LE CAFÉ AUX PIEDS H13HIDE
Ce mot est couvert de rires et de trépignements de joie. Celui auquel il s'adresse prend très-bien la chose, et après avoir avalé ce qui restait dans sa tasse, il répond d'un air aimable :
— C'est en effet la première fois que je viens ici , messieurs , et c'est pas étonnant, je suis arrivé à Paris d'hier... par le chemin de fer; je viens d'Orléans; c'est Bichat mon compère qui m'a écrit : Viens vite, j'ai une bonne place pour toi. Je suis parti tout de suite, car je gagnais si peu là-bas dans mon état de boutonnier... ma foi j'ai bien fait. Je suis content d'être venu. J'ai bien fait de me presser; il y avait tant de concurrents pour cette place... si j'avais tardé d'un jour elle m'échappait !... mais je suis arrivé à temps. Bichat m'a présenté, je suis reçu... j'entre en fonctions ce matin.
— Quelle place avez-vous donc?
— Inspecteur du balayage ! rien que ça. . . et trente francs par mois... c'est gentil ! et le service est presque toujours fini à trois ou quatre heures, et on a toute sa soirée à soi... je pourrai encore travailler à mes boutons si je veux !
— Diable ! dit M. Ladouille en cherchant le pan de son habit ; mais c'est un joli poste, en effet... Qui est-ce qui m'a chippé mon pan?... On n'est donc pas en sûreté ici ? Les amis se volent donc entre eux?...
— Par exemple, reprend le boutonnier, il faut se lever de bonne heure. A trois heures du matin, l'été comme l'hiver, on m'a dit qu'il fallait être sur pied... et ma foi, comme j'avais peur de ne pas me réveiller assez tôt aujourd'hui, je ne me suis pas couché du tout. Et Bichat m'a dit : Va-t'en au Café des pieds humides, sur le pont Notre-Dame, tu y attendras le moment d'entrer en fonctions. Je me suis mis en route ;