‹ La famille GogoChapitre 4 sur 37 · LA BOUTIQUE DU POTISH · texte numérisé non relu

LA BOUTIQUE DU POTISH

fait souvent bien pins de chemin qu'il ne faut! Continuez, mam'zelle...

— Sommes-nous bientôt arrivés?... mes jambes fléchissent sous moi...

— Oui, mam'zelle, oui... appuyez-vous...

n'ayez pas peur, je n'ai pas l'air, mais je suis solide !

— Eh bien, j'acceptai les offices de services de ce monsieur. Alors il m'enunena d'abord chez un traiteur en me disant qu'il n'avait pas dîné.

— Oh ! ça... on peut avoir faim, ce n'est pas défendu.

— Je ne voulus rien prendre, moi. Ce monsieur mangea bien longtemps, puis quand il eut fini de souper, je vis bien à ses yeux, à sa démarche qu'il était gris.

— Ah!, ce n'est pas bien, se griser... entre hommes, c'est permis... ça se fait; mais quand on est avec des dames, c'est malhonnête... Quoique je ne me serve pas

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de mouchoir, je n'aurais pas fati ça , moi.

— Quand nous fûmes sortis de chez le traiteur, alors ce jeune homme me tint des propos indignes, il voulut m'embrasser... Je vis bien qu'il avait voulu abuser de ma bonne foi ; je le repoussai, je parvins à me dégager de ses mains, et je me sauvai... Je courus au hasard... sans savoir où j'allais! j'errai longtemps dans les rues*.. Enfin, accablée de fatigue, je me jetai sur le banc où vous m'avez trouvée... J'entendais bien des voix près de moi, puis j'avais vu une lumière, mais je n'avais plus la force d*aller plus loin... et je m'étais endonnie là... sur cette pierre où vous m'avez trouvée.

— Pauvre demoiselle!... voyez-vous ce gredin de freluquet... qui m'a empêché de prendre une prise... qui avait un air de me mépriser... et qui voulait abuser de vous!... Un vilain tout laid comme ça!... Je ne suis pas beau, moi, oh ! ça, je ne suis

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pas beaa... j'ai Fair d*um Cosaque, c'est

vrai;... mais lai^ ce^straiid... on ne sait pas

à quoi il ressemble... C'est une chenille, et

une vilaine chenille, e&core k.. Enfin, maK"-

zelle, eonsoler-vous, je vous m«ne chez Bî-

chat, mon compère, qui vend de la poterie

avec sa femme, et des marmites... et de la

vieille faïence. Ce sont de braves gens.. . oh !

connus ! . . . pas capables de faire du tort à une

mouche ! ... ils ne sont pas riches non plus ,

mais ils pourront toujours bien vous loger

pour quelques heures... et puis j'ai pensé

que ee n'était pas prudent de vous laisser

avec ces gaillards là-bas... les habitués du

Café humide,... Ce M. Féroce qui disait déjà

que vous iriez avec lui, parce qu'il vous

avait trouvée le premier... et les autres qui

faisaient des yeux... comme des chats qui

guettent un oiseau !... le croîs qiske j'ai bien

bit de vous emmener. . .

— Oh! oui, mcmsieur... oui... j^ vous

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remercie;... mais approchons-nous?... fai peur de ne plus pouvoir marcher...

— Nous y voilà.,, une petite boutique borgne... là-bas... dans la rue de la Hachette, où nous sommes >.. tout près de la rue de la Vieille-Bouclerie ;... si vous ne pouvez plus marcher, je vous porterai !...

— Oh! J'irai, monsieur, j'irai jusque-là! Le conducteur de Rose s'arrête , on était

arrivé devant une petite boutique de poterie qui ressemblait à un caveau , et dans laquelle on voyait à peine clair, quoique la porte et la fenêtre fussent constamment ouvertes. Dans un espace de dix pieds carrés à peu près , il y avait un comptoir, une espèce de v.aissellier et un amas considérable de vases, de marmites, de plats, de fourneaux , de pots de toutes les grandeurs ; à peine si l'on trouvait où mettre le pied dans ce réduit tapissé de poteries, comme un berceau est garni de fleurs.

