‹ La famille GogoChapitre 29 sur 37 · PROMENADE, RENCONTRE, CONFIDENCE · texte numérisé non relu

PROMENADE, RENCONTRE, CONFIDENCE

dans leurs bureaux , se montraient maintenant fort Satisfaits de l'avoir avec eux et le traitaient même avec une bienveillance extrêmement rare dans un employé avec son inférieur.

Le père Savenay n'avait pas perdu son goût pour le chant et surtout pour son chansonnier chéri. Lorsque l'ouvrage ne pressait pas , et tout en taillant sa plume , le vieillard fredonnait un refrain de Béranger ; cela faisait sourire les autres enployés qui s'étonnaient qu'à son âge le bonhomme eût encore la voix si claire et si juste.

Mais un jour M. Saint-Godibert, qui s'était endonni dans son cabinet en lisant un journal, avait été réveillé par le père Savenay qui chantait gaiement :

Zon ! flûte et hasse , Zon , violon , Zon , Mie et basse , El violon , zon , zon !

15â GHAnTRE y.

Le banquier était sorti de son cabinet comme un furibond en s'écriant :

— Qui est-ce qui se permet de chanter ainsi dans mes bureaux?

Et le vieux père Savenay avait répondu tout tranquillement :

— C'est moi, monsieur... est-ce que cela vous incommode ?

— Si cela m'incommode!... mais certainement, monsieur. . . cela m'a troublé dans. .. un travail important !... voilà deux heures que j'entends bourdonner à mes oreilles, et zon, zon! les violons... Je ne pouvais pas croire que cela vint de mes bureaux ; je croyais mes commis trop bien élevés pour chanter ! ... Fi ! quel mauvais genre ! et c'est vous , père Savenay... un homme de votre âge, qui vous permettez de chanter... et des zon, zon, flûte et basse !...

— Mais, monsieur, c'est une chanson de Béranger. . .

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— Qu'est-ce que cela me fait, monsieur?. . . est-ce que je connais ce monsieur-là?...

— Ah ! monsieur, toute la France... toute l'Europe le connaît... le chante et même...

— Monsieur, que l'Europe fasse ce qu'elle voudra!... que votre chanson soit de Béranger ou de Corneille, je suis le maître dans mes bureaux ; je ne veux pas que l'on y chante ! et au premier zon, zonl qui sortira de votre bouche, je vous mets à la porte.

Le bon vieillard s'était incliné en silence. Depuis ce temps il ne chantait plus à son bureau, mais il s'en dédommageait chez lui lematinetlesoir.

Cependant le bon Savenay s'étonnait de ne jamais apercevoir Rose-Marie entrer ou sortir de la maison ; la sachant chez son oncle, et travaillant, lui, au rez-de-chaussée, il avait espéré voir quelquefois cette jeune fille à laquelle il avait voué la plus sincère affection ; il désirait surtout savoir si elle

était heureuse, si ses parents la traitaient comme elle méritait de Fètre. Toutes ces pensées trottaient dans la tète du vieillard, lorsqu'un matin en arrivant à son bureau le premier, suivant son habitude, car les employés les moins rétribués sont toujours les plus exacts, il rencontre sous le vestibale de Tescalier François, qui tient un petit pot de crème à sa main.

Le domestique sourit au vieillard et lui montre le pot de crème en disant :

— C'est pour la jolie petite demoiselle... que vous avez amenée un jour... leur nièce. . . à eux autres. . . car ils ne veulent pas l'appeler leur nièce , mais je sais bien que c'est leur nièce, moi... Ah! Dieu! qaék gentille personne ! et l'air si aimable, si avenant...

— Vous connaissez Rose-Bfarie? répond le père Savenay , ah ! tant mieux, parlez-moi de cette chère enfant, jesuis heureux d'aroir

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de ses nouYelles,car je ne Tai pas aperçue une seule fois depuis qu'elle est chez son oncle.

