‹ La famille GogoChapitre 15 sur 37 · PAMII.LB GOr.O · texte numérisé non relu

PAMII.LB GOr.O

890 CHAPitRi vin.

j'ai peinte est du village d'Avon... son père, qui est cultivateur, se nomme JérômeGogo. .. et il a. . . depuis peu de temps envoyé sa filio à Paris, où il a deux frères riches... et où il pensait que sa fille serait heureuse...

— Ah ! pardieu ! j'espère que tout cete s'accorde maintenant !

— Pauvre petite!., c'est notre cousine!

se dit Frédéric.

Puis il regarde encore Julien et celai-ei lui fait signe qu'il a compris.

— Enfin, monsieur, que fit Rose-Marie en ne trouvant la demeure d'aucun de ses oncles ? demande Léopold avec impatience.

— Rose-Marie ! c'est cela ! voilà Wen le nom, ou les noms de la brunetteî.. Ce qu'elle fit, monsieur, vous concevez qu'elle était assez embarrassée. La nuit était venue, elle ne connaissait pas Paris et ne savait où aller ; mais j'étais là, moi...

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— Vous deviez protéger cette jeune fille, monsieur, vous deviez la mettre à Tabri des insultes, des outrages... c'était votre devoir.

— Ah! ah! ah!., vous êtes ravissant, en vérité 1 avec vos devoirs !.. je devais profiter de l'occasion qui m'offrait une conquête charmante, et c'est ce que j'ai fait. J'ai d'abord offert à souper à mon héroïne et elle a accepté...

— Elle a consenti à soupei^ avec vous... rien qu'avec vous?

— Oui, monsieur, oui, rien qu'avec moi... Le souper s'est prolongé... tout en buvant du Champagne, vous comprenez que je déclarais mon amour... quand nous sortîmes de chez le traiteur il était fort tard ; je dis à la petite : Je vais vous mener chez matante... je la conduisis chez moi... et une fois là... parbleu! elle a fait comme les autres! elle a pris son parti.

â9â CBAPITBB Tlll.

Le jeune peintre cache sa télé dans ses deux mains , et pendant quelques instants reste conune accablé, honteux de ce qu'il vient d'entendre. Mais tout à coup il relève son front avec fierté, et, allant à Richard, lui prend le bras et le lui serre avec force, en murmurant :

— Ainsi... elle est avec vous... elle est votre maîtresse ndaintenant?

— Non, monsieur, elle n'est plus avec moi, elle a habité trois jours mon logement... mais je ne suis pas très-constant de mon naturel... de son côté elle.aime saos doute aussi le changement. Ma foi, le troisième jour, en rentrant à mon domicile, je n'y ai plus trouvé ma jolie voyageuse... depuis elle n'est pas revenue... et j'avoue que je ne l'ai pas cherchée.

— Monsieur, ce que vous venez de dire de cette jeune fille est horrible. . . si cela est, elle ne mérite plus que mon mépris ! mais

si cela n'était pas ! si vous l'aviez indignement calomniée... ah ! j*en fais serment, monsieur, tout votre sang suffirait à peine pour la venger... et c'est moi qui me chargerais de ce soin... Tenez, monsieur, si vous n'avez voulu que me tourmenter, que vous amuser à me torturer le cœur, avouez-lemaintenant... Dites-moi que Rose fut toujours honnête, sage... et je vous pardonnerai encore...

— Ah!... ah! il est très-drôle ce monsieur!... qui ne veut pas que sa maitresse l'ait trompé ! comme si c'était une chose si rare!

— Rose-Marie n'était point ma maîtresse, monsieur ; le hasard me l'a fait rencontrer lorsque je prenais des vues dans la forêt de Fontainebleau. Son air de décence, sa candeur, sa tenue honnête, sa manière de s'exprimer, tout m'avait prévenu en sa faveur, et lorsque je l'eus vue quelquefois, la bonne

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opinion que j'avais conçue d'elle ne fit que se fortifier encore. . .

— Et elle V0U8 a servi de modèle toujours avec innocence ! , . .

— Oui, monsieur; elle a consenti â me laisser reproduire sur la toile sa charmante figure... Quel mal y avait^l à cela?

— Et vous étiez seuls tous deux dans la forêt?...

— Seuls... et jamais je n'eus la pensée d'abuser de mon bonheur ; jamais ma bouche ne prononça un mot qui pût faire rougir le front de Rose>Mafie !

— Vous êtes un jeune homme comme mr en voit peu, alors !

— Non, monsieur, mais j'aimais cette jeune fille, et je respectais sa pureté, ear elle était pour moi un ange d'innocence... de candeur!... et maintenant encore... oui, monsieur, maintenant encore, je ne puis croire qu'elle soit tombée aussi bas que

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VOUS le dites. . . une enfant sage, honnête, ne devient pas en un jour une fille perdue!... Oh! mais je la retrouverai. Rose; je saurai la vérité, et alors... je vous retrouverai aussi. . . et ces messieurs seront nos témoins. . .

— C'est bon, monsieur!... vous me trouverez quand vous voudrez !... Richard, rue Montfaolôn, â6... je ne me cache pas... Quant à votre donzelle, tout à l'heure vous prétendiez que nous ne t)ouvlons pas la oonmdtre, je vous ai cependant prouvé le contraire. Parbleu! si vous la retrouvez, elle vous dira que je n'ai pas été son amant. Les femmes nient toujours ces choses-là !

— Elle me prouvera son innocence , monsieur, et c'est alors que j'irai vous trouver.