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Là dedans se tenaient pourtant un petit homme d'une quarantaine d'années, gros, un peu bossu , ayant une figure qui semblait avoir été moulée sur un masque de polichinelle, le nez et le menton se rejoignant presque , et les pommettes des joues sorties, saillantes et d'un rouge violet; mais avec tout cela, l'air guilleret, rieur, bon enfant près du beau sexe, d'une galanterie qui ne s'était jamais démentie. Puis une femme d'une cinquantaine d'années, laide, maigre, mais l'air tendre et sentimental , et qui portait constamment ses cheveux avec de longs repentirs qui lui descendaient jusque sur le cou.

Tel est le couple Bichat.

Derrière la boutique envahie par les marmites , était une pièce basse qui servait à la fois de chambre à coucher, de cuisine et de magasin aux époux Bichat , car dans cette pièce où l'on voyait un lit entouré de ri-

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deaax et une eommode assez profire, ce qui restait de place était encore oeeupé par la poterie; mais là, elle servait aussi deiaeables; ainsi plusieurs marmites avec leurs couvercles tenaient lieu de chaises, quelques pots renversés représentaient des petits bancs, dans de grands posons de terre, on avait mis du linge et divers effets d'habiUement, et des tasses servaient à la fois de carafes, de verres, de bouteilles, d'éoritoires , d'huiliers et de tabatières.

M. Bichat venait d'ouvrir sa boutique , il était encore coiffé d'un bonnet de coto» que recouvrait un madras, et enveloppé d'une espèce de pet-en-l'air trop court pour être une robe de chambre et trop long pour être une veste ; il aecroehaît des fourneaux, des écuelles et de» pots de chambre à sa porte lorsque le boutonnier s'i^rêtedevaat loi en lui criant :

— Hohé! Bichat ! me v'ià moi... je t'amène

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quelqu'un , moa oompére , je suis bien aise que tu sois levé...

—Tiens, c'est Ghireau t..» Ah ! te T'ià par ici, mouTieux, est-ce que tu n'es pas encore entréen fonelimis? Tiens l une jeunesse avec toi... à ton bras?... ah I polisson deGliu^au l à peine arrivé à Paris , esd-eeque nous avons déjà fait une petite connaissanee?*..

— Non, non ! Ah bien oui! esl^e que- je songe i ça, moi?... Mais voyons, Bichat, le plus pressé c'est de. foire reposer cette de* maiselle».* elle tremble^ elle a froid... j'ai peur qu'elle ne soit malade... Ta femme estelle levée?

— Pas encore, c'est toujours moi quisvôs enrairle premier elqui ouvre la boutique... Moa Dieu, oà deaic que nous allons placer ta connaissance?*«,Cestégal»entrea toujours, BKoi'zelle ! Bichat n'est pa^ fait pour laisser àxk sexe en dehws de son établissement.

Le boutonnier soutient Rose^Marie, et aidé

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de son compère , il la porte presque dans son comptoir, car il sent que la jeune fille ne serait pas assez bien assise sur une marmite. La pauvre Rose se laisse emmener, porter, conduire; elle tremble, elle grelotte, elle n'a plus la force de se tenir.

Madame Bichat qui était éveillée, et en train d'arranger les faux repentirs qui faisaient l'ornement de sa coiffure , se met sur son séant en voyant que l'on apporte une jeune fille dans sa chambre, et dans son trouble fait tourner sa perruque et venir ses repentirs sur son nez en s'écriant.

— Qu'est-ce que c'est que ça?. . . une femme que l'on amène chez moi!... Qu'est-ce que cela veut dire.«. M. Bichat? Lorsque vous me croyez endormie, auriez-vous l'indignité d'introduire ici de vos concubines ?

— Mais non, Clara, non, ma poule ! il n'est pas question de cela... c'est le compère Glureau qui nous prie de donner asile à

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