serviteurs et ses troupeaux.

Où va-t-il ?

Au pays de Chanaan, au pays de l'idolâtrie, qui s'appellera désormais la Terre Promise, en attendant qu'elle s'appelle un jour, quand le Sauveur du monde l'aura purifiée de son sang divin, la Terre Sainte.

Voilà le modèle des émigrants. Les fondateurs de notre bien-aimée patrie ont marché sur ses traces, et nos pères, à quelque degré de l'échelle sociale que la Providence les ait fait naître, ont été les fidèles imitateurs de sa foi et de sa vaillance.

Je sais que la main de Dieu n'est pas raccourcie, et que sa voix toute puissante peut faire surgir du Canada des enfants d'Abraham ; mais, quelque bonne opinion que j'aie de mes compatriotes de la grande République, je ne suis pas prêt à croire que le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob ait parlé aux cinq cent mille et plus qui ont déserté, depuis trente ans, le pays de nos pères. La faveur divine a dû se restreindre à un nombre incomparablement moins considérable. C'est à ce petit nombre, qui doit être l'exception que le ciel a dû parler ; c'est lui qui est le véritable héritier de la promeése faite au saint

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