BOSE-MARIE CHEZ SON ONCLE
— Mais onî... Hier... ce vieillard Fa nommée...
— C'est possible, je n'y ai pas fait attention. Bref, je n'ai consenti à tout cela qu'à la condition que jamais le nom de Go. . .go. . . ne sortirait de leur bouche ni à l'un ni à l'autre... à la première indiscrétion je les chasse sur-le-champ.
— Mais ce... vieux monsieur... est-ce que vous avez l'intention de le recevoir quelc[uefois... chez vous... dans votre société?
— Par exemple! pour qui me prenezvous, mon fils? est-ce que je reçois mes commis?... et ce vieux qui a l'air d'un paysan... ne faisait-il pas un bel effet hier au soir dans mon salon?... j'en avais mal au ventre.
— Et... ma cousine est chez vous?
— D'abord je ne veux pas que vous l'appeliez votre cousine comme ce grand sanscœur de Frédéric ! vous lui direz mademoi-
selle, c'est suffisant. Elle loge en haut... dans la pièce que vous deviez habiter... Mais qu'en ferons-nous ici... toute la journée?... Ah ! quel ennui ! que de tracas! et tout cela parce qu'on a le malheur d'avoir une famille !... Qui est-ce qui a pu inventer les familles?...
— Mais, mon père...
— Allez-vous coucher, monsieur, et laissez-moi ruminer sur tout cela.
M. Saint-Godibert va s'enfermer dans sa chambre. Là, après avoir longtemps cherché dans sa tète sans y trouver la moindre chose , il se décide à passer chez sa femme.
Rose-Marie était descendue près de sa tante à l'heure que celle-ci lui avait indiquée. Madame Saint-Godibert avait conduit la jeune fille dans une petite pièce qui tenait à son boudoir, et dans laquelle on ne faisait jamais de feu, vu qu'il n'y avait ni
rose-hârie chez son ongle. 119
cheminée ni poêle, et elle lui avait donné diverses choses à coudre, en lui disant :
— Vous travaillerez là!... et surtout ne vous avisez jamais de chanter en travaillant; je déteste cela... il n'y a rien de si mauvais genre.
La jeune fille s'était inclinée sans rien dire ; mais en elle-même elle pensait bien que là elle n'aurait jamais envie de chanter. Puis sans oser prononcer un mot elle s'était mise à travailler.
— Eh bien, dit M. Saint-Godibert en entrant chez sa femme , que faites-vous de cette petite?
— Elle est là , répond madame en indiquant la petite pièce, elle travaille , je dois convenir qu'elle coud très-bien!... j'en ai été fort surprise. • /
— Allons , elle vous servira du moins à quelque chose...
— Où la ferons-nous dîner?
lâO CHAPITRE IV.
— Mais... quand nous ne serons que nous... je pense qu'elle pourra dîner à notre table. Quand nous aurons du monde eUe restera dans sa chambre.
— C'est entendu. Mais avez-vous pensé au plus important?. . . Si le père de votre nièce allait s'imaginer de venir la voir ici... comprenez-vous , monsieur, comme cela serait dégoûtant pour nous?
— Vous avez raison, mais je vais lui dire d'écrire à son père qu'elle est ici , que ce n'est pas la peine qu'il se dérange pour venir la voir, et que c'est elle qui se rendra de temps en temps près de lui.
— Fort bien imaginé. Je vais l'appeler, vous allez la faire écrire tout de suite.
Madame Saint- Godibert appelle Rose- Marie. La jeune fille s'avance les yeux baissés et d'un air craintif.
— Vous savez écrire, je pçnse ? dit Sainl- Godibert en regardant sa nièce.