‹ La famille GogoChapitre 27 sur 37 · BOSE-HARIE CHEZ SON ONGLE · texte numérisé non relu

BOSE-HARIE CHEZ SON ONGLE

Madame Saint-Godibert s'assied près de son mari, puis on montre un couvert à Rose et on lui dit :

— Mettez-vous là.

La pauvre petite s'assied, embarrassée, gênée et le cœur gros.

François, qui sert seul à table quand il n'y a pas d'invités, sourit très-gracieusement en apercevant Rose-Marie, et il montre un très-grand empressement à la servir.

— Il était inutile de mettre un couvert pour mon fils, dit Saint-Godibert, il ne descendra sans doute pas diner.

— Pourquoi donc cela, cher ami?

— Parce qu'il est malade... Je suis sur qu'il a bu trop de punch hier.

Mais à peine a-t-on desservi le potage que Julien parait. Le malaise qu'il ressentait n'a pas tenu contre le désir qu'il éprouve de revoir sa cousine, d'autant plus qu'il a reçu

un petit billet de Frédéric, dans lequel celui-ci lui a mis :

«Notre cousine Rose -Marie est honnête et sage ; Richard est un calomniateur que je châtierai; en attendant, je vous recommande cette charmante enfant que j'ai conduite moi-même chez vos parents. »

Les traits de Julien sont abattus; cependant, à l'aspect de Rose, ses joues se colorent d'un rouge très-vif, et il ne peut cesser de la contempler. 11 lui fait un profond salut, et la jeune fille se lève pour le lui rendre.

— Allons!... allons! pas tant de cérémonies... dit Saînt-Godibert d'un air d'humeur; asseyez-vous, Julien... Vous n'êtes donc plus malade?

— Cela va mieux, mon père. Et c'est mademoiselle qui est... qui est...

— Oui, oui; c'est cette petite qui est votre parente. Eh bien, François, qu'est-ce

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que vous faites donc?... vous changez l'assiette de mademoiselle avant la mienne!... est-ce que vous êtes fou, François?

— Non, monsieur... mais je croyais que vous aviez encore un os à ronger sur la vôtre...

— Un os à ronger!... Est-il possible de s'exprimer de cette façon en parlant à son maître!

On a beau gronder François, il est trèsvif pour servir Rose, et très-lent pour les autres. De son côté, le fils de la maison est rempli de politesse pour sa jolie cousine, et semble, par ses attentions, vouloir la dédommager de la brusquerie que ses parents affectent avec elle.

Le dîner est fort ennuyeux ; les deux époux n'ouvrent la bouche que pour manger ou gronder François; Julien est contraint et ose à peine regarder sa cousine ; celle-ci est triste et ne souffle pas un mot. Cependant

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ISO CIAFITSE IV.

M. Salnt-Godibert a remarqué que sa nièce mangeait fort peu, et il dit bas à Foreillede sa femme :

— Elle se conduit assez bien à table.

La jeune fille se seaat heureuse quand on

quitte la table ; elle retourne bien vite dao$ la petite pièce, où l'on a mis de la lumière. Julien la regarde s'éloigner sans oser l'arrêter et lui parler, quoiqu'il en ait grande envie. Mais il s'approche de son père et lui dit:

— Si vous le permettez, désormms, au lieu de descendre au bureau, je travaillerai chez moi, dans ma chambre... cela m'est plus commode.;, je n'aurai pas besoin de quitter ma robe de chambre.

— Ah ! voilà une autre idée ! ... Du reste, pour ce que vous faites au bureau depuis quelque temps , ce n'est guère la peine que vous y descendiez...

— Dernesty m'a dit que c'était bien

ROS£-»Aftl£ CHKZ SON ONCLE. 131

meilkur genre de travailler chez soi que de se mêler à ses commis.

— Ah! alors... c'est différent. Ne descendez pas.

Le jeune homme s*éloigne, après avoir encore jeté un regard sur la petite pièce dans laquelle est sa cousine. Rose-Marie travaille jusqu'à neuf heures du soir. Alors sa tante lut dit : Vous pouvez monter à votre chambre et vous coucher.

La pauvre petite se lève, salue humblement sa tante et son oncle et sort des appartements. A la porte de Tesealier elle trouve François qui lui présente une lumière en lui disant :

— Tenez, mam'zelie, au moins vous ne monterez pas sans voir clair, et c'est gênant quand on n'a pas encore l'habitude d'une maison.

