‹ La famille Gogo (volume 2)Chapitre 32 sur 37 · LB CAFÉ AUX PIBDS HUMIDES · texte numérisé non relu

LB CAFÉ AUX PIBDS HUMIDES

— Allons, allons, ne vous disputez pas, mes enfants ! crie la mère Chicorée, faut appeler votre journal la Gazette des Floueurs ; si tous ceux qui le sont s'y abonnent, je vous réponds que vous ferez de bonnes affaires!...

— Ah! ah! bravo! la mère Chicorée!...

C'est meilleur que son café, ça !...

— Allons, la lecture, Ratmort !... le journal!

Le nain s'est remis debout sur la table et il lit :

« L'année mil huit cent quarante-quatre verra probablement disparaître des rues de Paris le dernier réverbère. L'administration va mettre en adjudication la fourniture de mille lanternes à bec de gaz pour éclaire/* la voie publique. »

— Ils sont stupides avec leur gaz ! dit un petit homme déguenillé, et dont la figure hétéroclite a quelque chose du singe et du

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chat, vouloir illuminer Paris toutes les nuits... Qu'est-ce qu'ils feront donc les jours de fête,alors?

— Et puis t'aimes pas la lumière , toi , Flairon, n'est-ce pas? dit M. Féroce en souriant; tu préfères l'obscurité.

— Dame ! c'est le seul moment de la journée où l'on peut s'amuser, faire ses farces, rire un brin!... Je les casserai tous, leurs becs de gaz... ils me font mal aux yeux...

— Est-ce qu'il n'y a point une séance de la chambre? demande le vieux chiffonnier en s'appuyant sur son cabriolet, voilà ce qui m'intéresse le plus, moi...

— Mais non, vieux, il n'y a pas de chambre maintenant... Gomment ! tu ne sais pas ça, toi, profond politique, qui veux fonder un journal?... Voilà le procès de trente-six voleurs, toute une bande qu'on a pincée d'un coup de filet... voulez-vous que je vous lise ça?

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— Non, non, c'est inutile.

— Nous connaissons l'affaire aussi bien que ceux qui la jugent.

— Peut-être mieux , ajoute M. Flairon en tirant de sa poche une poignée de tabac à chiquer, qu'il mastique longtemps dans sa main avant de le fourrer dans sa bouche.

— Alors , voulez-vous que je vous lise les annonces?...

— Oui, oui; c'est quelquefois bon à savoir... ça peut servir.

— Et puis, on connaît les propriétés qui sont à vendre, dit le chiffonnier, et on a le droit d'aller les visiter.

— Pour les acheter, vieux Crochet ?

— Non ; mais pour ramasser les chiffons qui sont dedans...

— <c Association mutuelle d'assurances sur tavie des hommes... »

— Ah ! c'est pas bête ça, les amis ; je pro-

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pose de nous assurer mutuellement! s*écrie Ladouille ; ça vous va-t-il?

— Oui, dit Féroce, à condition que Ton ne payera que si Ton meurt.

— C'est pas ça... nous mettrons chacun autant, nous formerons une masse...

— Vois-tu cela... moi qui suis jeunç et gaillard, j'irai payer autant que le père Crochet, qui flotte sur son déclin !...

— Je vivrai plus longtemps que toi ! répond le chiffonnier d'une voix rauque ; il est frais, le gaiUardl... j'en enterrerai dix comme toi!...

— « Médailk d'honneur, cafetières à ftot-^ teur, compteur et filtres mobiles... » Ah? mère Chicorée, ça vous regarde, ça, vous devriez bien vous faire cadeau d'une cafetière comme ça... Nous boirions du nanan, alors !

— Vraiment ! ce que je vous vends n'est peut-être pas bon?. .. Vous n'êtes jamais con-

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tents ! . . . Pour un sou qu'ils me donnent, ne voudraient-ils pas avoir du pur moka avec de la crème double?

— «A vendre : tmneSy tannerie^ avec toutes sortes de facilités pour le payement. . . » Ah ! v'ià ton affaire, père Crochet, tu peux acheter cela, tu donneras quinze sous par semaine...

— Fi donc ! une tannerie ! ... ça pue trop ! . . . quand je prendrai un établissement, je veux quelque chose de plus huppé que ça !

— « On detnande des courtiers et correspon'^ dants en province, pour un superbe ouvrage d'un placement facile; il sera fait une remise trèS'forte sur la vente... »

— Tiens ! ça me va! s'écrie Ladouille, le courtage, c'est mon élément... Si j'avais pas perdu les pans de mon habit, je me serais présenté demain... C'est égal, donne-moi l'adresse, Ratmort, je me présenterai comme commissionnaire.

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— Rue des Mauvaises-Paroles, 13, demander monsieur P. T.

— Ah! quel fichu anonyme !... j'irai pas.

— u £au hygiénique ptmr la toilette. Cette eau réparaiive, et d'un effet magique, fait disparaître à Finstant les taches de rousseur, rougeurs, boutons, callosités, et rend à la peau sa fraîcheur et son velouté... » Tiens! tiens ! mais ça m'irait, ça, à moi!...

— Gomben le flacon? demande le monsieur aux grandes bottes en passant sa manche sous son nez !...

— Ah ! le récureur qui veut de l'eau réparatoire pour la toilette.

— C'est pas pour moi ! mais j'ai ma femme qui a depuis trois mois deux grosses lentilles sur le nez que ça pousse, et que n'est pas joli du tout; si cette eau-là fait tout disparaître, je lui en ferai cadeau.

— Cinq francs le flacon.

— Merci ! je sors d'en prendre. . . je croyais

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que ça valait six sous. Mon épouse gardera ses lentilles.

— « Bandoline pour lisser et embellir les cheveux.,. »

— Oh ! bandoline, que que c'est que cette drogue-là ? . . . s'écrie le jeune Féroce en riant.

— On te dit que c'est pour les cheveux.. .

— Ah ! ouiche ! . . . compris ! ... si j'avais de l'argent, j'en ferais une fameuse provision, de bandoline?...

— « M... cold... cré... eream... » Nom d'une pipe, je crois que c'est du latin!...

— Non, dit M. Flairon, c'est de l'anglais, ça signifie colle et crème.

— Oh ! mes enfants, que ça doit être bon ! s'écrie Ladouille en se léchant les lèvres; si j'étais en fonds, je vous en payerais un pot, que nous mangerions entre nous... ça doit être parfait étalé sur des tartines de pain. . . Ces poussahs d'Anglais, ils sont très-gourmands. Je suis sûr que c'est une friandise

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qu'ils ont inventée pour prendre avec le tlié. — Âh çà ! hé ! chose ! là-haut ! dit un grand homme sec et barbouillé de suie, qui n'a pas encore parlé, est-ce qu'il n'y a pas un feuilleton à ton journal ! . . . Lis-nous donc le feuilleton, ce sera plus amusant que les annonces...

— Mais c'est qu'il n'y en a pas de feuilleton, Fenfumé.

— Ah ben! v'ià un joli journal, alors!... Pas de feuilleton!... j'en veux pas, de ce journal-là!... Mère Chicorée, faut nous en avoir un autre...

M. Ratmort se dispose à continuer la lecture des annonces, lorsque le jeune Féroce, qui s'était écarté un moment de la société, revient à pas précipités en disant à voix basse :

— Hohé ! les amis !... laissez là le journal... je viens de faire une découverte... nous avons là tout près de nous quelque

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