— Pardi ! je le croîs bien , celte pauvre jeune fille ne bouge pas de la journée d'une petite pièce dans laquelle on la fait travailler sans relâche. Après le diner elle travaille encore jusqu'à ce qu'elle remonte se coucher... Tenez, mon vieux bonhomme, j'ai dans l'idée qu'elle s'amuse comme un oiseau qu'on déplume ! *

— Quoi ! vous pensez?... Ah! ce serait bien mal de ne pas la rendre heureuse ; elle est si douce, si intéressante.

— Moi , je fais ce que je peux pour lui rendre des petits services... par exemple, je lui monte cette petite cruche de crème que je pose devant sa porte , et elle croit que c'est la laitière qui la met là... sans cela elle ne voudrait pas que je me dérange; mais si je ne lui montais pas sa crème , je connais mam'zelle Fifine, la femme de chambre;

quand tout le lait serait monté là-haut , elle commencerait par boire la moitié de la cruche à la petite.

— Vous aimez Rose-Marie... c'est bien, mon ami, vous êtes un bon garçon.

— Mais oui , je suis un très-bon garçon. Écoutez, homme âgé, il ne faut pas m'en vouloir si l'autre soir, qu'il y avait du monde , j'ai voulu vous metttre à la porte... c'était par ordre de monsieur.

— Oh ! je ne vous en veux nullement, mon garçon , mais si vous pouviez me faire dire deux mots d'amitié à ma jeune amie, vous me feriez bien plaisir , car je suis sur qu'elle aussi serait contente de me voir.

— C'est bien facile... Montez par ce petit escalier... et tout en haut... au reste, venez avec moi , je vais vous montrer la porte de sa chambre.

— Vraiment, vous pensez que je puisque la grondera-t-on pas, si on sait que...

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— Pourquoi donc?. . . en v'ià une bêtise ! . . . Est-ce que vous pensez qu'on vous prendra pour un amoureux?. . .

Le vieillard sourit en répondant :

— Oh ! non... non... de ce côté , je ne la compromettrai pas.

— D'ailleurs, à cette heure-ci, les maîtres dorment encore comme des taupes qui ont des rentes. Je suis bien sûr que mam'zelle Rose-Marie est éveillée et levée de bonne heure... Venez, mon vieux, personne ne saura qu'elle a reçu une visite !

Le père Savenay suit François. Ils arrivent bientôt devant la porte de la chambre où couche Rose-Marie. Le vieillard frappe doucement.

— Qui est là? demande la jeune fille.

— Moi , mon enfant; votre vieil ami , le père Savenay.

Un cri de joie se fait entendre, et la porte s'ouvre aussitôt. Le vieillard entre chez

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Rose-Marie, et François retourne dans sa chambre en passant des entrechats et en disant :

— £t allez donc!.,, ni vu ni connu les autres!... Enfoncée la Fifine , qui se couperait une oreille si l'autre pouvait entendre tout ce qui se passe dans la maison.

Rose-Marie ressent une vive joie à la vue de son vieil ami. Mais celui-<ci éprouve uo sentiment pénible en remarquant que déjà la jeune fille n'a plus ses vives couleurs et l'air de santé qui brillait sur son visage, lorsqu'il l'a accompagnée chez son oncle. D presse ses mains dans les siennes et la prie de lui confier ses peines, de Ini dire comment elle se trouve chez ses parents...

Rose-Marie dit au haa vieillard comment ses journées se passent ^ conunent on ia traite , et elle ne cache pas l'ennui qu'elle éprouve de sa nouvelle existence.

— Ëh quoi! dit le père Savenay, aucune

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distraction, aucun plaisir! A votre âge, est-ce que Ton peut exister ainsi? Ne jamais sortir, cela est contraire à la santé. Une fleur qui ne reçoit paè d'air s'étiole et perd vite sa fraîcheur. Une jeune fille est une fleur aussi , et je vois bien à votre figure , que vous, habituée à la vie libre des champs, vous souffrez d'être constamment dans une chambre. Il faut sortir, mon enfant, et puisque vos parents craignent de se montrer avec V0U9... ce qui, entre nous, ne fait pas leur éloge, il faut sortir sans eux... par exemple , les matins avant qu'ils ne soient levés, qui vous empêche d'aller faire une petite promenade sur les boulevards?. . .