Rose-Marie remercie François avec une voix si douce que le domestique en reste

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tout saisi; puis eUe prend la lumière, et monte à sa chambre mansardée.

Lorsqu'elle se retrouve enfin seule elUbre de toute contrainte, la jeune fille se laisse aller sur une chaise ; puis elle pleure, elle pleure longtemps. Ensuite elle se met à genoux et prie. En se relevant elle se sent soulagée et s'écrie :

— Mon Dieu, vous me donnerez du courage pour supporter l'ennui que j'éprouve ici. Mon père a voulu que j'y vinsse, croyant que j'y serais heureuse. . . attendons, espérons... Et puis on me permettra de l'aller voir, et je lui dirai comment je suis ici... nous verrons alors s'il veut toujours que j'y reste. Oh ! je suis bien fâchée d'être venue à Paris !

Et il y avait encore dans le fond du cœur de la jeune fille un autre chagrin, auquel elle donnait en ce moment un souvenir.

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£n sortant de chez son oncle Saint-Godibert, le premier soin de Frédéric a été de se rendre à la demeure de M. Richard. Il a hâte de punir les calomniesde ce monsieur ; il veut le forcer à les rétracter, à convenir qu'il a outragé sa cousine ; mais il se promet bien, malgré cela, de lui administrer une correction capable de lui ôter Tenvie de se donner pour un homme à bonnes fortunes.

Le grand jeune homme est entré vivement dans la maison ; il va franchir l'escalier, lorsque le portier court après lui en lui criant :

— N'allez donc pas si vite, monsieur; vous monteriez quatre étages pour rien.

— Conmient. . . il est sorti ?

— N'allez-vous pas chez M. Richard ?

— Sans doute... Il n'y est pas ?

— Non-seulement il n'y est pas, mais i ne rentrera pas, puisqu'il est déménagé.

■— Déménagé!... et depuis quand donc?

— Depuis ce matin... ma foi il n'y a pas très-longtemps. D'abord M. Richard s'est levé aujourd'hui au point du jour ; il a été plus d'une heure absent ; il est revenu avec une voiture à déménagement... pas trèsgrande, vu qu'il n'a pas trop de meubles ; il a payé le terme qui n'est pas échu, en me disant : « Je pars, je m'en vais; des raisons majeures m'obligent à aller me loger près

PROHENADE, RSIICONTRS, CONFIUENCE. 13$

des fortifications. » Je lui ai dit : uMaisoù ça, monsieur... car il y en a dans bien des endroits... Est-ce que vous sortez du mur d*enceinte? « Il m*a répondu : » Si on vous le demande, vous direz que vous l'ignorez. » Ensuite il a fait presser son déménagement ; ah! dame, fallait voir!*., on a même cassé sa table de nuit... et il a dit : » Tant mieux, elle était vieille !... d'ailleurs c'est un meuble de luxe. » Enfin, il est parti avec ses meubles, en me disant qu'il reviendrait dans quelques jours savoir s'il y avait des lettres pour lui.

— Le lâche ! il est parti ! s'écrie Frédéric. Il s'est sauvé , parce qu'hier au soir, en entendant parler delà jeune fille qui cherchait ses oncles, il a deviné que je pouvais retrouver ses traces; que je saurais s'il avait dit la vérité!... Portier, une plume, du par pier, que j'écrive un mot à M. Richard.

Le portier s'empresse de donner à Frédé*

rie tout ce qu'il demande, et celuî-ci écrit tout d'un jet le billet suivant :

«( Richard, vous êtes un polisson et un drôle; vous avez calomnié une jeune fille innocente, et à qui je tiens de fort près; il est de mon devoir de la venger. Si vous n'êtes pas aussi lâche que menteur, écrivezmoi pour me donner iin rendez-vous, j'irai avec un témoin. Si vous né me donnez pas satisfaction, je vous préviens que chaque fois que je vous rencontrerai je jetterai votre chapeau à terre. »

Frédéric signe cette lettre, la donne aii portier avec cinq francs et lui recommande bien de ne point oublier de la remettre à Richard aussitôt qu'il le reverra.

Après avoir terminé cette affaire, le cousin de Rose-Marie s'en retournait tout doucement chez lui, en rêvant £ sa jolie cousine dont les beaux yeux, dont les grâces simples et naïves lui faisaient déjà oublier

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