‹ La famille Gogo (volume 2)Chapitre 35 sur 37 · VN COUVERT A METTRE · texte numérisé non relu

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que les réchauds ne s'éteignent pas sur la table comme la dernière fois?... On croit manger chaud et les plats sont froids. . . c'est bien désagréable... François, qu'est-ce que vous faites là-bas?

— Je débouche les bouteilles, monsieur.

— Mais n'en débouchez donc pas tant d'avance!... à quoi bon?... vous avez une fureur pour déboucher les bouteilles!...

qu'est-ce que cela signifie? attendez donc que je vous le dise.

— Monsieur, il en faut encore une sur la taMe , mam'zelle Fifine vient de me le dire.

— Que ce soit la dernière.

— Oui, mon fils, reprend la grosse dame en continuant de se regarder dans la glace, M. Dernesty est un jeune homme que vous devviez prendre pour modèle. 11 me semble que vous ne le fréquentez plus aussi souvent qu'autrefois; pourquoi cela?

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— Mais pardonnez*moi, ma mère ; seule* ment, je ne pouvais pas voir Dernesty peu* dant qull était en Angleterre.

— Voyons , Julien , prenez des caries , et écrivez vite le nom de chaque convive; car le temps se passe, on ne finit à rien, et puis la société arrivera...

Le fils de la maison va chercher des cartes, une écritoire, une plume, et il porte tout cela sur le poêle de la salle à manger. Tout en allant et venant, il a rencontré aussi dans son chemin la piquante Fifine, qui se donne un mouvement continuât et alors sa main a fait en passant une légère pression à ses attraits. La femme de cbsonbre reçoit tout cela comme choses auxqudles elle est parfaitement accoutumée.

— • Me voici prêt , mon père ; les noms de vos convives, s'il vo«s |riait ?

— Voyons, nous sommes vingt. D'abord, trois d'ici... ensuite mon frère, Thomme de

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lettres, et son épouse... puis le cousin Brouillard, cela fait déjà six.

— Ah! vous avez invité votre cousin Brouillard? dit madame en haussant les épaules. Vous êtes bien bon... un homme qui a toujours Tair d'avoir envie de vous piquer... Il est méchant comme un àne, votre cousin Brouillard!

— Mais , mon Angélique , tu te trompes ; d'ailleurs tu sais que j'ai assez l'habitude de l'inviter, et s'il savait que j'ai donné un grand diner sans l'avoir... oh! il serait furieux, il ne me le pardonnerait pas !...

— Et vous avez peur de lui !.. . et vous l'invitez parce que vous craignez sa méchanceté, sa langue venimeuse!... dites donc cela ! avouez-le donc.

Madame Saint-Godibert avait parfaitement raison. Son mari faisait des politesses au cousin Brouillard parce qu'il le craignait, et qu'il le savait capable de l'appeler Gogo de-

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vant tout le monde. Si M. Brouillard eût été un de ces hommes bons et bienveillants comme il s'en rencontre quelquefois, nul doute qu'on lui eût fait beaucoup, moins de politesse.

A ce compte-là, ce .serait donc tout bénéfice d'être méchant, puisque dans le monde les faveurs, les récompenses, les places, les honneurs, les hommages sont bien plus pour ceux que l'on craint que pour ceux qu'on estime ! Espérons que ces derniers trouvent dans leur cœur et dans leur conscience quelque chose qui les dédommage de l'indifférence de la foule, et de l'injustice de ceux qui sont les dispensateurs des récompenses.

— En tous cas , reprend madame Saint- Godibert , j'espère que vous ne placerez pas M. Brouillard à côté de .moi... Je n'en veux, pas!

— Sois tranquille , Angélique , tu ne

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l'auras pas... Julien, avez-vous écrit ces six noms?

— Gui, mon père.

— Ah I maintenant , votre cousin Frédéric... M. Demesty, M. et madame Marmodin... M. Roquet... cela fait déjà onze.

— Et les cornichons, monsieur!... Je ne vois pas de cornichons ! s'écrie François en regardant de tous côtés sur la table.

— De quoi vous mèlez-vous, nigaud? s'il n'y en a pas, c'est qu'il n'en faut point, apparemment!... Voilà six coquilles de horsd'œuvre... c'est bien assez... beurre, olives, radis, anchois, thon... et beurre... N'estce pas, Fifine, qu'on ne sert plus de cornichons?

— Non , monsieur , car je l'ai demandé chez la domestique de ce riche député en face... où l'on donne de superbes dîners.

— Ah! ben! dit François en allant prendre une bouteille de vin de Champagne,

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placée avec les vins fins dans un panier à part, et qu'il lorgnait depuis longtemps, chez nous, on ne dînerait pas bien sans cornichons! Ça, et des harengs saurs, ça ne quitte pas la table !

— Taisez-vous, François, on ne vous demande pas ce qui se fait dans votre pays. Vous parlez beaucoup trop pour un domestique. Avez-vous écrit les onzenoms, Julien?

— Oui, mon père,

— Mon ami, mettez près de moi M, Dernesty, cela me fera plaisir.

— Mais, Angélique, être à côté de la maltresse de la maison est toujours un hon* neur... une faveur, et nous avons des personnages... majeurs ! auxquels nous devons peut-être la préférence.

— Et qui donc, monsieur, qui donc? Ce n*estpas M. Marmodin, j'espère... qui ne parle que de Rome et des Romains. . . Si vous croyez que cela m'amuse !

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— C'est un savant, ma chère... on dit qu'il sera quelque jour de l'Institut.

— Quand il en sera, je consens à le mettre à mon côté, pas avant. Ah ! tenez, mettez-moi M. Roquet! il est fort aimable... fort galant avec les dames...

— C'est impossible ; Angélique! Roquet est un homme très-agréable en société... mais nous sommes sans cérémonie avec lui !... Il faut réserver les places d'honneur pour les personnes dont on peut avoir besoin. Je vous passe Dernesty pour votre gauche, mais à droite il faut choisir avec beaucoup de soin. . . Ah ! nous avons M. Cendrillon, un capitaliste... qui a Tlntenlion d'entreprendre un chemin de fer pour lui seul, pour se transporter de sa maison, de son département à Paris; il a énormément de fonds ; voilà un homme à considérer.

— C'est possible ; mais je ne veux pas de lui près de moi pour diner : cet homme-là

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est tellement sans façon , et pois il parle si haut ! il a une voix si forte que c'est étourdissant ! ensuite M. Gendrillon a de bien vilains mots... Âh! il est quelquefois trèslibertin dans ses propos... je n'aime pas cela?

— Madame, un homme qui peut se faire un chemin de fer pour lui seul a bien le droit de dire par-ci par-là quelques gaudrioles!... c'est permis aux gens riches!...

— Enfin, j'en désire un autre près de moi.

— M. Doguin et son épouse, écrivez toujours, Julien, cela fait quatorze. . . M. Doguin est employé supérieur dans les bureaux particuliers du ministre de l'intérieur!... c'est un homme qui pourrait être fort utile si on avait quelques demandes à faire. . . pour être député, par exexnple...

— En effet, mon ami , en effet, et je ne vois pas pourquoi vous ne seriez pas dé-

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