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considérable pour un saute-ruisseau, et ils ne remarquent pas que celui auquel on donne cet emploi est un vieillard à cheveux blancs.
Quant à M. Saint-Godibert, il se dit : — Mafoi, après cela, si monami Cendrillon n'est pas content de ce que je fais pour son protégé, il sera bien difficile.
Pendant qu'un des commis installe le vieillard devant une petite table noire, placée contre la porte et fort éloignée du poêle, et lui montre une écritoire , quelques plumes et un canif dont il aura la jouissance, M. Saint-Godibert va regarder dans son cabinet, où il y a deux bureaux, et fronce le sourcil en disant :
— Monsieur mon fils n'est donc pas encore d escendu au bureau ?
— Nous n'avons pas encore eu le plaisir de le voir aujourd'hui , répond M. Boudin.
— C'est très-joli, et il est onze heures
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passées !... Décidément , monsieur mon fils se moque du monde ! depuis quelque temps il ne travaille plus!... il ne vient ici qu'un moment, quand il y vient!... Il se dérange! oh ! il se dérange beaucoup ! et il faut que je mette ordre à cela!... Je conviens qu'il se met avec beaucoup d'élégance, qu'il prend une tournure... fort distinguée! mais je veux qu'il travaille... qu'il apprenne à gagner de l'argent !
M. Saint^Godibert n'a pas fini de parler que la porte s'ouvre et le jeune Julien parait. Comme lorsqu'on entrait la porte masr quait le petit bureau où l'on avait placé le vieillard, Julien entre sans s'apercevoir qu'il y a un commis de plus.
— Ah ! vous voilà, monsieur mon fils?ditle banquier. N'es^ce pas une belle heure pour venir à son bureau?... Vous devenez terriblement paresseux, monsieur mon fils..' vous devenez...
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M. Saint-Godibert s'arrête, car il vient de considérer son fils, et, frappé de son extrême pâleur, de son air abattu, il reprend d'un ton affectueux :
— Mais vous avez donc été malade?...
comme vous êtes défait !... il fallait le dire alors!... Quand on est malade, c'est différent!... les commis ne. vont jamais à leur bureau dès qu'ils ont le plus petit accès de fièvre ; ils auraient trop peur de la communiquer à leur administration. Il faut demander le médecin.
— Je vous remercie, mon père, dit Julien ; j'ai en effet été indisposé cette nuit, mais cela est passé.
— A la bonne heure... Vous aurez trop bu de punch hier à ma soirée... et on le fait toujours trop sucré, malgré ma défense... c'est stupide!... Ah! si j'avais le temps de me mêler de tout, cela irait bien mieux. Mais nous avons du nouveau dans
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la maison : d'abord un employé de plus... pour les courses... les détails... pour tout faire enfin... il n'est plus jeune, mais il est encore très-vert.
Julien se retourne pour voir ce nouveau commis que son père lui désigne de la main. £n reconnaissant le vieillard de la veille, sa figure devient livide; il chancelle et se laisse aller sur une chaise qui est heureusement près de lui.
— Eh bien ! qu'est-ce que mon fils a donc? s'écrie Saint-Godibert en allant à Julien.
— On dirait que M. Saint-Godibert fils se trouve mal, dit M. Boudin.
Mais le jeune homme, qui s'est retourné de manière à ne plus être en face du vieillard, passe sa main sur son front en balbutiant :
— Ce n'est rien... un malaise... cependant je ifô suis pas en état de rester ici... Je
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vais remonter dans ma chambre... je me jetterai sur mon lit...
— Oui, en effet... vous ferez bien... je suis sûr que vous avez bu trop de punch... Allons, venez, monsieur, donnez-moi le bras, car vous semblez pouvoir à peine vous soutenir.
Julien se lève et s'appuie sur le bras de son père. Mais il faut, pour sortir des bureaux, qu'il passe devant le vieillard ; celuici se lève et fait un salut respectueux au fils de son nouveau patron. Le jeune homme éprouve alors comme un tremblement nerveux.
— Vous avez la fièvre ! dit M. Saint-Godibert.
— Si monsieur le désire, j'irai chercher le médecin, dit le père Savenay.
— Non , non ; c'est inutile , répond Julien d'une voix brève. Puis, doublant le pas, il se hâte de sortir des bureaux.
116 CHAPITBE IV.
— Vous avez pris ce vieillard chez vous? demande Julien en montant Fescalier.
— Sans doute ! il le fallait bien , pour faire plaisir à M. Cendrillon, avec qui je im beaucoup d'affaires!... Ensuite, et c'est là ce qui m'a décidé, est-ce que votre polisson de cousin, qui a entendu ce que disait hier au soir le père Savenay de cette jeune h'Ue qui cherchait ses oncles Gogo... ne s'est pas avisé d'aller ce matin chez le vieillard où elle était, et là, il leur a dit que j'étais cet oncle, ce Go...? Ah! ce nom-là me fait mal à la gorge, je ne puis plus le prononcer!... Quel chenapan que ce Frédéric! Enfin, la petite et le vieux sachant cela, j'ai dû faire des concessions... J'ai pris le père Savenay pour petit commis, et la jeune fille est chez moi...
— Rose-Marie est chez vous?
— Ah ! vous savez déjà qu'elle se nomme Rose-Marie?