‹ La famille et ses traditionsChapitre 66 sur 235 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

il y a vingt ans, il nous a appréciés, et il a reconnu nos besoins et nos tendances avec une sûreté de coup d'œil étonnante. L'étude de notre histoire lui fit connaître notre force d'expansion et nos qualités peu communes comme peuple colonisateur.

" Le public qui, alors, pensait fort peu à la colonisation, commence à comprendre l'importance de cette question et à s'en occuper sérieusement. Cet heureux changement est dû, en grande partie, aux efforts persévérants du Rev M. Labelle. C'est sous son impulsion que les sociétés de colonisation se sont formées, et que s'est établi le courant qui en. traîne depuis quelques années dans la vallée de l'Ottawa un nombre toujours croissant de familles canadiennes. C'est encore grâce à lui que le projet de l'établissement d'une ferme-modèle et d'une école d'agriculture sous l'habile direction des RR. Pères Jésuites est en bonne voie d'exécution. Comme M. Rameau, M. Labelle a compris que nous ne pouvons subsister comme race distincte, au milieu de nos compatriotes d'origine différente, qu'en nous emparant du sol. Nous devons à ces deux hommes supérieurs l'heureux mouvement dans ce sens qui se produit de plus en plus parmi nous."

Le nom de M. Rameau éveille involontairement le souvenir des braves Acadiens dont il a dit de si belles choses, d'autant plus belles qu'elles sont mieux méritées. Je n'écris pas ce nom, synonyme de foi, d'honneur et de fidélité, sans éprouver une douce émotion, car mes ancêtres maternels, les Thibeaudeau, étaient acadiens comme les Richard,

les Hébert et les Landry. J'étais bien jeune quand j'entendis, pour la première fois, de la bouche de ma mère, le récit de leur lamentable histoire ; jamais je n'oublierai l'impression d'étonnement que cette histoire fit sur ma jeune imagination, non plus que la profonde sympathie qu'elle fit naître dans mon âme sensible. J'ai lu bien des fois depuis cette douloureuse page de notre histoire, et toujours j'ai senti ma poitrine oppressée ; et maintenant encore, quand je la relis, surtout dans le beau livre de M. N. Bourassa, Jacques et Marie, mon cœur est noyé dans les larmes.

Nobles Acadiens, mes amis et mes frères, que nous venons de rencontrer avec tant de bonheur à la grande fête de la patrie, depuis l'héroïque Drucourt et sa digne compagne, vous n'avez pas dégénéré ! Vous portez toujours dans vos coeurs magnanimes la religion de vos pères et sur vos fronts le cachet indélébile de votre fière origine ; et pas plus que les Canadiens, vous n'avez laissé votre foi, votre langue et votre nationalité faire naufrage dans les flots de l'erreur et de l'oppression qui vous ont entourés de toutes parts plus étroitement encore que l'Océan qui bat vos rivages ! Oh ! quelles luttes, quelles victoires et quels souvenirs vous avez à enregistrer dans vos livres de famille ! Hâtez-vous de les écrire et de les transmettre à vos descen dants ; vous ne pourrez leur léguer un plus glorieux héritage ; et je serais trop heureux, si un seul de mes volumes sur la famille était reçu à l'un de vos foyers, comme on a coutume de recevoir un frère et un ami.

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