‹ La famille JouffroyChapitre 30 sur 60 · LA FAMILLE JO LIT KO Y · texte numérisé non relu

LA FAMILLE JO LIT KO Y

Et Millier s'éloigna à la hâte.

— Madame, dit Charles-Maxiniiben à la comtesse qu'il soutenait de ses deux bras, courage, vous êtes sauvée.

Aurélie ne répondit rien : elle avait épuisé ses dernières forces en suivant machinalement le prince à travers la foule, et s'attachant convulsivement à lui afin de ne pas en être séparée, puis foulée aux pieds. Aussi lorsque Charles- Maximilien lui répéta : Courage, madame, vous êtes sauvée! il sentit le corps souple et charmant d'Aurélie glisser entre ses bras; elle était complètement évanouie.

Millier venait d'ouvrir la porte du couloir, à l'extrémité duquej l'on apercevait alors les lueurs de l'incendie éclairer de reflets rougeâtres les arbres et les pelouses du jardin.

— Mûller! cria le prince d'une voix a'armée, elle se trouve mal! viens m'aider à ta transporter... Mais où la conduire, mon Dieu!... l'hôtel est en feul

Mûller accourut.

— Ah! malheur à toi, misérable! murmura Charles-Maximilien d'une voix étouffée en soulevant Aurélie, tandis que Mûller soutenait les pieds de la comi ! el répondait à son maître sans paraître avoir entendu ses reproches :

• — Nous trouverons dans une maison voisine un abri pour madame la comi ; hâtons-nous, monseigneur.

Le prince et Mûller sortirent du couloir, et transportèrent ainsi Aurélie à travers le jardin. Les fenêtres du rez-de-chaussée de l'hôtel, masquées parla galerie embrasée, n'avaient pu offrir aucune issue aux personnes qui fuyaient l'incen lie; mais Mûller, connaissant les détours de l'hôtel, ayant guidé le prince a travers un corridor de service communiquant de l'antichambre au jardin, le i et en sortit, aidant toujours son maître à transporter Aurélie privée de connaissance.

De l'autre côté de la rue, en face du jardin de l'hôtel, se trouvait une mai-on de modeste apparence, où peu de temps auparavant Clara, ainsi qu'on l'a dit, avait loué un appartement par ordre de Mûller. Cet homme songeait à tout! Il ouvrit la porte bâtarde de cette demeure au moyen d'un passerparto it, tandis que le prince soutenait seul clans ses bras Mmo de Villetaneuse évanouie, puis, ayant encore ouvert au moyen du même passe-partout, la porte du rez-de-chausée voisine de l'entrée, le digne serviteur aida son maître à porter Aurélie dans un salon et à la déposer sur un canapé. Lu boa feu chauffait celte pièce éclairée par des bougies allumées à l'avance et confortablement meublée. Une antichambre la précédait.

— Maintenant, dit tout bas Mûller d'un air triomphant, monseigneur me pardonne sans doute. La reconnaissance d'une femme que l'on vient d'arracher au péril est immense.

— Scélérat! reprit à voix basse le prince, en lançant à Miiller stupéfait un regard foudroyant. El il ajouta avec indignation :

— Cours à l'instant à l'hôtel rassurer M. et Mm° Jouffroy sur le sort de leur fille, et amène-les ici à L'instant. Ah! tu auras plus tard un terrible compte à me rendre !

Miiller impassible s'inclina et sortit en disant :

— Décidément, monseigneur est devenu timide comme un écolier. Il est amoureux fou; il voudra filer le parfait amour durant des semaines et des mois. Ce serait fastidieux pour mon excellent maître ; servons-le donc encore une fois malgré lui. Il réfléchira et reconnaîtra combien je lui aurai été utile en tout ceci. Donc, en avant les grands moyens!

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