— MoBsieur, dit Frédéric en allant à Léopotd et lui tendant la main , je ne vous connaissais pas, mais ce que vous faites en ce moment suffit pour me donner le désir

à90 cHàPiTRE Via.

d*ôtre de vos amis!... Je suis bien fou, bien étourdi, mais il ne me viendrait jamais à la pensée de calomnier une femme, de me vanter d'avoir obtenu ses faveurs, si cela n'était pas... cette conduite est celle d'un lâche, d'un misérable... Je n'accuse point Richard, je ne dis pas qu'il ait fait cela ! . . . mais je dé* sire aussi ardemment que vous retrouver cette jeune fille... J'ai pour cela des raisons... que je ne puis vous dire en ce moment, mais que vous apprécierez plus tard. Comptez donc sur moi pour vous seconder dans les recherches que vous pourrez faire, et soyez persuadé que si j'apprends quelque chose sur le sort de Rose-Marie, je vous en ferai part.

Léopold regaMe Frédéric avec étonnement, mais séduit par l'expression franche de sa physionomie, autant que par ses pa^ rôles, il prend la main que celui-ci lui offre et la presse dans la sienne en disant i

— Merci, monsieur; quand tout semble se réunir pour accabler une pauvre fille , c'est bien le moins qu'elle trouve en nous des défenseurs.

M. Richard ne dit plus rien , tout surpris de l'action et des discours de Frédéric ; il fait une assez sotte figure et semble avoir beaucoup perdu de son aplomb.

Demesly se lève en s'écriant :

— Il me semble que l'affaire se complique, et comme je n'y comprends plus rien, je demande la remise de la cause jusqu'à plus ample informé. Et maintenant , messieurs, partons, car il y a assez longtemps que nous occupons l'atelier de monsieur.

Léopold salue d'une manière qui n'engage personne à rester. M. Richard , qui ne demande qu'à s'en aller, est le premier hors de l'atelier; Julien le suit, Frédéric en fait autant , après avoir de nouveau donné une poignée de main au jeune peintre ; enfin ,

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Dernesty se dirige aussi vers la porte, mais en regardant encore le portrait de Rose- Marie et en disant :

— Je ne sais pas ce qu'elle a fait, mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle est clla^ mante.

Lorsque les quatre jeunes gens sont dans la rue , M. Richard dit à Frédéric :

— Pourrais-je savoir quelle idée t'a passé par la tète, et à propos de quoi tu t'es foit aussi le chevalier de cette jeune fille qui a servi de modèle à ce peintre ?

— Non , tu ne peux pas le savoir maintenant, répond Frédéric ; c'est un secret que je ne veux pas te confier. Mais je te le répète, Richard, si tu as menti , si tu as calomnié cette pauvre petite... oh! alors, gare à tes oreilles... Adieu , messieurs , j'ai deux mots à dire à Julien , et je m'en vais avec lui.

En achevant ces paroles , Frédéric passe

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son bras sous celui de son cousin , et l'entraîne, laissant Richard et Dernesty tout stupéfaits de sa conduite.

Lorsqu'il ne peut plus être entendu par ses amis , Frédéric dit à Julien :

— D'après tout ce que nous venons d'ap* prendre sur la jeune fille du chemin de fer, elle est notre cousine , il n'y a pas le moindre doute. Richard et Dernesty ne peuvent point le soupçonner ; ils ne savent pas que ton père et son frère l'homme d'esprit... comme on veut bien le dire , s'appelaient autrefois Gogo avant de se nommer Saint- Godibert et Mondigo ! mais nous qui le savons , et qui ne l'avons pas encore oublié , nous savons aussi que nous avons un onde, Jérôme, le cultivateur, qui habite au village d'Avon... nous n'avons jamais été le voir, ce qui n'est pas très-bien de notre part , car on assure que c'est un fort brave honune ; mais enfin, parce que nous avons négligé

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cet oncle , ce n'est pas une raison pour que nous ne portions aucun intérêt à sa fille , qu'il avait envoyée à Paris dans l'espoir qu'elle serait bien accueillie de ses parents... Mais quel peut donc être ranimai qui a donné à notre cousine les adresses bien exactes des deux oncles , et qui ne lui a pas dit qu'ils s'appelaient à présent Saint- Godibert et Mondigo?... Enfin, n'inoiporte! ce n'est pas de cela qu'il s'agit!... il faut maintenant tâcher de retrouver notre cousine, savoir ce qu'elle fait, ce qu'elle est devenue.

— Sans doute ; mais comment?

— Comment?... ah 1 ma foi , je n'en sais rien !. .. mais quand on veut bien fermement quelque chose, on en vient à bout, dit-on ; nous voulons retrouver notre cousine, nous la retrouverons... Ah! elle est bien jolie, cette jeune RoserMarie... Richard est horriblement laid!... il est fat, menteur, împu-

dent... je commence à douter très-fort qu'il ait fait la conquête de Rose !...

— Oui, notre cousine est chamiante.

Quel dommage qu'elle aime ce peintre !

— Qu'est-ce qui prouve cela?... c'est lui qui dit qu'il est amoureux d'elle et voilà tout. Retrouvons d'abord la belle enfant, et ensuite nous verrons qui saura le mieux lui plaire. Je vais chercher de mon côté; toi, Julien, cherche du tien, et pas un mot à tes parents avant que nous n'ayons des nouvelles de la cousine.

— C'est convenu.

— Au revoir.

Et les deux cousins se quittèrent , Frédéric pour rendre une visite à madame Marmodin et Julien pour aller s'enfermer dans sa chambre.

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