CHANGEMENT DE POSITION
VOUS assure , mon père , que cela n'en vaut .pas la peine... Cela m'est bien égal de n'avoir pas de dot!... si quelqu'un m'aimait assez pour désirer m'épouser... est-ce que vous pensez qu'il s'informerait si j'ai de l'argent?... oh ! je suis bien sûre que non... il ne vous demanderait pas cela...
Jérôme ne remarque pas avec quelle persuasion sa fille vient de parler de ce t7 qu'elle est censée ne pas connaître ; mais il sourit en répondant à Rose :
— Ma petite , tu parles comme une jeunesse de dix-sept ans, qui ne connaît pas le monde ! Moi, vois-tu, quoique je n'aie guère quitté ma charrue et mon village, j'ai assez vécu pour savoir que l'argent est ce que les hommes prisent le plus, que l'argent est une chose fort nécessaire, et qui ajoute presque toujours au bonheur. C'est donc ben fâcheux que ta dot soit flambée, car j'avais mis quinze ans à amasser cette somme,
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et tu ne peux plus attendre encore quinze ans pour te marier. Or donc, voilà ce que» je me sommes dit : Puisque je ne peux plus rien faire pour établir ma fille , et qu'en la gardant près de moi sans dot, elle ne pourra trouver qu'un mauvais parti, épouser un rustaud indigne d'elle ! ... eh ben ! il faut avoir le courage de me séparer de ma fille... il faut l'envoyer à Paris près de ses oncles. Ceux-là sont en position de lui faire du bien, de lui trouver un mari à sa convenance, et sapredié ! quand ils verront leur nièce qui est si gentille, si bien tournée, et qui s'exprime si bien, ils seront fiers d'elle... ils me remercieront de la leur avoir envoyée, et ils s'occuperont avec joie de son bonheur.
Rose-Marie est restée toute saisie en écoutant son père ; lorsqu'il a cessé de parler, elle le regarde avec inquiétude en balbutiant :
— Gomment ! vous voulez m'éloigner de vous?... vous voulez que je vous quitte?...