LE COUSIN ET LA COCSINE
comment étes-vous sûr que lorsqu'on Ta trouvée dans la rue , elle était arrivée ce même jour?...
Le retour de madame Bichat interrompt cette conversation ; la marchande est suivie de son époux et de son ami Glureau.
— Le voilà ce libertin ! dit Clara en arrivant, je l'ai trouvé... il était au cabaret avec le compère Glureau... mais je lui pardonne!... je lui passe un peu de vin de temps à autre pourvu que le reste me soit conservé intact.
En apercevant l'homme à la tête de Gosar ! que, Frédéric cherche à rappeler ses souvenirs , le père Savenay vient à son aide en j ' lui disant :
— Tenez , monsieur, voilà le brave honune qui a trouvé la pauvre enfant la nuit , endormie sur un banc de pierre, et qui l'a conduite ici... ^
— Oui, sans doute que c'est moi, dit Glur
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reau en s'avançant ; est-ce que je n*ai pas bien fait ?
— Gonnaissîez-Yous déjà cette jeune fille? dit Frédéric.
— Non... si ce n'est pour avoir voyagé avec elle en chemin de fer...
— En chemin de fer!... ah ! oui... je vous reconnais maintenant... c'est vous qui étiez dans le coin de la voiture. . . un jeune homme seul nous séparait.
— C'est vrai, j'avais le coin. . . ah I je voik remets à présent, monsieur ! vous étiez avec <^ beau fils si vilain, qui m'a empêché de prendre une prise de tabac ! . . .
—Justement. £h bien, ditesrmoi... quand avez-vous rencontré Rose-Marie?
— Quand? pardieu la nuit même qui suivît mon arrivée à Paris. . .
— La même nuit... vous en êtes certain?
— Est-ce qug je peux me tromper? puisque Je n'étais pas encore entré en fonctions
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d'inspecteur au balayage... Celte pauvre petite!... elle s'était sauvée de votre vilain ami qui voulait remmener de force chez lui... elle avait couru longtemps à travers les rues... enfin épuisée de fatigue, elle s'était jetée sur le banc de pierre où je la trouvai dormant , au petit jour... sans compter qu'elle a fait une fameuse maladie de s'être endormie là...
— Ah ! plus de doutes maintenant !... ce misérable Richard l'avait indignement calomniée ; ce n'était pas assez d'avoir abusé de sa position en cherchant à entraîner Rose chez lui; n'ayant pu y réussir, il a voulu se venger en disant qu'elle avait passé trois jours avec lui.
— Quelle horreur! dit le vieillard enjoignant ses mains. Ainsi donc y au lieu, d'honorer une jeune fille qui veut rester sage, m mauvais sujet croit devoir la dénigrer , la perdre de réputation ! . . .
— Tous les mauvais sujets ne se conduisent pas ainsi , père Savenay , dît Frédéric en souriant; même en cherchant le plaisir et les bonnes fortunes, il en est qui savent encore rendre justice au mérite et à la vertu.
— Gonunent ! comment! s'écrie Glureaa en retroussant ses manches , le vilain beau fils a dit que mam'zelle Rose-Marie avait été sa maîtresse ! en voilà-t-il un toupet ! ... oh f que je te rencontre jamais, toi, cher ami, et je te tremperai une soupe soignée ! d'autant plus que mon jeune ami Féroce m'a appris à tirer la savate, que je suis maintenant de la première force.
— Montons chez vous , père Savenay, s'écrie Frédéric , hàtons-nous, il me tarde de voir Rose-Marie et de la conduire chez ses oncles»..
— Gomment, monsieur, vous savez où ib demeurent...
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— Oui, oui... mais venez , montons chez vous.
Rose-Marie avait fini de ranger les deux chambres qui composaient le logement de son protecteur ; elle s'était assise et travaillait près de la fenêtre. La jeune fille était triste et rêveuse. Inquiète de ne point recevoir de réponse de son père , elle était décidée à repartir le lendemain pour son village et elle comptait prier le père Savenay de l'accompagner , afin qu'il pût attester à son père ce qu'elle avait fait pendant son sé« jour à Paris.
Tout à coup on entre dans la chambre, c'est le père Savenay et Frédéric ; ce dernier va à Rose, la considère avec ravissement, lui prend la main qu'il presse dans la sienne et s'écrie :
—Ma cousine, voulez-vous me permettre de vous embrasser ?
Rose-Marie est restée toute saisie, le père
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tiS CHAPITRE If.
Savenay lui-même regarde le jeune homme avec étonnement, et Frédéric, sans attendre uae réponse, a déjà pris un baiser sur la joue rose et fratche de sa cousine.
— Quoi, monsieur? dit le vieillard, vous êtes donc...
— Oui, papa Savenay, je suis un Gogo... mais du côté des femmes... fils de Thérèse la sœur de votre père, ma chère cousine, qui épousa M. Heyval, et voilà pourquoi je »e nomme Frédéric Reyval.
Rose lève timidement les yeux sur son cousin en balbutiant:
— Ah ! monsieur mon cousin... quejesuis donc contente d'avoir retrouvé ma femille! car vous devez savoir où sont mes oncles, vous?
— Oui, ma cousine, oui, certes, je le sais. Mais d'abord veuillez bien me dire qui vous avait donné leur adresse à Paris?
— C'est notre cousin Brouillard, qui était
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venu nous voir à Avon cet été... il m'avait dit que mon oncle Nicolas demeurait rue SalBt-Lazare^ et mon oncle Eustache rue de Vendôme.
— Ehî vraiment il ne vous avait pas trompée!... mais ce que je ne comprends pa$« c'est qu'en vous donnant l'adresse de vos oncles, il n'ait pas songé à vous dire aussi leur nom...
— Leur nom!... comment! mon cousin...
est-ce qu6 mes oncles ne s'appellent plus Gogo?
— Non, ma Jolie cousine, et voilà pourquoi vous les cherchiez et demandiez en vain dans Paris !... à Paris il n'y a plus de Gogo! le Gogo est perdu! anéanti, fondu, mort enfin!...
— Mort!... ô mon Dieu! qu'est-ce que cela veut dire?
— Cela veut dire que maintenant Eustache Gogo, l'homme de lettres, se nomme
Mondigo^ et que Nicolas Gogo, le financier, est devenu M. Saint-Godibert, banquier!
— Saint-Godibert ! dit le vieux Savenay. Comment! ce monsieur chez lequel je suis allé hier au soir et pour qui j'avais une lettre de recommandation. . .
— C'est Nicolas Gogo, mon onde et le vôtre, ma cousine...
— Mais hier, quand je lui ai parié de cette chère enfant qui cherchait ses parents 5 quand je lui ai demandé s'il connaissait des Gogo , il m'a répondu que non!...
— Oui, papa Savenay, oui!... et je conviens qu'au, premier abord cela doit vous donner une assez mauvaise idée de lui!
mais vous avez de l'expérience; vous devez connaître les hommes, excuser leurs faiblesses et avoir de l'indulgence pour leur vanité. Tout cela veut dire que nos deux oncles, ma chère cousine^ ont trouvé que le