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Que voulez-vous qui m'arrive? je ne voyagerai qu'en plein jour et dans un pays qui n'est pas désert. Ah ! je ne me doutais pas qu'en plein jour même il ne fait pas bon traverser une forêt, et la preuve, c'est qu'en trottant sur mon petit cheval dans la forêt de Fontainebleau... je fus tout d'un coup attaqué, arrêté par deux hommes qui se jetèrent sur moi le pistolet à la main...
— 0 mon Dieu!... c'était vous!... c'était vous!...
A ces mots , prononcés avec véhémence par la jeune fille , le père Savenay relève la tète et la regarde avec surprise, en murmurant:
— C'était moi... comment! mon enfant...
que voulez-vous dire par là ?...
— Oh ! je savais bien que je vous avais déjà vu ; que votre figure respectable etbonne m'avait frappée. . . et cette veste verte. . . votre chapeau à grands bords... vouSs aviez tout
cela quand on vous a arrêté dans la forêt.
— En effet... mais qui a pu vous dire?...
— Oh ! tenez, mon bon M. Savenay , j'avais promis à mon père de ne jamais parler de cela... mais à vous... oh! à vous ce n'est pas la même chose!... Apprenez que j'étais dans la forêt lorsque deux hommes en blouse se sont dirigés de mon côté....
— Deux hommes! mes deux voleurs!...
— Justement... De loin , je ne pouvais voir leurs traits , car de grandes casquettes à visières étaient posées de manière à les cacher; puis le bas du visage était tout noirci.
— Oui... oui... oh ! je n'ai vu que ça aussi, moi.
— Alors, sans savoir encore ce que voulaient faire ces hommes, j'ai eu peur, je me suis cachée dans un buisson.
— Pauvre petite!...
— Ils vinrent tout près de moi. Je les
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écoutai se dire : Il a soixante mille francs dans un portefeuille... nous le lui prendrons facilement... il y avait un des deux hommes qui tremblait, qui n'osait pas commettre ce crime ; mais l'autre finit parle décider. Moi, j'aurais bien voulu pouv/oir crier au secours pour vous sauver. . . mais je n'osai pas ... Ah ! pardonnez-moi... je crois même que je n'en aurais pas eu la force.
— Oh ! chère enfant... que vous avez bien fait de garder le silence !... ces misérables vous auraient tuée s'ils avaient su avoir un témoin.
— - C'est aussi ce que mon père m'a dit. Enfin... vous êtes arrivé sur votre cheval... ils ont couru sur vous.. . Ah ! si vous saviez ce que j'ai souffert alors, combien je tremblais pour vos jours, et comme je priais le ciel d'éloigner de ces hommes la pensée de vous faire du mal !
— Pauvre enfant... pauvre enfant!...
178 GAAPITRE VI.
— Heureusement, ils ne firent que vous voler... Quand je vous vis vous éloigner sur votre cheval— ah! je respirai plus librement!
~ Et moi donc, fichtre ! je puis dire que j'en ai eu là une venette... Et mes voleurs?
— Ils disparurent aussitôt. Je fus encore longtemps sans oser sortir de ma cachette. Enfin, après avoir bien regardé si les deux hommes n'étaient plus là, je me mis en route... mais je n'avais pas fait deux cents pas que mes pieds heurtèrent quelque chose... c'était un petit pistolet bien joli , bien riche...
— Qu'un des voleurs avait laissé tomber sans doute...
— Je le pris et je le portai chez nous. Mon père m'a dit de le garder avec soin, et qu'un jour peut-être il servirait à faire reconnaître les voleurs... Je l'ai là... tenez, M. Savenay, dans ma malle... veuillez ou-
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vrir, et tout en dessous, à gauche, vous allez le trouver.
Le père Savenay suit les indications qu'on vient de lui donner, et bientôt il tient dans sa main le pistolet, il l'examine avec curiosité et s'écrie :
— Mais voilà une arme de luxe!... c'est bien beau pour des brigands de grande route!...
— Oh ! ceux qui vous ont arrêté n'étaient pas des voleurs ordinaires; vous n'avez donc pas remarqué qu'ils portaient des bottes vernies, de beaux pantalons... des gants?...
— Je n'ai rien remarqué, mon enfant, j'ai eu si peur! j'ai été tellement saisi !... je ne me rappelle qu'un pistolet qui me menaçait la poitrine... tandis qu'une figure de charbonnier me disait : « Ton portefeuille on tu es mort !... » et quant à la figure !... ah! je serais bien embarrassé pour dire la forme!...
— Je vous assure, M. Savenay, que (fêtaient des jeunes gens qui parlaient comme des hommes distingués... D'ailleurs, ils ont dit : « Nous sommes bien d^isés, avec ces blouses, ces casquettes et le visage noirci, on ne devinera jamais qui nous sommes: »
— Au fait, mon enfant, la manière dont ils se sont conduits me ferait assez croire qu'ils n'avaient pas encore l'habitude de voler. Après que je leur eus remis mon po^ tefeuille , je me disposais à leur donner ma bourse, puis ma valise; mais pas du tout, au lieu de cela, ils fouettent mon cheval. Mouton prend le grand trot, et au bout d'une demi-heure j'étais sorti de la forêt.
— Qu'avez-vous fait alors? monsieur.
— Ce que j'ai fait? à peine arrivé à Fontainebleau, je me suis rendu chez le maire de la ville et je lui ai conté ce qui venait de m'arriver. On prit note de ma déposition, mais lorsqu'on vit que j'avais encore mon
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eheval, ma valise, ma bourse pleine d*or, je m'aperçus qu'il y avait sur toutes les physionomies une expression de doute; on était très-étonné que des voleurs se fussent contentésde mon portefeuille qui cependant, à luiseul, valaitbien mieux quetout le reste. Je me souviens même qu'une personne qui se trouvait là et qui m'écoutait me dit en secouant la tète d'un air presque moqueur : « Mon brave homme , ne vous seriez-vous pas par hasard endormi sur votre cheval? et n'auriez-vous pas rêvé que l'on vous a attaqué?— Et mes soixante mille francs ! m'écriaije, croyez-vous, monsieur, que j'ai rêvé que j'en avais hérité? » A cela on ne me répondit rien, mais du reste on me promit de faire toutes les démarches possibles et d'envoyer même des gendarmes battre la forêt pour tâcher d'y retrouver les deux misérables qui m'avaient arrêté. On me demanda leur signalement, je ne pus que dire. « Ils avaient