‹ La famille et ses traditionsChapitre 76 sur 235 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

enfants, pour ton mari, ne voudrais-tu pas quelque chose ? — Mes enfants, après ma mort, seront des orphelins, donc des enfants chéris du bon Dieu ; et c'est un meilleur protecteur que vous, malgré vos bontés constantes pour nous. " Elle rendit l'âme en prononçant ces mots si brillants de foi et de douce sérénité.

Un mari écrit en parlant de sa femme : " Ma femme bien-aimée m'a laissé trois enfants, auxquels, trois quarts d'heure avant de mourir, elle donna sa bénédiction ensemble et à moi. Elle est morte si chrétiennement que je prie le bon Dieu qu'il me fasse mourir de la môme façon, quand il lui plaira de m' appeler. "

La femme elle-même bénit son mari ! Est-il rien qui fasse mieux sentir la sublimité du mariage chrétien ?

Ne soyons pas étonnés des caractères particulièrement sacrés de cette dernière bénédiction paternelle ou maternelle : c'est avec le symbole de la rédemption qu'elle est donnée.

M. de Lamartine s'en est inspiré dans une de ses plus belles Méditations, u le Crucifix : "

Toi que j'ai recueilli sur sa bouche expirante Avec son dernier souffle et son dernier adieu, Symbole deux fois saint, don d'une main mourante, Image de mon Dieu !

La coutume voulait que le crucifix, conservé dans les familles comme une relique, fût pour les enfants et descendants ce qu'il avait été pour leurs devanciers : la consolation et l'espérance.

Cet usage se pratique aussi dans quelques-unes de nos paroisses de campagne. Quand un membre de la famille part " pour le voyage d'où l'on ne revient pas, " on place sur son cercueil l'humble croix du foyer, qui y demeure jusqu'au moment où " le corps est rendu à la terre. " Alors l'aîné de la famille la reçoit des mains du prêtre, la baise avec respect, et l'emporte dans sa demeure, en attendant que la mort la dépose à son tour sur sa tombe.

" Oui, tu me resteras, ô funèbre héritage ! Sept fois, depuis ce jour, l'arbre que j'ai planté Sur sa tombe sans nom a changé son feuillage : Tu ne m'as pas quitté.

Au nom de cette mort, que ma faiblesse obtienne De rendre sur ton sein ce douloureux soupir ; Quand mon heure viendra, souviens-toi de la tienne, O toi qui sais mourir ! "

Les vers suivants, écrits par une religieuse au bas de son crucifix, ne sont pas indignes de figurer à côté de ceux de Lamartine.

Qu'à cet objet chéri tout soit sacrifié !... Et puisse au dernier jour de mon pèlerinage, La mort en me frappant trouver en moi l'image D'un Dieu crucifié.

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