DEUXIÈME PARTIE
vêler ici le malheur des Danaïdes ? Quand le tiers de la population irlandaise, pour fuir la misère, se répandait par tout l'univers, les nations étaient frappées de stupeur. Proportionnellement, notre exode a été plus considérable. Avons-nous tous rempli notre devoir pour amoindrir un si grand mal ? Je ne le pense pas. Ne laissons donc pas à nos gouvernants le soin de tout faire, tâche qu'il leur est impossible d'accomplir ; mais que chaque particulier travaille efficacement, dans la mesure de ses moyens et dans sa sphère d'action, autant qu'il le pourra, à nous guérir de ce fléau qui décime notre province. La plus grosse part retombera encore sur le gouvernement, et rien de plus facile que de le forcer à s'en acquitter noblement.
a Nous avons des familles nombreuses, il est vrai ; mais en retour, nous avons un territoire immense à peupler, des ressources extraordinaires à développer, et la divine Providence, en favorisant la fécondité de nos familles, nous a dotés en même temps pour les établir de vastes domaines remarquables par leur fertilité. N'est-il pas à croire que Dieu, en nous faisant naître sur le sol chéri du Canada, dans l'empire britannique, nous a marqué pour toujours notre place dans notre beau pays et non ailleurs ? " (1)
(1) C'est aussi l'opinion de Mgr Lafteche, opinion que Sa Grandeur a admirablement bien développée dans son beau livre : " Quelques considérations sur les rapports de la Société civile avec la religion et la famille."
u La Société de Colonisation du Nord.
u L'évêque de Montréal sera le président ex-officio de cette association. Il sera l'âme dirigeante de cette société, et rien ne sera fait sans son approbation, et tous nous nous rangerons autour de lui comme un seul homme, pour pousser notre pays dans la voie du progrès et de la prospérité. Chacun aura sa part dans ce grand mouvement colonisateur, et l'honneur rejaillira également sur tous les membres de la société.
u Etant enfants du même Dieu, sujets du même empire, ayant les mêmes obligations à remplir par intérêt et par conscience envers la souveraineté temporelle, nous recevrons avec plaisir les colons protestants qui viendront se fixer dans nos nouveaux cantons : nous partagerons avec eux notre joie, notre bonheur et notre prospérité, qui seront oimentés par la charité et l'amour de la patrie. Nous, nous rappellerons ces mots de Bossuet qui regardent tous les citoyens d'un même royaume. u La société humaine dit-il, demande que l'on aime la terre où l'on habite ensemble : on la regarde comme une mère et une nourrice commune, on s'y attache et cela unit. C'est ce que les latins appellent caritas patrisoli, l'amour du sol natal, et ils le regardent comme un lien entre les hommes. Les hommes, en effet, se sentent liés par quelque chose de fort lorsqu'ils songent que la même terre qui les a portés et nourris étant vivants, les recevra dans son sein quand ils seront morts."
" Il semble que la colonisation de la vallée de
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l'Ottawa appartient d'une manière spéciale au diocèse de Montréal, celle du S1 Maurice aux Trois- Rivières, celle du lac S* Jean à l'archidiocèse, celle des Cantons de l'Est et de la Beauce à Sfc Hyacinthe et à Lévis, celle de la Gaspésie à Rimouski.
" Annales.
" Si nos ressources le permettent, nous publierons une fois dans l'année, les annales de la colonisation du diocèse de Montréal. Ce sera un bulletin du progrès religieux et matériel de cette colonisation. Les directeurs ex-oflicio qui donneront annuellement une piastre, recevront gratis ces annales." (1)
Je viens de nommer les Jésuites, qui ont conquis le pays à la foi ; je ne dois pas omettre les Oblats, qui le reconquièrent.
Rivalisant de zèle et de popularité avec les fils de Loyola, les enfants du Vénérable Mazenod se livrent avec succès à l'enseignement dans leurs collèges, et à la conquête des âmes dans les villes et jusque chez les peuplades sauvages les plus barbares. Depuis trente ans, les déserts de l'Ouest voient ces intrépides missionnaires courir après les brebis égarées, sans jamais ralentir leur course. Ils ont évangélisé les indiens de la Rivière-Rouge, fait surgir des prairies et des forêts la province de Manitoba, et porté le flambeau de la vérité jusqu'à a rivière MacKenzie !
(1) Pamphlet sur la Colonisation, par le Rév. A. Labelle, curé de St. Jérôme.
Entre tous ces intrépides apôtres de la bonne nouvelle, le nom de l'illustre archevêque de Saint- Boniface, Monseigneur Taché, brille au premier rang. Quelle glorieuse carrière ce saint missionnaire a déjà parcourue, et quelle belle et merveilleuse histoire sera celle de ce François- Xavier et de cet Athanase de l'Eglise du Canada !
A la suite de ces héros de la foi et du dévouement, je salue avec orgueil un autre compatriote, le Rev P. Laçasse. C'est le grand colonisateur de la vallée du Saguenay et le digne émule du Rev M. Labelle. Il vient d'écrire un livre : " Une Mine pour les Cultivateurs qui a déjà fait le tour du Canada, et que tout le monde sait par cœur. Ceux qui aiment les douces causeries du soir trouveront ce petit livre charmant et très instructif en même temps. Dans l'àme de cet apôtre la religion et la patrie se comprennent, s'embrassent et font des miracles. C'est un vrai type canadien dont j'aime le sans-gêne, et dont j'admire le bon sens.
Je ne puis résister ici Messieurs, au plaisir de vous citer les lignes suivantes, écrites par un avocat de la colonisation :
" A M. Rameau, dit le rédacteur du " Nord," M. J. A. Hervieux, revient l'honneur d'avoir lui étranger à notre pays, compris et dit que l'avenir de notre nationalité dépendait de notre zèle à nous emparer du sol. Dans son livre " La France aux Colonies," M. Rameau a esquissé à grand traits, avec une vérité frappante, les aptitudes des canadiens français et leur avenir probable comme nation. Dans son passage rapide au milieu de nous,