‹ La famille GogoChapitre 34 sur 37 · LNE VIOLETTE DANS UN PARTERRE · texte numérisé non relu

LNE VIOLETTE DANS UN PARTERRE

néreux parents eux-mêmes seront flattés de la plrésenter à la compagnie... Eh bien! je vais aller moi-même la chercher...

— Mon cousin... c'est inutile... elle ne voudra pas descendre ! crie Angélique.

— Vous ne savez pas où elle loge !... dit Saint-Godibert.

Mais M. Brouillard ne les écoute pas , il est déjà sorti du salon en s'écrlant :

— Oh ! je trouverai bien...

Et dans Tantichambre , François , qui a probablement le talent d'entendre ce qui se dit dans le salon, court à M. Brouillard en lui disant :

—■ Venez, monsieur, je vas vous conduire, moi, et vous montrer la chambre de mam'zelle Ro$&>Marie.

La fillede Jérôme était seule dans sa chambre mansardée ; mais elle s'y ennuyait moins depuis qu'elle avait rencontré le jeune peintre; d'où vient que cette rencontre, qui ne

lui avait montré Léopold que froid et indifférent près d'elle , avait cependant ranimé son cœur et son courage? C'est qu'en revoyant celui qu'elle aimait , eUe ne s'élait plus sentie ainsi seule à Paris ; c'est qu'en secret elle conservait l'espoir de rencontrer encore Léopold ; enfin , c'est qu'en amour, ce qui nous cause des pleurs, des souffrances, nous garantit aussi de l'ennui, et l'amour heureux n'a pas toujours le même privilège.

Rose-Marie travaillait à de la broderie, en rêvant au jeune peintre, en cherchant toujours dans sa tête pourquoi il ne lui avait pas dit même un seul mot de politesse, lorsqu'elle entend frapper plusieurs coups à sa porte ; puis une voix lui crie ;

— C'est moi, ma cousine! Brouillard...

Veuillez m'ouvrir.

Puis la voix de François dit presque en même temps :

—N'ayez pas peur, mam'zelle Rose-Marie,

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c'est un de vos parenU qui vient vous voir.

La jeune fiUé a reconnu la voix de François ; elle ouvre sa p<Nrte et voit en effet auprès du domestique le museau de renard du cousin qui est venu un jour chez son père.

Brouillard entre et salue Rose-Marie d'un air singulièrement aimable. François redescend l'escalier en disant :

— V'ià mam'zellela nièce... A présent, pour revenir en bas vous savez le chemin.

— Bonsoir, ma charmante cousine, dit M. BrouîUsffd ; vous ne vous attendiez pas à me voir ce soir ?

— £n effet, mon cousin... Vous êtes donc venu chez mon oncle?... Ils vous auront dit que j'étais ici... Vous êtes bien bon d'avoir pris la peine de monter pour venir me voir...

— La peine!... oh! je suis venu avec joie... ma chère petite cousine... Je vous

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dirai que je viens vous chercher... on vous demande, on vous désire en bas au salon... Il faut que vous y descendiez avec moi.

— Gomment, mon cousin, que je descende chez... M. Saint-Godibert, lorsqu'il a ce soir beaucoup de monde!... oh! cela n'est pas possible... Madame m'a bien dit, au contraire , que je resterais ce soir dans ma chambre... Etdu reste, j'aimeautant cela...

— Madame... Qu'est-ce que c'est que cela?...

— C'est... madame Saint-Godibert.

— Pourquoi ne dites-vous pas ma tante?

— Parce qu'elle aime mieux que je dise madame...

— C'est à pouiîer de rire, en vérité. Ma petite cousine, il faut pourtant descendre avec moi.

— Aller dans cette nombreuse et belle compagnie, je n'oserais pas... D'ailleurs, puisqu'on me Ta défendu...

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— Mais puisque je vous dis que Ton m'a envoyé vous chercher.

— Quoi î... madame Saint-Godibert...

— Oui, les Saint'Godibert veulent que vous descendiez... £t puis, il y a encore en bas votre tante, la femme de Mondigo, qui brûle du désir de vous voir, et qui sera enchantée, celle-là, de vous entendre lui dire : Ma tante. Venez donc, petite cousine...

— Si c'est Tordre de mes parents. • . je dois obéir... Mais cette toilette...

— Vous êtes fort bien ainsi... D'ailleurs, on est prévenu.

Pendant que M. Brouillard était monté , une espèce d'agitation régnait dans la grande réunion. Les dames causaient entre elles , et s'apprêtaient à critiquer et tourner en ridicule la petite campagnarde qu'on avait l'impertinence de leur annoncer comme une beauté ; les hommes, au contraire, se regardaient en souriant et se promettaient un

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grand plaisir à vMr la jeune fiUe si vantée. Madame Mondigo faisait des mines, roulait des yeux et avait bien envie de s'en aller avant Farrivée de sa nièce ; mais elle craignait que cela ne fût remarqué ; et d'ailleurs elle se flattait aussi que la petite villageoise ne pourrait l'emporter sur elle en beauté. M. Saint-Godibert allait et venait, ne sachant trop que dire, et se demandant comment il devait prendre la chose ; enfin, son épouse lui disait de temps à autre :

— Rassurez -vous, monsieur, elle ne viendra pas... elle se rappellera que je lui ai dit qu'elle devait rester à sa chambre; elle n'osera pas descendre.

Cependant la porte du salon se rouvre : tous les regards se portent de ce côté , et M. Brouillard entre, tenant Rose-Marie par la main, en disant :

— Voilà ma jeune cousine que j'ai l'honneur de vous présenter.

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Alors , il faut que la jeune fille supporte ce feu roulant de regards attachés sur elle , et qui semblent vouloir scruter , un à un , chacun de ses traits, puis faire le plus scrupul^ix examen de sa personne, de sa tournure , de sa taille , et dont quelques-uns mémo paraissent vouloir percer jusque sous son modeste fichu.

Mais la timidité, l'émotion qu'éprouve en ce moment Rose-Marie, ont couvert ses joues d'un vif incarnat, et lorsqu'elle entre dans ce brillant salon avec sa toilette simple et son petit bonnet sur le sommet de sa tète , sa figure est si jolie , ses yeux si doux , sa tournure si modeste , enfin toute sa personne si virginale , que l'examen est tout à son avantage.

Les hommes laissent échapper un mur* mure d'admiration ; les femntes mêmes sont désarmées et forcées de convenir que la jeune fille est charmante. Il n'y a que les

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deux tantes qui sont seules d'un autre avis.

— Ravissante !... une petite perle !... un ange I s*écrie M. Cendrillon. Ah 1 fichtre ! le cousin Brouillard n'a pas blagué!... et il a fièrement bien fait d'aller chercher la jeune nièce.

— C'est au-dessus de ce que tu m'avais annoncé, dit Dernesty à Frédéric.

Et celui-ci s'empresse "d'aller au-devant de sa cousine... Mais déjà M. Brouillard a mené Rose-Marie devant madame Mondigo, en disant à la jeune fille r

— Petite cousine, voici votre autre tante qui est enchantée de faire votre connaissance.

Rose-Marie foit une profonde révérence à Clémence, et celle-ci s'empresse de lui tom^ ner le dos.

Mais tout à coup M. Roquet, qui regardait Rose-Marie comme quelqu'un qui cherche à rappeler ses souvenirs, s'élance près d'elle

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