DEUXIÈME PARTIE
vents magnifiques d'où sortira une autre pépinière d'apôtres ; et la Foi catholique, servie par ce double ministère de la religieuse et du prêtre, étendra invinciblement ses conquêtes...
Est-ce à dire que nous ne devons pas combattre cette tendance de nos compatriotes à chercher fortune en pays étranger ?-—Non, telle n'est pas ma pensée ; la sagesse et la prudence humaines exigent que nous nous efforcions d'arrêter ce courant. Mais si nos efforts sont vains, et si le torrent déborde, je dis qu'il faut y voir un dessein providentiel ; et au lieu de s'affliger outre mesure et de croire à la ruine inévitable de notre nationalité, il faut regarder plus haut et plus loin, et se convaincre que Dieu, qui prend soin de la forêt et du brin d'herbe, des grands empires et des petits peuples, saura faire servir à notre grandeur et à notre gloire ce qui, suivant les calculs humains, devrait causer notre perte et notre honte."
Ecoutons maintenant l'honorable P. J. 0. Ghauveau, dans son magnifique discours à la Convention nationale, du 26 juin dernier :
" Pour ce qui est de nos frères des Etats-Unis, leur rapatriement aujourd'hui ne peut être que partiel. Il est même des Etats où ils se sont implantés d'une manière si stable, si permanente, où ils sont devenus un élément si important au point de vue du mouvement religieux qui se fait en ce pays comme en Angleterre, qu'il est impossible de n'y pas y voir un fait providentiel. Diriger les forces éparses sur un immense territoire vers les points où elles ont le plus de chances d'être utili-
sées, aider à leur groupement le plus avantageux, telle doit être l'ambition de ceux de nos compatriotes des Etats-Unis qui se sont mis à la tête du mouvement canadien dans cette vaste république. L'existence d'un semblable mouvement qui ne s'est produit que depuis quelques années, est déjà par lui-même, un sujet d'étonnement ; il est évidemment destiné à une grande influence sur l'avenir de ce continent.
Nos concitoyens de l'étranger ne doivent pas cependant trouver mauvais que nous soupirions ardemment après le retour du plus grand nombre possible d'entre eux, que nous fassions tous nos efforts pour retenir ici tous ceux qui sont tentés de nous quitter, et pour diriger le surplus de notre population de préférence vers les terres incultes de notre grande confédération."
Quant aux autres émigrants qui, trompés par leurs illusions s'acheminent chaque année, vers les Etats-Unis, en troupeaux pressés, pour remplacer sur la terre de Y indépendance, les esclaves que Lincoln a rendus à la liberté, bien plus que pour atteindre un bonheur qui les fuit toujours comme un mirage trompeur, qu'ils veuillent bien lire la page suivante, — si frappante par le contraste qu'elle renferme, — écrite par l'illustre évêque Laflèche tout exprès pour ranimer leur courage et stimuler en eux la fibre patriotique, si toutefois elle n'est pas tout-à-fait morte :
" Une famille, dit Mgr. Laflèche, ne peut se développer qu'à la condition d'avoir à sa disposition un espace convenable et un territoire à elle en propre-