‹ La famille et ses traditionsChapitre 60 sur 235 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

patriarche dont je viens d'écrire le nom : " Vos estis filii promissionis ; vous êtes les enfants de la promesse."

Vous le reconnaîtrez aux signes suivants : Il sera fidèle à sa religion, à sa langue et à sa nationalité. Il ne changera pas la religion catholique et romaine, la seule véritable, qui lui a été enseignée sur les genoux de sa mère, pour la religion plus commode et plus fashionable de Terreur. 11 ne désapprendra pas la belle langue française qu'on lui a apprise dans son enfance, et il ne rougira pas du nom canadien, que ses ancêtres ont fait si glorieux jusqu'au point de le remplacer par un nom étranger, qui ne manque jamais de jurer en pareille compagnie.

Si jamais, pendant les beaux jours des vacances, vous allez faire une promenade aux Etats-Unis, je vous souhaite, messieurs, de rencontrer ces grands cœurs et ces nobles intelligences restés fidèles à la religion et à la patrie, sur la terre étrangère, et vous éprouverez une charmante illusion : celle de vous croire encore sur les bords du Saint-Laurent. Worcester, Glen'sfall, Biddeford, etc., sont des centres canadiens qui n'ont d'étranger que le nom ; mais le nom ne fait rien à la chose. Allez les voir, et vous serez chez vous. Vous serez chez vous, car vous verrez des Canadiens qui vous parleront avec amour et respect de la religion et de ses ministres, et qui ne rougiront pas de faire devant vous le signe de la croix avant de s'assoir à la table où la bonté de Dieu leur sert le pain de chaque jour. Vous serez chez vous, parce que ces frères, ces

amis, ces vrais Canadiens vous parleront la belle langue de nos pères,si pleine de clarté, de grâce, d'esprit gaulois et de franche amitié.

Ces nobles enfants du Canada, si remplis de foi et de véritable indépendance, ont une belle et grande mission à remplir. Cette conviction repose depuis longtemps dans mon cœur, et je suis heureux de la partager avec deux écrivains distingués, — qui sont deux grands orateurs et deux poètes charmants,— que je'm'accorderai le plaisir de vous citer.

Dans ses " Causeries du Dimanche," l'honorable juge Routhier a écrit, à propos de l'émigration dont je parle, la belle page qui suit :

" Voici ce que mon rêve me laisse entrevoir dans un avenir plus ou moins éloigné. Je vois des Canadiens-français se groupant et s'agglomérant sur tous les points des Etats-Unis, y construisant des villages et fondant des villes. Je vois nos autorités ecclésiastiques députant des prêtres, des pères à ces pauvres enfants prodigues, et les ramenant dans les bras de leur père qui est dans les cieux. Et comme la vérité a quelque chose du rayonnement du soleil, je vois la lumière évangélique jaillissant de ces différents foyers et illuminant l'horizon.

Déjà l'œuvre est commencée, et elle se continue. Nos missionnaires répandent ça et là la divine semence, et les églises catholiques, élevant leurs têtes majestueuses, se regardent par-dessus les montagnes.

Déjà les servantes de Dieu en Canada ont jeté dans ces contrées lointaines la fondation de cou-

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