— Oh ! mon ami, je n'aurais jamais osé sortir seule... moi qui ne connais pas Paris, j'aurais encore eu peur de me perdre.

— Seule, ce n'eût pas été convenable en effet ; mais avec moi, il ne peut y avoir de mal. Ainsi, dès demain, je viendrai vous

chercher... A quelle heure descendez-vous d*hahitude?

— Jamais on ne me fait appeler avant neuf heures et demie. '

— Et bien, à sept heures, je frapperai à votre porte, nous irons nous promener... Pourvu que je sois au bureau à huit heures et demie, cela suffît! Jamais les autres n'arrivent qu'après. Ainsi, demain matin, c'est convenu.

— Quoi! mon cher protecteur, vous voulez?..* mais si on lésait... si on me gronde.

— Ce n'est pas un crime que nous ferons, mon enfant ; je prends tout sur mol, car je me regarde conuue votre père , el avant tout, je veux que vous ne retombiez pas malade.

Rose-Marie a consenti , car au fond du cœur elle ne demand.e pas mieux ; elle promet d'être prête à sortir le lendemain à sept heures. Et le père Savenay s'éloigne tout

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joyeux, et, en descendant l'escalier, se permet, malgré la défense qu'on lui a faite, de fredonner entre ses dents :

Que taut mortel ajoute encore

Des jours heureux à ses beaux joui's.

le lendemain, le vieillard est aussi exact qu'un jeune amant. A sept heures, il heurte doucement à la porte de Rose-Marie ; celleci parait coiffée d'un petit bonnet qui la rendrait plus jolie, si cela était possible. Tous deux descendent l'escalier en ayant soin de faire peu de bruit; puis ils sont bientôt hors de la maison. Alors la jeune fille respire plus librement ; elle passe son bras sous celui de son conducteur, et ils se mettent en marche en se dirigeant du côté des boulevards.

Le temps est froid, mais beau. Les deux amis se sentent heureux de se trouver ensemble , de pouvoir causer sans être gé-

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nés par la présence des sévères parents. Rose-Marie ne cache pas au bon Savenay le projet qu'elle a formé de retourner chez son père pour ne plus revenir à Paris. Le vieillard, tout en concevant Fennui qu'éprouve la jeune fille, rengage cependant à prendre patience, car il est persuadé que son onele et sa tante finiront par la traiter avec plus d'amitié.

Dans le plaisir qu'ils goûtent à leur promenade du matin , le vieillard et la jeune fille trouvent que l'heure va trop vite. Mais huit heures sonnent , et ils sont à l'entrée des Ghamps-*Élysées.

— 11 faut nous en retourner, dit Rose- Marie, de peur d'être en retard.

— Vous avez raison, répond Savenay, car nous pourrons, j'espère, recommencer souvent ces petites promenades qui vous feront du bien.

Et tous deux rebroussent chemin. En ce

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moment, un jeune homme vient devant eux. Il approche, etRose-Marîe^ qui a levé la tête, a senti don cœur battre bien fort en le regardant* Bientôt ce jeune homme est tout près d'eux, il s^arréte en attachant ses regard» sur la jeune fille, il est devenu pâle et troublé... mais tout à coup, comme s*ll se fût repenti d'un moment de faiblesse, il s'est éloigné en lançant sur Rose-Marie un regard froid et presque dédaigneux.

— Mon Dieu!... mon Dieu!... mais c'est lui... c'est M. Léopold ! s'écrie la jeune fille.

Puis elle se retourne dans l'espérance que celui qui vient de passer ne s'est pas éloigné... Mais Léopold, car c'est bien lui. a doublé le pas au contraire, et il est déjà loin de celle qui a éprouvé tant de plaisir à le revwr.

