VUE VIOLETTE DANS UN PARTERBE
— Ah ! mon cousin Saint-Godiberl, c'est un bien beau trait que vous avez fait là... Votre modestie vous fait rougir! mais les belles actions sont trop rares pour qu'on ne doive pas les faire connaître !
— Comment! M. Saint-Godibert a fait une belle action? dit M. Soufflât d'un air étonné et en se tenant sur ses orteils.
— Oui, monsieur, une action très-méritoire...
— Taisez-vous donc , cousin Brouillard , dit Saint-Godîbert, ne parlez donc pas de cela !...
— Pardonnez-moi ! Oh ! Je veux en parler... Je veux dire à tout le monde que vous avez recueilli chez vous une jeune nièce qui est sans fortune... que vous et votre chère épouse traitez cette jeune fille comme votre enfant... Ihi reste, la petite mérite votre intérêt... D'abord elle est si jolie! Ah! quelle ravissante créature que cette jeune
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Rose-Marie! On Toit rarement tant d'attraits rénnis!...
Les hommes s'approchent de M. Brouillard d'an air d'intérêt. M. CendrUlon va taper sor le ventre à M. Saint-Godibert , en disant avec sa voix de stentor :
— Ah! nous faisons de ces coups-là et nous les cachons!... C'est ^al , j'aime que l'on ait on cœor généreux... Mais où donc est-elle, cette petite merveille dont parle votre cousin?. . . vous allez nous la faire voir, j'espère...
M. Saint-Godibert balbutie des mots sans suite. Angélique s'empresse de dire :
— Notre jeune parente... est dans Fapparlement... que nous lui avons donné... en haut... mais elle ne peut pas se présenta encore en société... Vous comprenez qu'unejeunefille qui habitait la campagne... serait trop gauche, trop empruntée dans le monde...
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— Ah ! sacrebleu ! qu'est-ce que cela fait? reprend M. Gendrillon, j'aime beaucoup les femmes gauches ! moi. . . les femmes timides ! Malheureusement elles deviennent chaque jour plus rares î... Oh ! il faut nous faire voir la petite nièce...
— Nous aurons d'ailleurs de l'indulgence pour elle, dit Dernesty ; mais si elle est aussi jolie que M. Brouillard l'affirme , je gage d'avance qu'elle n'en aura pas besoin...
— C'est-à-dire, reprend M. Brouillard , que lorsque j'ai eu le plaisir de la voir cet été à la campagne , je suis resté stupéfait d'admiration...
— Diable ! dit M. Roquet en se levant à son tour ; mais vous redoublez notre désir de voir cette jeune personne.
Clémence, qui n'avait pas encore pris la parole, dit avec un dépit mal déguisé :
— Ces messieurs ne s'aperçoivent pas que M. Brouillard se moque d'eux , qu'il leur
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fait un portrait dont Toriginal n'existe pas.
— N'existe pas, ma cousine l répond M. Brouillard ; mais je pense que vous devez savoir le contraire, vous devez avoir vu votre nièce. .. car vous êtes la tante de cette charmante personne.
Clémence pâlit, se crispe, se mord les lèvres, et répond d'un air de dédain :
— Oh! sa tante! quelle plaisanterie!...
c'est-à-dire que mon mari est son oncle, mais moi je ne lui suis rien du tout !
— Pardonnez-moi , cousine , on est toujours la tante de la nièce à son mari. Frédéric et Julien ne sont donc pas vos neveux, alors ?
— Oh ! des hommes. .. c'est bien différent.
— Si vous connaissiez Rose -Marie, dit Frédéric , je suis certain que vous seriez la première à lui rendre justice...
— Rose-Marie! oh! lejolincwi! s'écrie M. Roquet.