‹ La famille et ses traditionsChapitre 75 sur 235 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

sent autour de leurs chefs qui ne veulent pas quitter la terre sans les bénir. Chez le peuple, comme dans les hauteurs sociales, se manifestent des sentiments nobles et délicats. Sur eux repose le culte des souvenirs, et par eux la tradition qu'ont transmise les ancêtres devient presque une religion. Dans ces foyers chrétiens, les dernières volontés sont toujours choses sacrées, et l'on met sa conscience à les exécuter.

" Mon père, écrit le chancelier d'Aguesseau reçut Jésus-Christ avec autant de ferveur que s'il l'eut vu, sans ombre et sans nuages, dans le séjour de sa gloire. Nous nous approchâmes tous de son lit, enfants et petits-enfants, fondant en larmes, pour lui demander sa bénédiction. Ce fut alors que, vraiment semblable au patriarche Jacob, et rempli de l'esprit de Dieu qu'il portait dans son sein, il rappela ses forces abattues pour nous souhaiter, non-seulement les bénédictions de la terre, mais celles du ciel, dans les termes suivants :

u Je prie Dieu, mes chers enfants, de vous conserver, de vous donner à chacun ce qui vous convient, suivant la condition ou vous êtes, de vous faire à tous la grâce de vous attacher à vos devoirs, de les remplir selon son esprit et de vivre selon les règles de l'Evangile. Lisez-en tous les jours quelque chose ; méditez ce que vous en lirez, et n'entreprenez jamais rien par ambition ni par vanité. Ne vous attachez point à la vie présente, mais pensez qu'il y en a une après celle-ci, qui est éternelle, que la vie dont vous jouissez est courte, qu'elle passe promptement, et qu'elle nous conduit à une vie

heureuse ou malheureuse qui ne finira jamais. Je ne saurais vous en dire davantage, et j'ai môme bien de la peine à achever ces paroles. "

Il fit néanmoins encore un nouvel effort, et, étendant ses mains hors de son lit, il nous dit :

" Je vais vous donner ma bénédiction, je vous la donne comme votre père ; mais vous en avez un autre dans le ciel à qui il faut la demander ; je le prie de tout mon cœur de vous la donner. " Et levant les yeux au ciel, il bénit toute sa famille, en faisant sur elle le signe de la croix. Nous ne pûmes lui répondre qu'en baisant tendrement ses mains vénérables, avec un sentiment mêlé de douleur, de respect et d'admiration, qui nous mettait comme hors de nous-mêmes. "

Ce que les pères pratiquent avec tant de religion , comment les mères ne l'effectueraient-elles pas avec les inspirations de leur piété ! Sur leurs genoux, quand elles commençaient leur angélique ministère au foyer, les enfants apprirent à aimer Dieu et le prochain et à s'aimer les uns les autres ; au lit de mort, de leurs lèvres expirantes, elles voudront une dernière fois les confirmer dans cet amour, qui sera dans leur cœur un trésor pour tout le cours de leur vie. Qu'on en juge :

Une femme russe se mourait, laissant cinq enfants en bas âge. Elle était serve ; son seigneur, qui affectionnait particulièrement cette famille, vint la voir après sa dernière communion, et lui demanda ce qu'elle désirait à ce moment suprême : " Je veux, dit-elle, ce que le pouvoir du monde ne peut me donner; je veux la béatitude. — Mais, pour tes

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