G^endant^ ce plaisir se change bientôt en peine , ce qui arrive fréquemment en amour. Rose-Marie , qui ne comprend rien

à la conduite de Léopold , murmure d^uoe Toix tremblante :

— Comment!... c'est lui! et il ne médit rien ? . . . Certainement il m'a bien reconnue. . . Oh! oui... il me regardait beaucoup... et tout à coup ce regard est devenu froid... méchant... Mon Dieu! qu'est-ce que cela veut dire?... Qu'ai-je donc fait pour qu'il soit fâché contre moi?

Le père Savenay, qui a fort bien vu tout ce qui vient de se passer, dit à Rose-Marie :

— Qu'avez-vous, mon enfant? vous connaissez donc ce jeune homme qui vient de passer près de vous ?

— Oh oui ! mon bon ami.

— Est-ce que c'est encore un de vos cousins?

— Non, mon bon ami... mais c'est égal... j'étais si contente de le revoir... et il a l'air fâché.

— Vous ne m'aviez jamais parlé de ce

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jeune homme, ma fille... vous ne pouvez avoir fait sa connaissance à Paris.

— Non, mon bon ami... c'est... oh! tenez, je n'avais pas encore pu vous raconter cela... mais aujourd'hui je vais tout vous dire... comme j'aurais dû le dire à mon père... car je vois bien qu'on ne devrait pas avoir de secrets pour son père ?

— £n effet, mon enfant, cela serait mieux... mais enfin la créature n'est pas parfaite, et comme les pères ont été jeunes aussi, ils doivent aussi être indulgents... Parlez, mon enfant.

Rose-Marie raconte à son vieil ami comment dans la forêt de Fontainebleau elle a fait la connaissance du jeune peintre ; comment ses manières honnêtes et réservées , son langage doux et poli ont gagné sa confiance ; comment elle a consenti à lui laisser faire son portrait , puis enfin tout ce qu'ils se sont dit dans ces entrevues , l'aveu que

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le jeune homme lui a fait de son amour, et le serment de revenir qu'il lui avait fait en la quittant.

Le vieillard a écouté Rose sans l'interrompre, il la regarde ensuite, et il voit bien dans ses beaux yeux qu'elle ne lui a rien caché, que cet amour est pur et honnête ; il lui ré pond en souriant :

— Allons , mon enfant , le mal n'est pas encore bien grand ; certainement vous auriez dû conter tout cela à votre père... mafe sans doute vous attendiez pour le lui dire que le jeune homme revint?.. .

— Oui, mon bon ami... et il n'est pas revenu!...

— Vous voyez qu'il ne faut pas croire légèrement aux paroles des jeunes gens; il vous aura oubliée, peut-être...

— Cependant, mon bon ami, je ne l'ai pas oublié, moi, car depuis ce temps j'ai toujours pensé à lui...

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— Ce n'est pas une raison pour qu'il en ait fait autant... le cœur de l'homme n'est pas fait absolument comme celui de la femme... quoiqu'il y ait pourtant beaucoup de ressemblance.

— Mais, monbon ami, M. Léopold apeutêtre été à Avon depuis que je suis à Paris...

— Cela se pourrait.

— Alors pourquoi, en me rencontrant tout à l'heure, ne m'a-t-il pas dit bonjour ?. . . pourquoi ce regard indifférent?... Oh! plus encore... il y avait presque du mépris dans ses yeux... est-ce que je mérite cela... moi qui me sentais si heureuse en le revoyant?. . . Oh! c'est bien vilain de m'avoir regardée ainsi, et d'être passé sans me parler...

Rose-Marie porte son mouchoir sur ses yeux pour cacher les larmes dont ils viennent de se remplir; le père Savenay lui presse le bras en lui disant :

— Eh bien... eh bien... enfant!... qu'est-

ce que cela signifie?... du chagrin, des pleurs... pour un jeune honune que vous devriez avoir oublié, puisqu'il n'a pas été chez votre père comme il vous avait juré qu'il le ferait... Allons... du courage!... un peu de fierté dans le cœur... Songez que vous méritez d'être aimée avant de donner votre amour...

— Mais, mon bon ami... puisque je l'ai donné, je ne peux pas le reprendre, moi...

— Si, mon enfant... ces choses-là se reprennent... mais nous voici chez votre oncle... renfoncez vos larmes... de la patience... de la soumission... et si pourtant vous vous ennuyez trop à Paris, si vous voulez absolument retourner chez votre père...

— Ohl... non... non, mon bon ami, je crois que je m'habituerai à être chez mon oncle... je finirai par m'y faire... mais nous irons encore promener le matin , n'est-ce pas, mon ami?

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— Oui, mon enfant... oui, je serai toujours à vos ordres. . .

— Oh! que vous êtes bon, vous!...

On était devant la maison du banquier.

La jeune fille remonte bien vite a sa chambre, et le vieillard entre dans les bureaux.

ITMe HmimiÊm dêtMS mm pmÈ*i9tf*§*m.

Retournons au village d'Avon, près de Jérôme, et sachons pourquoi le bon laboureur, qui aime tant sa fille, ne lui a pas donné de ses nouvelles après qu'elle lui a écrit en relevant de maladie. Comme un tendrepère ne peut être soupçonné d'indifférence, il nous faut rechercher la cause de la conduite de celui-ci.

172 CHAPlTfiE VI.

Le départ de Rose-Marie avait vivement affligé Jérôme ; il lui avait fallu un grand effort de courage pour se séparer de son enfant, et si devant elle il n'avait pas pleuré, c'est qu'il savait bien qu'en voyant couler ses larmes, sa fille ne consentirait plus à le quitter, et comme il croyait assurer à Rose un sort heureux en l'envoyant près de ses oncles, il avait dû lui cacher toute sa douleur.

Les premiers jours qui suivirent le départ de la jeune fille s'étaient passés bien tristement dans la maisonnette du laboureur; mais en travaillant sans cesse, on trouve de la distraction à tous les chagrins. Jérôme se donnait celle-là; ensuite en rentrant chez lui, en se reposant près de son foyer, il causait de sa fille avec ManojËt, il en parlait sans cesse ; il se disait :

— Elle doit être aimée aussi là-bas... chacun l'aimait tant ici !

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Et Manon disait comme son maître, et appuyait sur tout ce qui pouvait le consoler.

Un jour pourtant, en revenant de son champ, Jérôme avait été tout surpris d'apprendre par sa servante qu'un beau jeune homme, mis comme les bourgeois de la ville, était venu demander sa fille, qu'en sachant qu'elle était partie pour Paris il avait paru bien surpris, bien désolé, puis qu'il s'était éloigné sans rien dire et sans vouloir même parler au père de celle qu'il paraissait connaître.

Le bon villageois avait fait une foule de conjectures sur cette visite; puis il avait fini par se dire que ce jeune homme pouvait avoir vu sa fille à Fontainebleau chez les dames où elle allait travailler quelquefois ; qu'il venait peut-être de leur part savoir de ses nouvelles, et qu'apprenant son déport pour Paris, il avait jugé le but de sa visite terminé. Et Jérôme ne s'était pas plus in-

quiété de cette visite, il avait trop de confiance en sa fille pour soupçonner rien de coupable dans sa connaissance aveclejeune étranger.

Mais les jours, puis les semaines s'étaient écoulés, et Jérôme ne recevait aucune nouvelle de Paris, aucune lettre de Rose-Marie; il se disait souvent :

— Si ses oncles ne l'avaient pas bien reçue, elle serait revenue près de moi.

Cependant le silence de sa fille Fétonnait et coinmençait même à l'inquiéter.

Jérôme aurait dû à cette époque avoir reçu la lettre que sa fille lui avait écrite en relevant de maladie, et dans laquelle elle lui donnait son adresse chez le père Savenay. Il n'en était rien pourtant, et en voici la raison.

On dait se rappeler que Désiré Glureau, l'inspecteur au balayage, s'était trouvé chez le père Savenay au moment où Rose-Marie

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